I LU
Bien que le mal d'Amour, qui me rend ftirieux, Passe tout desespoir d'un amant misérable. Si ne m'en plains-je point, et le trouve agréable. Car ce qui vient de vous m'est toujours gracieux.
Je reçoy plus de bien à mourir pour vos yeux. Qu'à vivre au gré d'une autre à mes vœux favorable; Tant peut l'affection d'une chose honorable. Qui fait aimer sa perte et en estre envieux !
Mais si, vous adorant d'un obstiné courage, Vous ne croyez, madame, à mon pal le visage. A mes pleurs, à mes vers, et à mon déconfort;
Quel espoir désormais faut-il plus que je suive. Fors mourir devant vous! Mais la preuve est tardive, Quand le mal seulement se connoist par la mort.
STANCES
Quand au matin le grand flambeau descieux. Père du jour, commence sa carrière, La nuit s'envole, et sa belle lumière Mille thresors ouvre devant nos yeux.
Quand au premier le flambeau de mon ame, Mon beau soleil à mes sens éclaira.
Tout bas désir de moy se retira. Ravi de voir les beautez de ma dame.
Mais, comme on voit Phœbus en s'avançant Sur le midy plus de chaleur espandi^, Les vens cesser et la terre se fandre Aux rais du chaud, nostre œil esblouyssant.
Ainsi la flamme éprise en mon courage.
Aux premiers jours blûettant doucemant.
Est creûe en force et me va consultant. Troublant ma veuë au cours de mon voyage.
LIS AHOUBS B HIPPOLTTB.
Fniin la nuict, à son tour commandant, Par sa fraîcheur esteiut l'ardeur cuigante, Couvre de noir toute chose plaisante, Et le sommeil va sur nous respandant.
Ainsi la mort, de ma flamme cruelle.
Flamme d'Amour, la fureur esteindra ; Et pour jamais le sommeil me tiendra, Couvrant mes yeux d'une nuit étemelle.
LUI
Bien qu'une fièvre tierce en mes veines hofiillonne, De cent troubles divers mon esprit agitant. Médecins abusez, ne dites pas pourtant Qu'une humeur cholericq' ces tempestes me donne.
Je suis trop patient, je n'offence personne. Et vay de mes amis le courroux supportant, Tout paisible et tout coy, sans qu'en me despitant Je reroasche un venin, qui le cœur m'empoisonne.
Celle dont l'influence altère mes humeurs, Qui fait par sa rigueur qu'avant l'âge je meurs. Est cause de ma fièvre, et non pas la colère.
Las! je n'ay point de fiel! C4ir je voudroy donner Cent baisers, en mourant, à ma belle adversaire. Pour raonstrer que ma mort je sçay bien pardonner.
S'il n'y a rien si froid ne si glacé que celle Qui me fait par ses yeux sans pitié consommer. D'où peut-elle en nos cœurs tant de flammes semer, Veu que le sien est pris d'une glace étemelle?
C'est un estrange cas que l'ardeur immortelle Qui a source en ses ^eux, ne la puisse allumer; Semblable au beau soleil qui peut tout enflamer. Bien qu'il n'ait point en soy de chaleur naturelle.
Seroit-ce point Amour, le tyran sans mercy, Qui, frappant de ses traits sur son cœur endurcy, Fist saillir tout ce feu pour consommer nos âmes?
Comme on voit un caillou refrapé maintesfois Par force avec du fer, servir d'amorce au bois, Et sans devenir chaud faire jaillir des fiâmes.
Vous n'estes point mes yeux, ô trompeuse lumière Par qui le trait d'Amour dans le cœur m'est venu ;
M^lHl'
iri4 LES AMOURS D HIPPOLYTE.
Fi VOUS estiez mes yeux, vous n eussiez raesconnu Tetle qui tienl mon ame à sop gré prisonnière.
