‹ uvres de Philippe Desportes (volume 4)Chapitre 143 sur 190 · DIVERSES AMOURS — BERGERIES ET MASQUARADES EPITAPHES · texte numérisé non relu

DIVERSES AMOURS — BERGERIES ET MASQUARADES EPITAPHES

PLAINTE

Seroit-il bien possible? ô Dieu! qu'ay-je entendu? Celle à qui les destins et mes yeux m'ont rendu, Oui vivoit toute en moy, dont j'estoy la pensée, Nostre amour a faussée.

0 foy! foy, dont le nom est si grand en vertu, S'il est vray que tu sois, où te retires- tu? Ah! tu m'as abusé! j'esprouve à mon dommage Que tu n'es que langage.

11 n'y a dans les cœurs ny foy ny vérité; 11 n'y a point de dieux, c'est un conte inventé, Et ne se trouve au ciel ny raison ny justice Pour l'humaine malice.

Si les dieux estoient vrays, qu'elle a tant invoquez ! Ils ne souffriroient pas d'avoir esté mocquez, Et qu'ainsi de leur nom elle se fust servie Pour abuser ma vie.

Seuls les dieux reclamez ne m'ont point abusé; 11 a fallu s'aider de maint geste embrasé;

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Les i>ieurs y ont eu part, les soupirs et les plauiles, Et les œillades feintes.

Avec tant d'ennemis qui n'eust esté douté? Mais, ù le beau laurier qu'elle aura mérité. Ayant sceu décevoir un amoureux fidelle, Qui ne croyoit qu'en elle!

Il n'estoit grand besoin de s'en travailler tant ; Lu seul trait de ses yeux, tous mes sens enchantaiil, Ne suftisoit que trop pour me forcer à croire Que la neige estoit noire.

Celuy qui maintenant s'en pense estre adoré, Comment de son amour peut-il vivre asseuré, I^is qu'on ne peut trouver d'assez ferme cordage Pour une ame volage' S'il se fie aux sermens, les sermens m'ont deceu ; S'il cro;t à ses regards, d'eux mon mal est issu; S'il voit pleurer ses yeux, en nos amoui's premières Ils versoient des rivières.

L'air, tant que son esprit n'est propre aux changemens ; Ce qu'elle a luy déplaist, et se sert des amans Comme l'on fait des fleurs, qui ne nous semblent belk; Qu'estans toutes nouvelles.

Sa parole et son cœur sont tousjours differans. C'est un astre vrayment, mais c'est des pluserrans. Et la lune est tardive en sa course pressée Auprès de sa pensée.

Son infidélité l'hellébore sera.

Qui du cerveau troublé ma fureur chassera, Et comme un autre Achil' guarira salutaire Le coup qu'elle a sceu faire.

Qu'elle n'espère donc me pouvoir ratraper ; Deux fois un mesme lieu ne me fait point choper : Contre tous ses attraits et sa force magique J'ay l'anneau d'Angélique.

Dieux! que de tourbillons, de gresle et de nuages ! Que je sens en l'esprit un tonnerre grondant! Est-il en la Sicile un fourneau plus ardant? Les marteaux de Vulcan forgent-ils tant d'orages?

Yeux plus traislres que beaux, qui faisiez les messages D'une ame ingrate et feinte, à ma mort prétendant, Si je le pensoy bien, je gaigne en vous perdant;

Mais las! qu'en y pensant je supporte de rages!

Si faut-il se résoudre et, sans plus me flatter, Retrancher de mon tout ce qui le peut gaster; IJa ! j'en suis résolu, la chose est asseurée !

Aux cœurs sans loyauté sot qui garde sa foy. Si sa légèreté la sépara de moy, !\Ia constance à jamais l'en tiendra séparée.

Prince, à qui les destins en naissant m'ont soumis, Quelle tureur vous tient d'aimer cette infidelle? L'air, les flots et les vents sont plus arrestez qu'elle; Puisse une telle erreur troubler mes ennemis !

Son œil, par qui tant d'heur vous est ore promis. Abusa mon esprit par la mesme cautelle ; Ce coral sou-riant, qui les Jjaisers appelle, ^

Mille l'ois ses trésors à souhait m'a permis.

