TOMBEAU. D'AMOUR
Cy gist l'aveugle Amour, sa puissance est étalnte, Gdle qui m'a tué l'a fait mourir aussi ; Son arc vainqueur des dieux et ses traits sont icy, Mais ce n'est rien que cendre, ils ne font plus de crainte.
En fin le pauvre enfant s'est laissé décevoir, Apres avoir cent fois tasché brûler ma dame; (îar, ne l'ayant peu faire, il pensa que sa flame. Jadis tant crainte au ciel, n'avoit plus de pouvoir.
Douteux pour l'essayer, il la porte à ses ailes. Le feu leg^ s'y met, dont il est tout espris ; Il pleure, il voit sa faute, il remplit l'air de cris. Mais c'est donner vigueur à ses flammes cruelles.
Amans, pardonnez-moy, disoit-il en mourant, Je n'eusse jamais creu ma flamme estre si forte ; Au moins que mon trespas vos ennuis reconforte, Je meurs du mesme feu qui vous va dévorant.
CHANSON
Tant que j'ay eu du sang, des soupirs et des larmes, J'ay payé le tribut à vostre cruauté.
Espérant follement par ma fidélité De vos cruelles mains faire tomber les armes.
Je n'ay plus cet espoir, mais j'ay bien connoissance Que pour plus m'affoiblir vous m'alliez outrageant. Ainsi qu'un fler tyran ses si^ets va chargeant,
m «-««•■^apMsavwe moms de défense.
ai MB. .e att»umïT .ionc: et la fin de ma vk « K le nua nui ^ .ie v«Btre désir.
tMMBrvr -JMca >'naÉm de mus &tre plaisir, B^ SKOB q« ■«cMBy ne aérer pingaenie.
•>* a»ce =e«i regn^ (inc la pointe m'entame, .«t im» «• :« -nMT* tnste et désespéré, tt -JB* ««• ^«" «i»»* ]♦ soi» mart^rré, «MT ron»^ lia 'vort Me •ieviegrira mon ame. • itT-1* H ?« ©▼. sa 'iépoàaie meartrie, 1 .aaet^'ri» •HBPir^ 'a «toit fiiire sasver; w . z^amt ^' ittiTp» nart oe ta veir reproarer, OMUMT i ^a* '^'At oiMir 341B iiioiatrie. IX « lau ■iiiiiHiii eile apatisafiaaœ, tib^ vc Jife- UManneK» nMtte nom reclaiBoit,
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Pensant que c'est vostre vouloir.
Car, puis que ma mort vous est chère, Je n'ay ^rde de me douloir D'une chose qui vous peut plaire.
Sçavez-vous ce que je désire Pour loyer de ma fermeté?
Que vous puissiez voir mon martire, Comme je voy vostre beauté.
Le ciel, ornant vostre jeunesse De ses dons les plus précieux, Pour mieux me monstrer sa richesse, M'éclaira l'esprit et les yeux ; Tousjours depuis je vous admire D'un oeil tout en vous arresté .
Mais vous ne voyez mon martire, Comme je voy vostre beauté.
Maudite soit la connoissance.
Qui m'a cousté si chèrement; Ma douleur n'a eu sa naissance Que d'avoir veu trop clairement; Lasi jfiy bifln raison û% inaudîrp Ce tiiii perdit ma libi^ilé, 'Puis que ne vnycz mon îiinrlirp Commi* je vôy vostre bennii".
L'aveugle enfant qui me con(imBnfli% OiTon nommf A tort Dieu d'ami iJ»', Les deux yeux comme à luy vous baticle, Afin que so^ez sanî* pitit!.
11 le fiut : car j'ose bien dire Que n'auriez tari de rruauté, Si vous pouviez voir mon marMr** Comme je voy voiifre beauti'.
Si le ciel de vostre visa^^É^ Luit de mille perfec lions, 11 r*en peut avoir darvanlage Que mon coeur a d<* passions ; Il pleure, il gembt, il fiortpire, D'Amour nuîct fi jour toui mente; lli-lâs] voyez dono mon martire, Comme je voy voslre beaulé.
Je me plains d'avoir trop de vpm't Moy, qui ne puî« voir seulement, Patmy tant d'enniiy qui top \i\f\
17) LES AMOURS d'hIPPOL YTE.
Un seul trait de contentement; Aveugle au bien je me puis dire, Et au mal trop plein de clarté.
Ne pouvant rien voir que martire Au miroir de vostre beauté.
Puis qu'on guarist par son contraire, Tout Tespoir que je puis avoir Est de sortir de ma misère, Lors que je cesseray de voir; A la mort donc je me retire, Pour rendre mon mal limité, Lors, si ne voyez mon martire.
Je ne verray vostre beauté.
CHANSON
Le mal qui me rend misérable.
Et qui me conduit au trespas.
Est si grand, qu'il est incroyable ; Aussi vous ne le croyez pas.
Amour, qui des yeux prend naissance, Court aussi tost vers le désir.