Las vous estes mes yeux ! mais la faute première, F.t L'ennuy que par vous je sois serf devenu, Mend vostre ardant désir sagement retenu, Et vous fait abaisser pour ne voir ma gun*riere.
C'est trop tard, pauvres yeux, c'est trop tard attendu, h^ «agesse vous vient lors que tout est perdu, Un conseil tout divers désormais il faut prendre.
Begardez-la sans cesse, admirez ses beautez, Rt flamme dessus flamme en mon cœur apportez, Afln que sans languir je sois réduit en cendre.
.iyant trois ans entiers toute Rome asservie f. 'invincible César, du beau sang de Cypris, Quelques vaillans Romains, à servir mal appris, Trencherent par le fer son empire et sa vie .
Amour depuis trois ans ma franchise a ravie. Régnant comme un tyran, sans peur d'estre repris, rt mes lasches pensers n'ont encore entrepris E» exécuter un meurtre, où l'honneur les convie.
Quand le Triumvirat tramoit ses factions, Kome ne veit jamais tant de proscriptions. Tant de saccagemens, tant d'injustes supplices,
Comme Amour dedans moy fait de maux infinis. Ca n'est que sang, que pleurs, que meurtris, que bannis; II voile, il chasse, il brûle et fait mille injustices.
Autour des corps, qu'une mort avancée Par violance a privez du beau jour.
Les ombres vont, et font maint et maint tour. Aimans encor leur dépouille laissée.
Au lieu cruel, où j'en l'ame blessée Et fu meurtri par les flèches d'Amour, ^ J'erre, je tourne et retourne à Tentour, Ombre maudite, errante et dechassée. '
Légers esprits, plus que moy fortunes, Gomme il vous plaist vous allez et venez Au lieu qui clost vostre dépouille aimée.
Vous la voyez, vous la pouvez toucher.
On, lasl je crains seulement d'approcher L'endroit qui tient ma richesse enfermée.
LRS AMOURS D HIPPOLYTF.
Tourne, mon cœur, ailleurs ton esperancr, Laissant le bien vainemmt désiré ; Pour un mortel c'est trop haut aspiré, Il faut couper Taile à notre arrogance.
Amour ingrat, est-ce la recompance D'avoir soc Sert, servy, prié, pleuré, Et sans fléchir si long-tans enduré, Qu'on me reproche aujourd'huy l'inconstance?
Plein de fureur, je ne fay que songer Que je doy faire, afin de me venger Des fiers courroux d'une ame si rebelle.
C'est le meilleur de me donner la mort ; Car je ne puis luy faire plus de tort, Qu'en la privant d'un qui est tout à elle.
COMPLAINTE
Quelle manie est égale à ma rage?
Quel mal se peut à mon mal comparer?
Je ne sçauroy ny crier ny pleurer.
Pressé du deuil qui grossist mon courage.
HelasI j'estouffe, et la fureur soudaine Me clost l'ouye, et m'aveugle les yeux; Mais ce m'est heur de ne voir plus les citux, Les cieux cruels, coupables de ma paine.
Au vase estroit maintenant je ressemble, Qui, tout plein d'eau, goûte à goûte la rand ; Mon œil aussi larme à larme respand Ce qu'en mon cœur de rivières j'assemble.
Maudit le jour que premier je vey luire, Pour estre esclave à si forte douleur ! Le ciel alors pleuvant tout son malheur. Versa sur moy ce qu'il avoit de pire.
Astres maudits, qui trop pleins de licence, Maux et plaisirs aux humains destinez.
Puis qu'en naissant de nous vous ordonnez. Que nuist la faute, ou que sert l'innocence?
Helas I de rien ! j'en puis servir de preuve, Qui n ay jamais un tounnent mérité ; Et toutesfois par vostre cruauté Plus misérable au monde ne se treuve.
Tout est bandé pour me faire la guerre, Par mes amis mille ennuis je reçoy ;
|5G LES AMOURS D HIPPOLVTE.
