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Que je fus malheureux de me laisser reprendre! Non, je devois mourir plustost que de me rendre, La mort m'eust été belle et favorable aussi, Yeu que mesme en vivant je suis mort et transi : Je suis meurt pour le bien et je vy pour la paine» D'une vie ennuyeuse, importune, inhumaine, Pleine de desespoirs, longue pour les malheurs, Et courte pour pleurer mes cruelles douleurs.
Las I j'ay fermé les yeux pour ne voir ma misère ! Devois-je pas penser que mon seul adversaire. Mon mortel ennemi justement courroucé, Amour, que ma révolte avoit tant offençé. Ne cesseroit jamais qu'il n'en eust pris vengeance, Et qu'il n'eust chasiié ma folle outrecuidance? Je le devois penser, mais je ne l'ay pas fait ; Mon orgueil et mon cœur à ce coup m'ont desfait.
J'estois si téméraire et si plein de jeunesse. Que j'estimois qu'Amour n'auroit la hardiesse De se reprendre à moy, moy qu'un juste dédain Avoit tout ftraichement anaché de sa main ! Aussi n'est-ce pas luy, qu'il n'en prenne la gloire. Jamais plus de mon cœur il n'eust eu la victoire ; Je l'eusse bien tousjours contre luy deffendu. Cest à vous seulement que je me suis rendu, Madame; helas! c'est vous qui renchainez mon amol Vous rafoUez mes sens, vous attisez la llame Qui brûle mon esprit, tellement allumé.
Qu'il ne sera long-tans sans estre consumé.
Pourquoy donc ce cruel prend-il si grand' audace? Pourquoy me poursuit-i] et me donne la chasse? Pourquoy fait-il le brave, et se rit de me voir Encor une autre fois réduit sous son pouvoir? Ce n'est par sou effort : j'avois perdu la crainte De voir jamais par luy ma franchise contrainte.
Et si de ces propos il se trouve offençé, Pour me faire advoûer que je suis insensé. Qu'il gaig^e tant sur vous par force ou par prière, Que vous laschiez mon ame en vos yeux prisonnière ; Puis qu'il -se mette aux champs garny d'arc et de traits. Employant les regars plus embellis d'attraits, Pourveu que je sois seur de vos yeux que j'adore. Pour voir s'il pourra bien me captiver encore;
Mais il n'en fera rien, il connoist Irop mon cœur, Dont vostre seul effort pouvoit cstre vainqueur.
Je connoy maintenant que nostre ame divine, Tenant toujours du ciel, lieu de son origine, Présage nos malheurs devant que d'advenir, Et nous en advertit, afin d'y prévenir; Ou que quelque démon, ou quelque autre puissance Nous fait devant le mal en avoir connoissance. De mon mal toute chose assejc m'avcrtissoit : Oyant parler de vous le cœur me fremissoit. Ma couleur se changeoit, mon ame estoit esmuê: Bref, je vous redoutois ains que vous avoir veuê, Comme mon ennemie, et celle qui devoit Me rendre entre les mains d'un qui me poursuivoit>.
11 me souvient tuusjours que je mourois d'envie De voir vos yeux divins, clairs flambeaux de ma vie, Et de parler à vous ; d'autant qu'on me disoit Que le ciel vous aimoit et vous Tavorisoit, Qu'il se plaisoit en vous, et qu'il vous avoit fhite Pour monstrer icy bas quelque chose parraite.
Or, bien que de vous voir il me fust mal aisé, Kt que de ce désir mon cœur fust embrasé. L'heur qui m'accompagnoit fist tant de résistance. Que pour lors mon vouloir n'eust aucune puissance; Quelque chose en chemin toiisjours me retardoit; Car lors d'un œil bénin le cnel me regardoit. 11 m'avoit pris en charge, et, tuteur débonnaire, Destournoit loin de moy toute chose contraire. Mais, depuis quelque tans, A mon dam j'ay connu Qu'il m'estoit sans ma faute ennemy devenu, Et que son mouvement, qui fait les destinées, Avoit changé le cours de mes claires journées. Plus d'aucun bon aspect je ne suis regardé, D'un malheureux démon mon discours est guidé, Qui, troublant ma raison de cmiseil depourveuP, A fait bon gré mal gré que je vous aye veuê.
Et vrayment, bien qu'il spit contre moy dépité, Encor eut-il pitié de ma fatalité; Car le jour malheureux que je vous vey si belle. Jour de mon intortune et de ma mort cruelle, 11 ne flst que pleuvoir, l'^iir estoit tout noircy Et se tenoit couvert d'un grand voile obscurcy, Foit pour ne voir le point de ma perte prochaine, Ou qu'il portast le dueil de ma mort inhumaine ; Mesme ce jour maudit, comme je m'avance Pour sortir du logis, le pié je me blessé :