ELEGIE III
Plus j'esloigne* les yeux qui nourrissent ma flame, Plus je sens leur eli'ort au plus vif de mon ame, Et connoy desonnais que c'est trop vainement Que je veux m'alleger par un éloignement Ma fièvre en est plus forte, et l'absence inhumaine Cause en moy chacun jour quelque nouvelle paine, Quelque nouveau soucy, quelque nouveau penser, Et tousjours mes travaux sont à recommencer.
Dieu, que le souvenir est uneestrange chose! Il m'importune tant, que plus je ne repose; Il me suit, il me presse, au lever, au coucher. Partout je le rencontre et ne m'en puis cacher ; Il rend en le touchant mon ulcère incurable. Encor, ô souvenir ! tu m'es fort agréable; Je t'aime infiniment, car tu me fais revoir Ce qu'helas! je désire, et n'espère l'avoir! Or' que je suis absent du bel œil qui me tué, Cet heureux souvenir le présente à ma veurl; Il me fait repenser au bien que j'ay passé. Je le sens en mon cœur de nouveau ramassé;
* Je fuis.