Que doy-je faire? H n'y a point pour moy De dieux au ciel, ny de fortune en terre.
Dans les enfers chercli^ns donc allégeance, Parmy re£fh>y, les fureurs et les cris. Accompagné des malheureux espris.
Qui pour ma peine oubliront leur souffrance.
Hastons la mort, seul but du misérable ; Mais, tout ainsi que mes jours ont esté Couverts d'ennuis, d'horreur, d'obscurité, Soit mon trespas horrible et détestable.
Amour, si j'ay souffert, fldelle à ton empire, ^ans me lasser de toy, tant d'ameres douleurs; Si je t'ay tant de fois abbreuvé de mes pleurs, EL si tes plus beaux traits en mon cœur je retire;
Voile vers la beauté qui me tient en martire. Et qui fait que tu as tant de force en nos cœurs. Amolli son courroux, adouci ses rigueurs, VA fay que son 1m;1 œil recommence à me luire.
C'est le douzième jour que cet œil courroucé Entre mille dangers sans clarté m'a laissé, N'ayant pour me guider que ma flamme immortelle.
De grâce, en ma faveur. Amour, va la blesser; Ou si tu la crains trop, et ne m'en veux laisser. Tire de mon cœur mesme et frappe la cruelle.
Si les pleurs que j'espans, si le triste langage, Dont la nuict et mon lict sont témoins seulemant, ^'ont pouvoir d'amollir un cœur de diamant. Et ne font de pitié pallir son beau risage;
Pourquoy me reservé-je à languir davantage De Fortune et d'Amour l'horrible esbattemant? PLustost dedans le sang noyons nostre tourmant, EX nous sacrifions à cette ame sauvage.
Je l'accuse à grand tort ; car son cœur de rocher Jkt mes poignans regrets se laisseroit toucher. Si je pouvoy me plaindre alors qu'elle est présente.
Mais le son de ma voix se change en la voyant, Mon œil se rassérène et n'est plus larmoyant. Et ma langue se taist bien que mon cœur lamente.
LBS AMOURS D HIPPOI.YTB. 1S7
Depuis deax ans entiers que j'aime une beauté, Perle unicque du monde et sa fleur la plus belle, Trois fois tant seulement j'ay peu parler à elle; Voyez de mon malheur l'estrange cruauté !
Encor ce doux loyer, que j'avois acheté Par tant de passions et de peine immortelle, Trois fois m'est empesché par la force cruelle Ihi malheur envieux, dont je suis surmonté.
Cest, peut-estre, mon bien dont je n'ay connoissance; Car, si son œil divin m'oste toute puissance, Me ravit, me transporte, et me rend furieux;
S'il fait que sans espoir mon amour continué, Que feroient ses propos favorisez des yeux? Helas! pour me tuer, c'est assez de la veué !
Pour tant d'ennuis divers, tant de flamme et de glace, Qui font en mon esprit un si contraire effort. Pour mon repos perdu, mes pleurs, mon déconfort, Et pour tant d'autres maux dont l'amour me menace :
Pour votre doux orgueil vainqueur de mon audace. Pour avoir conjuré des premiers à ma mort, Et fait que mon désir se maintienne plus fort, Quand plus le desespoir luy veut donner la chasse;
0 beaux yeux qui pleurez tant de feux et de traits! Je ne demande pas que m'accordiez la paix ; Que vous soyez plus doux, que jetliez moins de flames :
Pour tout bien je requiers, que, croissans en rigueur, Pour butte à tous vos traits vous choisissiez mon cœur, Et que vous dédaigniez de blesser d'autres âmes.
J'éstoy dans une sale ombragé de la presse, Pour voir, sans estre veu, ma dame qui dansoit : IjC peujÊe à l'environ tout ravi s'amassoit. Louant d'ame et de voix cette unique déesse.
