‹ Œuvres de Philippe Desportes (volume 3)Chapitre 85 sur 163 · LIVRE II. ÎW · texte numérisé non relu

LIVRE II. ÎW

Et ne vas moissonnant, pour fruil de tes labeurs. Que regrets espineux et poignantes douleurs.

Hé bien ! qu'y veux-tu faire? Il faut t'aider toy-mesmo, i

T'endurcir, t'obstiner et, d'un courage extrême, Résister au tourment, bien qu'il soit rigoureux, Et cesser désormais d'estre plus amoureux.

11 est vray qu'une amour, qui de matière forte It

S'est bastie en six ans, pour un vent ne s'emporte. |

Entre tes passions le combat sera ^ rand, i

Mais rien n'est impossible à qui bien entreprand.

Si tu veux, ce grand feu sera moins que fumée, ,

Et presque ignoreras que tu l'ayes aimée.

0 dieux ! qui de nos faits règlement disposez, |

Et des plus affligez les ennuis appaisez, ,

Si j'ay tousjours vescu sans fraude et sans malirr, I

Tendez à mes soupirs vostre oreille propice, Et prenez à mercy mon esprit repentant. Je ne demande pas que son cœur inconstant

M'aime comme autresfois, ny ne souhaite qu'elle ,

(Impossible souhait) cesse d'estre infidelle. i

Pour fin de mes désirs, je requiers seulement Que chassiez loin de moy cet assoupissement, Et ce morne regret qui trop ferme s'y fonde, Et me fait sembler triste aux yeux de tout le monde. Privez-moy de mémoire, afin qu'à l'advenir *

Je ne garde en l'esprit d'elle aucun souvenir, »

Et lors que le hazard fera que je la voye,

Mon cœur ne soit esmeu de douleur ny de joye; I'

Qu'aucun reste de flamme en moy ne soit trouvé. Et que plus à ce joug je ne sois captivé ; Accordez ma prière, ô dieux pleins de clémence ! Tant pour vostre bonté que pour mou innocence.

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