Se conserve avec l'espérance.
Et trouve repos au plaisir.
Mon amour est d'une autre sorte :
Le desespoir la rend plus forte.
Elle renaist de son trespas; Perdant, elle acquiert la victoire.
C'est une chose forte à croire.
Aussi, vous ne le croyez pas.
Tout ce que l'univers enserre Tend au bien, le cherche et le suit.
Le feu, l'air, les eaux et la terre, Et tout ce qui d'eux est produit; Moy seul, de moy-mesme adversaire, Je cours à ce qui m'est contraire.
Et ne fùy rien tant que mon bien ; Je rens ma douleur incurable; Mais, pour ce qu'il n'est pas croyable, Madame, vous n'en croyez rien.
Si j'aimois à l'accoustumée.
Je croy qu'il seroit bien aisé De juger mon ame enflamée Par quelque soupir embrasé.
Si tost qu'une autre amour commence, Elle apparoist, chacun le pense.
LES AMOVRS d'hIPFOLYTE. i^^
On la connoist, on en fait cas ; Mais le feu qui me met en cendre Est tel, qu'il ne se peut comprendre ; Aussi, vous ne le croyes pas.
Il n'y a regret ny tristesse Qui trouble si fort un amant, Que de voir celle qui le blesse Ne croire rien de son tourmant; Et c'est ce qui plus me console, Car, si mes pleurs ou ma parole Ma douleur pouvoient asseurer, Ce me seroit fort peu de gloire Qu'elle tasi si facile à croire, Estant si forte à endurer.
Le mal qui me rend misérable, Et qui me conduit au trespas.
Est si grand, qu'il est incroyable; Aussi, vous ne le croyez pas.
CHANSON
Pour faire qu'une affection Ne soit sujette à l'inconstance, 11 faut beaucoup de connoissance, *^ Et beaucoup de discrétion.
Je suis bien d'avis qu'une dame.
Ne doive aisément s'asseurer Qu'un jeune amant garde sa flame, Pour le voir plaindre et soupirer ; Car, presqu'aussi tost qu'il commance, Le refus ou la jouyssance Esteignent ses feux si cuisans, Et n'y peut avoir d'asseurance Qu'il n'ait passé deux fois douze ans.
Et puis la jeunesse indisci'ette, Brûlant d'amoureuse chaleur.
Ne sçauroit retenir secrette Une joye ou une douleur; De ses faveurs elle se vante.
Pronte, dédaigneuse, arrogante, Rien ne s'y peut voir d'arreslé.
Et son ame est plus inconstante Qu'un flot deçà delà porté.
J'estime aussi peu recevable, Au moins pour durer longuemant.
Cette ardeur qu'on croit véritable,
Ît4 LES AMOURS d'iIIPPOÎ.YTE.
Du premier re^i^arcl s'alluinant ; L'Amour est foible à sa naissance, Mais le tanis luy donne accroissance, Et le guide à perfection ; 11 faut donc de la connôissance Pour fonder une affection.
Mais surtout qui veut vivre heureuse, La grandeur ne doit estimer, L'amour des grands est dangereuse, Et ne se peut assez blasmer ; Sujette au bruit et à l'envie, De mille ennuis elle est suivie.
Celle qui s'y veut bazarder Se trouve à la fin asservie, Au lieu qu'elle doit commander.
Chacun d'eux de soy tant présume Qu'il pense estre aimé par devoir ; Ils brûlent comme on les allume, L'œil d'autruy les fait esmouvoir ; Et, dés que leur ame est esprise.
Fureur guide leur entreprise, Tout conseil arrière est laissé, Puis ne font cas après la prise Du bien qu'ils ont tant pourchassé.
Suivez le conseil des déesses, Qui n*ont aimé si hautement, Et, puis que vous estes maistressps, Retenez le commandement ; Fuyez aussi toute accointance De ces muguets pleins d'apparance.
Qui se paissent de vanité.
Et qui fondent leur recompanse Plus au bruit qu'en la vérité.
Si quelque heur en amour se treuve, Il vient d'avoir bien sçeu choisir.
Et sur une constante preuve Avoir arresté son désir ; Celuy qui garde en sa pensée Une amour de loin commencée, Tousjours sagement retenu.
Et qui ne l'a jamais laissée.
Mérite estre bien reconnu.
Celuy qui, discret et fldelle.
Sans gémir s'est laissé brûler, Et à qui la peine cruelle N'a jamais rien f»it déceler ;
LKS AMOUnS n niPPOLYTF.
Qui cache au dedans son martire, Que la ipux d'aimer ne retire, Et trouve au mal contentement, Tel serviteur se peut élire Sans avoir peur du changement.
Si tost que vottre œil m'eut blessé, Tant de feu s'esprist en mon ame.
Que je n'eusse jamais pensé Pouvoir ardre en plus chaude flame.
Hais croissans en vous chacun jour Les ^aoes qui vous font si belle, J'ay veu crotstre aussi mon amour Tousjours de quelque ardeur nouvelle.