En vain la voulant voir, sur les pieds je me dresse. Car mon foible regard assez ne s'avançoit : Mais mon cœur, s'enflammant ainsi qu'elle passoit. Remarqua sans mes yeux les pas de ma princesse.
Dieu! que j'aime mon cœur, bien que, mal conseillé,
f^ LES AMOURS D*HIPPOLTTe.
Il aU reçeu l'amour dont je suis travaille!
ht» plaisir qu'il m'a fait mes douleurs recompense.
Aussi bien mes deux yeux couverts d'obscurité N'eussent peu soustenir sa divine clarté, r.iTit ils sont aveuglez de pleurer mon offense '.
Si doucement par son regard me tué Ce basilic de ma mort désireux, One je le cherche et me sens bien-heureux En mon malheur d'estre près de sa veaê.
D*aise et d'ennuy mon ame est toute émue, Ouand je puis voir ces beaux yeux amoureux ; Be cent couleurs mon visage se mué, Je tremble tout, et suis avantureux.
Qui penseroit d'une mesme fontaine Pouvoir couler le repos et la paine, l^eur, hardiesse, ennuy, contentement !
Comme au chaos tout se mesloit ensemble. Ainsi cet œil cent contraires assemble Dans le chaos de mon entendement.
LXY
Si la fureur d*amour, rendant l'ame agitée, Là nvit dans le ciel de son corps l'élevant, ¥X sf l'ame rebelle et qui s'en va pris-ant, Tousjours foible et pesante en terre est arrestée;
Que n'aimez-vous, déesse, afin d'estre portée f*3r la fureur d'amour dans le ciel en vivant? EHein de ravissement je vous iroy suivant, \i mon ame à son gré seroit lors contentée.
Cette ombre de beauté, qui vous fait renommer, Quand vous seriez au ciel, se verroit transformer Km la beauté parfaite et d'essence étemelle;
Tout volage désir en raoy seroit esteint, Regardant vostre cœur je m'y trouveroy peint^ ¥x vous verriez au mien votre image si belle.
Imilè d'un sonnet italien qui commence par ceUe strophe
Giunto nel tempo ove, fra mille belle, Madonna in Joco occnito si sedaa, Volsi gli ecchi a guardtt* ■' ip la vedea» Che 'I sol ronoscer soglio infra le tteUe.
LES AMOURS D IIIPPOLTTE. 159
Vouloir ambitieux, esperanee interdite, Désirs pronts à mon mal qui m'airex sçea forcer, Pea durables desseins, mal asseuré penser, Courage, helas ! trop grand pour force si petite;
Et vous, rares beautez de la jeune Hippolyte, Qu'Amour fait si souvent par mes yeux repasser, Pour Dieu, mes ennemis, veuillez un peu cesser. Et que vostre rigueur à pitié vous invite.
Ne voyez-vous comment trop tost vous me tuez? Je ne languiray point si vous continuez. Une extrême douleur ne peut estre durable.
Et c'est ce qui me trouble et me fait soupirer ; Car mon cruel tourment m'est si fort agréable, Que je tasche à durer pour le faire durer.
Bien que ma patience et ma foy vous ennuyé, Et que la fermeté vous fasche extrêmement, Je ne me puis garder de vous faire un serment, Tout prest de le sceller du sang et de la vie ;
Et que vos yeux divins, qui mon ame ont ravie. Cessent de m'éclairer si je pense autrement : Cest qu'en despit du del, de fortune et d'envie, ■ Vif et mort je seray vostre éternellement.
Les courroux, la rigueur, le tans et la distance, Serviront de rampart pour garder ma constance, Que vos nouveaux désirs ne pourront entamer.
Je ne fay rien pour moy d'user de ce langage ; Car je sçay qu'on ne peut vous fascher davantage. Que de vous menacer de tousjours vous aimer.
STANCES
Quand j'espreuve en aimant les rigueurs d'une dame, Qui jeune et sans amour se mocque de ma flame. Et demeure cruelle au son de mes douleurs. Ferme je continué et souffre en patiance, Espérant à la fin par ma persévérance Caver * son cœur de roche, amolli de mes pleurs.
