LIVRE I. Îï
Et les autres flambeaux, par le ciel reluisans, Pour le bien radresser ne sont pas sufllsans. En fln la nuict s'envole, et l'aube colorée Uaste le beau soleil à la tresse dorée, Qui de ses clairs rayons l'univers resjouit, Et toute autre lumière auprès s'esvanouil. Lors il reprend courage et, joyeux, il salué Geste clarté nouvelle à son secours venue. Se remet au chemin qu'il avoil délaissé, Et connoist de combien il s'est desadvancé.
J'en^y Tait tout ainsi, j'ay suivy mesme adresse, Yray pèlerin d'Amour, dés ma tendre Jeunesse ; Car mon âge si lost du printans n'approcha. Que ce dieu contre moy mille traits décocha, Se fit roy de mon ame, eschauffa mon courage, Et me mit au chemin de l'amoureux voyage. Lors, pour servir de guide à mon ardant désir, La jeunesse me fit une beauté choisir, Qui s'offrit favorable à mes yeux la première. Et que je reconneu pour ma seule lumière. Son ardeur doucement mon esprit embrasoit. Je ne voyoy plus rien qu'ainsi qu'il luy pluisoit ; (''estoit mon seul objet, mon désir et ma tlame. Et sa. seule influence a voit force en mon ame.
J'ay longuement erré parmy l'obscurité De mes sens aveuglez, suivant telle clarté; J'ay passé maint taillis et maint désert champeslrc, Esloigné du chemin sans me pouvoir connoistre; En vain mille beautez s'offroient devant mes yeux. Gomme astres qui la nuict vont allumant les deux; Je n'en pouvoy lirer de plus seure conduite, El tousjours leur clarté me sembloit trop petiln. Mais, si tost que le jour de vos yeux m'esclaira, lion cœur d'aise ravy ce soleil adora.
Et connu tout soudain qno la fiame allumée Dedans moy paravant n'estoit rien que fumée; De ma première erreur je fu tout asscuré. Et vey que jusqu'icy je m'estois égaré. Gar celuy qui ne suit voslre beauté si rare, Seul soleil de nos ans, peut dire qu'il s'égare; Son désir mal conduit erre sans jugement, Et ne connoist d'Amour l'agréable tourment.
Il me souvient tousjours qu'en mon ardeur premii tv, Lors que mon ame estoit aùlre part prisonuien*, ^
Je pensoy fermement qu'on ne sreut mieux aimer, '^t
Et n'eusse jamais a-eu qu'Amour put eullamer ^^
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Plus chaudement an cœur de sa vive estincelle, Ny qu'un parfait amant put estre plus fidelle. Mais vos yeux m'ont appris que j*estois abusé, ITayant de tant de feux l'estomach * embrasé, Et mis en mon esprit de pensers si grand nombre, Que ma première amour au prix n'estoit qu*un ombre Bref, je suis si pressé, qu'ores je connoy bien HelasI qu'au prix de vous je n'aimay jamais rien. Vrayment c'est bien raison que l'amour qui me lue, Passe toute autre amour qu'auparavant fay eue. Et qu'en vous adorant je croisse en loyauté. D'autant que vos beautez passent toute beauté. Beautés pleines de lis et de roses nouvelles, D'a^n^eables langueurs, de flammes immortelles, D'amours, de doux attraits, de thresors précieux, Et des perfections que receloient les deux. Car tout ce que le ciel avoit mis en reserve De plus belle richesse, en vos yeux se conserve, Vos yeux si beaux aux miens, qui me donnent le jour, Et qui font qu'Amour mesme est embrasé d'amour.
Quant à moy, si je voy quelque autre damoiselle, Qui guide en cheminant les grâces avec elle. Qui ait les cheveux beaux, les yeux cruels et doux. Je dy qu'en quelque chose elle approche de vous, Mais non pas que pourtant elle soit si parfaite ; Car pour cl^ef-d'œuvre seul nature vous a faite. Toujours on vous peut voir admirable exceller, Et à vous rien que vous ne se doit égaler; Ainsi que la douleur qu'en mon ame j'assemble, Qui surpassant toute autre à soy seule ressemble. J'ay tousjours jusqu'icy blasmé l'extrémité. Mais je pers cet advis perdant ma liberté. Car vous voyant, madame, en beautez tant extrême, Je consens que mon cœur extrêmement vous aime ; Je veux qu'en vous servant il souffre extrêmement Et le desavoûroy, s'il faisoit autrement. Peut-estre quelque jour vous en serez touchée, Et, afin que ma mort ne vous soit reprochée, Finirez mes langueurs, aurez de moy pitié, Et recompenserez ma fldelle amitié.
0 dieuX) si d'un tel heur je contente ma vie, Ne m'accordez plus rien de chose que je prie ! On ne me verra plus d'autres biens désireux, tt m'estimeray lors contant et bien heui-eux.
lapoi.line.