Elle, est or^ à l'extrémité, Plus grande on ne la sçauroit rendre; Ne eroisaei donc plus en beauté, Ou voua me mettrez tout en cendre.
STANCES
Si l'angoisse dernière en rigueur est semblable Au mal de mon esprit, le mortel misérable Despistant les hauts cieux, a fort juste raison, Les cieux qui, trop cruels, pour mourir l'ont fait naistre! Hais, las I un si grand mal que le mien ne peut estre ; La mort et ma douleur sont sans comparaison.
En la mort seulement se corrompt la matière Qui tient des elemens; l'ame demeure entière, Franche et libre du corps, et s'en révolte aux cieux. En cette mort d'amour, inhumaine et cruelle, Hon esprit se divise, et sa part immortelle. Que plus chère je tiens, s'en va quand et vos yeux.
Amour, qui de tes mains en as fait le partage, Tu me fais trop connoistre à mon desavantage, Qu'on ne doit un enfant pour arbitre choisir ; L'intellect, la raison, tu les laisse à ma (Uune Et à moy seulement ceste part de nostre ame, Où sont les passions, la crainte et le désir.
Las ! j'en porte en mon cœur en si grande abondance. Qu'en pleurant je m'estonne, accablé de souffrance, Comment, pour y durer, mes esprits sont si forts? On dit qu'on peut mourir d'une douleur trop forte;
Uat$ j^i ci'oy le conlraire au mal que je supporte ; r»r la seule douleur donne vie à mon corps.
To u t ainsi qu'un flambeau, quand ThuHeur nourricière Commence à luy faillir, jette haut sa lumière, Et ^intille plus fort sur le point qu'il défaut ; tout ainsi malheureux, lors que ma lin arrive, Mon feu se fait plus chaud et ma douleur plus vivo; Le plus rude en amour, c'est le dernier assaut.
ï'tu rusé que j'estois, je me faisois accroire, Quand amour de mon cœur eut la première gloire, Que mon mal fîist deslors à son extrémité ; Unis, helas! je connoy, par ses nouvelles brèches. Qu'il a pour les enfans de moins poignantes flèches, VA j^u'avecques nostre âge il croist sa cruauté.
Comme on voit bien souvent une eau foible et débile, Qùï du cœur d'un rocher goutte à goutte distile EL sert aux pastoureaux pour leur soif estancher, i^ar t'BCcroist d'un torrent plus fiere et plus hautaine. Emporter les maisons, noyer toute la plaine, Fl rien qui soit devant ne pouvmr l'empescher.
De ma première amour le cours estoit semblable : VAle erroit peu à peu, çà et là variable, 1^ moindre empeschement la pouvoit arrester; Mais ce nouveau désir la rend ores si forte, Que, malgré la raison, tous mes sens elle emporte, Et ma foible vertu n'y peut plus résister.
0 moy trois fois heureux, si ma libre pensée iHi puissant trait d'amour n'eust point esté blessée! fouB ces autres soucis, bourreaux de nos esprits, La folle ambition, le soin, la convoitise, Et tant de vains honneurs que l'ignorance prise, Comn^e trop bas pour moy j'avoy tous à mespris.
Je les desdaignoy tous, et n'avoy point, de crainte De voir ma volonté si laschement contrainte, Appris dés ma jeunesse à dresser l'œil aux cieux: Et tenant vers le cœur une si ferme roche, Qu« rien pour l'assaillir n'en pouvoit faire approche, Sinon la passion commune aux plus grands dieux.
Helas ! j'en suis vaincu ! je la sens qui saccage, Comme un fier ennemy, les forts de mon courage ; Je me rens, mais en vain; son- courroux ne s'esteint. Elle brûle mon cœur d'une flamme étemelle, Et me laisse au pouvoir d'une jeune cruelle. Qui croit le feu d'amour n'estre rien qu'un feu peint.
Ce n'est pas toutesfois le sujet de mes plaintes, Qu'Amour dedans mon sang ses sagettes ait taintes;
LES AMOURS D HIPPOLTTE.
Je n'accuse le (uel pour un si beau malheur, Ny pour me voir au joug d'une malatrease dure: Car ce m'est reconfort de penser que j*endure Pour la plus grand' beauté la plus griève douleur.
Je me plains seulement que l'astre de ma vie Sa divine clairté si soudain m'ait ravie : A peine il apparoist lors que je suis privé, Et l'cûl, ma seule guide en l'amoureux voyage, Peu fidelle me laisse au plus fascheux passage ! Las ! dés le point du jour mon soir est arrivé.
Pauvres yeux désolez, qui vous souliei tant plaire En l'objet bien-aimé de ma douce contraire, Et de m'avoir trahy vous teniez glorieux. Faites de vostre erreur maintenant pénitence. Et devenez torrens pour pleurer cette absence ; Mais, pour la bien pleurer, c'est trop peu que deux jfnx.
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STANCES