Tant plus une entreprise est haute et mal-aisée,
' Creuser.
Plus en la poursuivant mon ame est embrasée ! I^a peine et la longueur ne me peut retenir. Contre tous les malheurs j'oppose ma constance, Et pour m'encourager il suflit que je pense Que nul^utre que moy n'espère y parvenir.
Car mon c(Bur généreux à rien ne se peut plaire, 4Ju« f estime qu'un autre ait espoir de parfaire; Un Dieu pour compagnon je ne puis recevoir ; la veux suivre tout seul ce que je me propose, Bt encore en amour, plus qu'en toute autre chose, Je fuy les compagnons et n'en veux point avoir.
J'aimeroy beaucoup mieux supporter la rudesse TA L'orgueil dédaigneux d'une flere maistresse, ijiti mesprisast tout autre au fort de mon esmoy, Qu'estre dessous le joug d'une plus pitoyable, f}ui pour me retenir se rendist favorable, Mais qui favorisast les autres comme moy.
Ainsi qu'un grand torrent qui les plaines menace, ^'écoulant en ruisseaux perd sa première audace, Et FeAfort qui d'orgueil le faisoit escumcr ; Ainsi l'amour d'un %eul est plein de violance, Mais quand on le divise il perd toute puissance, Qui aime en plus d'un lieu ne sçauroit bien aimer.
D'une seule lumière en la nuict allumée i/ombre entière se fait, qui se perd consumée Par les rayons espars des flambeaux d'alentour ; Ainsi d'un seul désir la vraye amour est faite, rjuj s'affoiblist par nombre et demeure imparfaite. Le désir divisé ne se peut dire amour.
J'âccompare une dame en cent lieux embrasée, Au miroir qui reçoit toute image opposée, )r:t n'en retient pourtant aucune impression; Ainsi dans son esprit de légère nature, i;e qu'elle voist luy plaist, elle en prend la figure, liais le perdant des yeux le perd d'affection.
Je ne m'estonne plus d'ouyr tant de complaintes De ces amans légers, dont les amours sont faintes, h Jnissans aussi tost qu'ell' ont commencement; L'homme n'en est pas cause, encor qu'il soit muable; Mais il ne sçauroit rendre un bastiment durable, ne la foy d'une femme ayant fait fondement.
Deux beaux yeux, un beau teint, une bouche vermeille, Un propos qui ravit les hommes de merveille. Rendent bien un amant du feu d'Amour espris : JMais, pour nourrir sa flamme et la faire étemelle, Il Ifi faut assenrer d'une amour mutuelle.
LES AMOURS D HIPPOLYTB. iM
Cest ce qui le retient quand la beauté l'a pris.
Qu'on n*estime jamais qu'une dame inconstante, Qui veut embrasser tout et de rien n'est contante, Conserve un seul amant qui soit sans fiction ; Toute ardeur qu'elle allume est moindre que fumée, Car il faut bien aimer pour estre bien aimée. Et de deux cœurs unis naist la perfection.
fTadorer qu'une chose et ne penser qu'en elle, Ne voir que par ses yeux, la trouver seule belle, Ce qu'elle a dans le cœur le sentir tout ainsi, Gouster par sa présence une douceur extrême. Mourir ne la voyant, c'est aingi comme j'aime; Mais je ne dure pas si l'on ne m'aimë aussi.
Les sanglots continus, l'ardeur, l'impatience, Ik>nt jamais vostre cœur ne peut estre touché, Le grand feu qu'en l'esprit jusqu'icy j'ay caché. Et qui ne s'esteignoit pour tans ny pour absence;
Yos injustes courroux, vostre mèconnoissance, Par qui je me suis veu tout espoir retranché ; Et ces longues froideurs, qui mon âge ont séché, Ne me pouvoient sortir de vostre obéissance.