Comment peut en l'aimant vostre ame estre asseurée/ Me laissant pour voxis prendre, elle s'est parjurée, Ce cœur qu'elle dit vostre estoit naguère à moy.

Elle eut pour me douter toutes les mesmcs armes : C'estoient mesmes sermens, mesmes vœux, mesmes larmes. Vous pourrez-vous fier à qui n'a point de foy?

Quand vous pensez couvrir vostre amour insensée. Et feignez dédaigner ce que vous estimez. Vos désirs retenus s'en font plus enflamez, Et d'un coup plus profond vostre ame est enfoncée ;

Vostre pasle couleur, vostre grâce forcée, Vos soupirs, vos langueurs, monstrent que vous aimez. Vous vous trompez donc fort, lorsque vous présumez D'aveugler un amant qui list dans la pensée.

J'avoy nourry mes feux secreltement ardans Douze ans, bruîans tousjours entre mille accidans, Et j'en sens tout à coup la chaleur refroidie.

Quand j'y pensoy le moins, j'ay mon cœur recouvré, Car en vous captivant, vous m'avez délivré. Et dov ma guarison à vostre maladie.

Kon, non, je veux mourir pluslost que d'endurer Qu'un autre aille cueillant la moisson de ma paine;

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Si parfaite beauté n'est pas une fontaine, Où chacun puisse aller pour se désaltérer.

Si le plus grand des dieux vouloit vous adorer, Contre luy de fureur mon ame sera plaine ; Comment donc soutfriroy-je une personne humaine? Les rois et les amans veulent seuls demeurer.

Descouvrez à nos yeux quel est vostre couragp, Gardant celuy des deux qui vous plaist davantage, Sans ainsi feintement l'un et l'autre abuser.

J'ayme mieux navoir rien, que si j'estoy le maistrc De la moitié d'un bien qui tout à moy doit eslre : L'ne si belle fleur ne se peut diviser *.

PLAINTE

Quand de m'aimer vous juriez feinlemeiit, Avec tant d'asseurance, J'appris vos tours et mon aveuglement, Contre toute espérance.

0 la douleur dont je fus tourmenté, A si tristes nouvelles ' Tous les tyrans n'ont jamais inventé De paines si cruelles.

Depuis ce tans je combas nuict et jour Le rocher de mon ame, lour en tirer la mémoire et l'amour D'une si sainte dame.

Jauray du mal, mais je seray vainqueur D luie amour si parjure ; Car de mes mains j'arracher'oy mon cœur, S'il souffroit cette injure.

Vostre beauté m'a longuement trom-é Par sa douce feintise ; Pour l'advenir si j'en suis ratrapé, A'espargnez ma sotise.

Je ne croy plus vos propos discordons, 1^1 vos plaintes frivoles, Car les effets, qui sont trop évidans.

Démentent les paroles.

Ne m'alléguez qu'il falloit receler

Imûé d'an sonnet italien qui commence par celte slrophe :

Corne soflFrir polro veder aldui >iver del doice sguardo onde vivo io" Atiime? che questo no è fonle o rio, Uve bever potiamo ed io. e lui.

Sous une amour contrainte Nos passions, qui s'alloient révéler Sans celte heureuse fainte.

Dissimuler peut passer pour raison, Quand le tans le désire; Fausser sa foy, c'est tousjours trahison, Quoy que l'on veuille dire.

Quand on divise im amour trop ardant, Il perd sa violance ; Eslre aimé seul, je le nomme accidant Qui passe la substance.

L'ame qui quitte un corps froid et glacé, Pour tousjours s'en destourne; La foy de mesme au cœur qu'elle a laissé Jamais plus ne retourne.

Si le sujet valloil vous abuser, J'eusse excusé ce change; Mais nulle amour ne vous peut excuser, Tant la faute est eslrange.

Kt toutesfois pour luy vous n'estimez Uonte ny renommée, Kt de mon cœur les fourneaux allumez Ne vous sont que fumée.

0 gardez bien cet amour désormais.

Qui vous est tant vendue; Mais de ma foy ne vous vantez jamais. Car vous l'avez perdue.

Et n'espérez qu'à vos pies quelque Jour Ma fureur me rapporte; La jalousie est bien signe d'amour, Mais c'est d'une amour morte.

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