Tant de vœux faits au ciel n'esteignoient point mon feu, La force ou le conseil y servoient aussi peu, Tout appareil rendoit ma playe envenimée :
Mais en fin les dédains l'un sur l'autre amassez M'ont si bien garanti des martyres passez. Qu'à peine il me souvient de vous avoir aimée.
A mon terrestre ciel j'ose faire la guerre, CoDome un nouveau géant que l'orgueil va touchant: Mes traits sont mes désirs, mais, en les décochant. De haste et de fureur c'est moy seul que j'enferre.
Au lieu de mont sur mont haut élevé de terre. Espoirs, songes, pensers l'un à l'autre accrochant, Je pense estre bien-haut, quand en vous approchant, Sur moy vostre bel œil mille foudres desserre.
Je vous estime heureux. Titans audacieux, Bien qu'en fin vous fussiez le triomphe des dieux, Vostre orgueilleux désir cessa quand et la vie ;
Le mien ne cesse point, et pour e^tre brûlé.
tes LES AMOURS D HIPPOLlTE.
Pour trébucher cent fois, foudroyé, désolé, Je ne puis Toir chetif la fin de mon enTÎe.
Soucy chaud et glacé, que la crainte a fait nais'tir, Et qui, craignant plus fort, devient plus violant, Et pendant que la flamme et le gel va meslant, Troubles, pers et détruis tout ce qu'amour fâiit croistre:
Puis qu'en si peu de tans tu t'es rendu mon maistre, De cent chaudes (tireurs mon esprit martelant, Va, retourne au Ck>cyte et me laisse dotant, Comme un tigre enragé de ma chair me repaistre.
Sur les glaces d'enfer passe, entre mille ennuis. Sans lumière tes jours et sans sommeil tes nuits. Non moins troublé du faux que des seures nouvelles.
Va t'en : tout ton venin est entré dedans moy. Je^n'ay point d'autre sang ; helas I doncque pourqiioy Ne viens-tu retroubler par ces larmes cruelles?
l.XXÏ
Espou van table nuict, qui tes l ïieveiix iioîrci?! Couvres du voile obscur des têtu- bres humides, Et, des antres sortant, par tes rnideuni livîd&s De ce grand univers les beautés ub&cui'cîsi
Las! si tous les travaux par toy sant adouci» Au ciel, en terre, en l'air, sous les marbres liquidi*?^, Or' que dedans ton char le Silt^icf^ tu guides, Un de tes cours entiers enchanta mes souci i^^
Je diray que tu es du ciel la lllk ^isnêe, Que d'astres flamboyans ta teste est couronnée, Que tu caches au sein les plaisirs gracieux ;
Des amours et des jeux la ministre fidelle. Des mortels le repos : bref, tu seras si belle, Om les plus luisans jours en seront envieux*.
Quand je voy flamboyer cette heureuse planette, De notre âge imparfait l'admirable ornement;
* Imité d'un sonnet italien qui débnte par ces vers :
Orrida noite, che, rincbiuao il negro Crin sotto '1 vel del l'umide ténèbre, Da sottera esci, e di color funèbre Aramanti il mondo e spoglilo d'allegro.
LES AMOURS D'ffIPPOLTTB. 16À
Bien que mon cœur d'ailleurs n'attende allégement, Si fout-il que de crainte à trembler je me mette.
Car ainsi comme on voit la fatale comète, Flambante en longs cheveux, n'apparoir nullement Sans la mort d'un monarque, ou sans un changement, Quand quelque seigneurie est près d'estre sujette.
De mesme, helas ! je crain que ce divin flambeau De ma foible raison présage le tombeau. Ou qu'an moins je verray ma liberté restraindre.
J'ay peur qu'en pire estât on me fasse changer. Mais, ô moy désolé I j'en suis hors du danger. J'ay tant et tant de maux, que plus je ne doy craindre.