‹ uvres de Philippe Desportes (volume 4)Chapitre 145 sur 190 · CONTRE UNE NUICT TROP CLAIRE · texte numérisé non relu

CONTRE UNE NUICT TROP CLAIRE

G Nuict î jalouse Nuict, contre moy conjurée, Quirenllammes le ciel de nouvelle clailé, T'ay-je donc aujourd'huy tant de fois désirée,

Pour estre si contraire à ma felicilé ?

l'au'vre moy ! je pensoy qu'à ta brune rencontre Les cieux d'un noir bandeau deussent estre voil«'7 ; Mais, comme un jour d'esté, claire tu fais ta nionslie, Semant panny le ciel mille feux estoilez.

Et toy, soeur d'Apollon, vagabonde courriere. Qui pour me découvrir (Ïambes si clairement, Allumes-tu la nuict d'aussi grande lumière, Quand sans bruit tu descens pour baiser ton amant?

Uelas ! s'il t'en souvient, amoureuse déesse, Et si quelque douceur se cueille en le baisant, Maintenant que je sors pour baiser ma maistresse. Que l'argent de ton front ne soit pas si luisant.

Ah ! la fable a menty, les amoureuses llarames N'«>chaufferent jamais ta froide humidité; Mais Pan, qui te conneut du naturel des femmes, T'offrant une toison, vainquit ta chasteté.

Si tu avois aimé, comme on nous fait entendre, Les beaux yeux d'un berger, de long sommeil toucliez. Durant tes chauds désirs tu aurois peu apprendre Que les larcins d'amour veulent estre cachez.

Mais tlamboye à ton gré, que ta corne argentée Fasse de plus en plus ses rais estinceler : Tu as beau découvrir, ta lumière empruntée Mes amoureux secrets ne pourra déceler.

Que de fâcheuses gens, mon Dieu ! quelle coustume De demeurer si tard dans la rué à causer' Ostez-vous du serein, craignez-vous point le rheume? La nuict s'en va passée, allez vous reposer.

Je vay, je vien, je fuy, j'escoute et me promeine, Tournant tousjours mes yeux vers le lieu désiré; Mais je n'avance rien, toute la rue est pleine De jaloux importuns, dont je suis esclairé.

Je voudrois estre roy pour faire une ordonnance Que chacun deust la nuict au logis se tenir ; Sans plus les amoureux auroient toute licence; Si quelque autre failloit, je le feroy punir.

0 somme ! ô doux repos des travaux ordinaires, Chai-mant par ta douceur les pensers ennemis. Charme ces yeux d'Argus, qui me sont si contraires Et retardent mon bien, faute d'estre endormis.

Mais je perds, malheureux, le tans et la parole, Le somme est assommé d'un dormir ocieux ; Puis, durant mes regrets, la nuit pronte s'envole, Et l'aurore desjà veut defermer les cieux.

Je m'en vay pour entrer, que rien ne me retarde,

Je veux de mon manteau mon visage boucher ; Mais las ! je m'aperçois que chacun me regarde, Sans estre découvert je ne puis approcher.

Je ne crains pas pour moy, j'ouvrirois une année Pour entrer au séjour qui recelle mon bien ; Mais je crains que ma dame en pust estre blasmée, Son repos mille fois m'est plus clier que le mien.

Quoi ? m'en iray-je donc ? mais que voudrois-je faire ? Aussi bien peu à peu le jour s'en va levant, tttrompeuse espérance! Heureux cil qui n'espère Autre loyer damour que mal en bien servant !

Qui l'eust jamais pensé qu'une femme de ville, Avec sa modestie et ses douces façons, M'eust apris d'un regard tant de doctes leçons. Et rendu mon esprit de sujets si fertile?

Le sou-ris de Venus tant d'amours ne distilo: Sa voix et ses propos tendent des hameçons, Et n'y a si vieux cœur remparé de glaçons, Qui ne soit pénétré de flame si subtile.

Ses attraits nonchalans pleuvent mille Irespas, Et croiriez, vous tuant, qu'elle n'y pense pas; Bref, tout son artifice est la mesme nature.

Le doux feu de ses yeux Itrule sans consumer. Mais, ô mon bon démon, gardc-moy de l'aimer ! Tous ses coups vont au cœur, mortelle est leur pointure.

DIALOGUE

Ah Dieu ! que c'est un eslrange martire Que d'endurer un ennuy sans le dire !

Et quand il faut tellement se contraindre, Qu'il n'est permis en mourant de se plaindn

Le feu couvert a plus de violance Que n'a celuy qui ses flammes élance ; L'eau qu'on arreste en est plus ii-ritée. Et bruit plus fort plus elle est arrestée.

Vous qui sçavez la fureur qui me donte,

S'il n'est i»ennis que mon mal je vous conte, ilelas! jugez si je suis en mal-aise, Quand, vous voyant, il faut ([ue je me taise.

Vous qui savez l'amour que je vous porte, iN'estimez point ma peine estre moins forte; 3Iais puisqu'Amour nos deux araes assemble, C'est bien raison que nous souffrions ensemble.

0 vain penser! ô folle outrecuidance, Qui veut qu'Amour cède à son ordonnance. Qui dans les cœurs pense esteindre les fiâmes, Et captiver la liberté des âmes !

Geste rigueur désormais pourra faire Qu'aucun propos la langue ne profère, Gesner nos sens, bâillonner nostre bouche. Mais aux esprits sa defTense ne touche.

Au moins déesse, au lieu de la parole. Que de vos yeux le rayon me console; Et d'une œillade, aux jaloux desrobée, Voyez la peine où mon ame est tombée.

Et vous, mon cœur, usez-en de la sorte, Ressuscitant mon espérance morte; Parlez des yeux et me donnez courage, De vos regards j'enten bien le langage.

CHANSON

Doncques ce tyran sans mercy, Qui pour moy n'eut jamais des ailes, î^a point maintenant de soucy Des vassaux qui lui sont fidelïcs?

Doncques ceux qui plus vivement Ont de son feu l'ame saisie.

Il laisse outrager durement Par l'envie et la jalousie ?

Rien, rien ne profite la foy.

L'aidour, le zèle et le inartire; D"auties qu'Amour donnent la loy, Et faut à leur gré se conduire.

Ce dieu qui veit au tans passé Sous liiy toute force asservie, Maintenant luy-mesnie est forcé Par les jaloux et par l'envie.

Las ! il faut mou pié retarder J>"aller où le désir me porte, Mon œil n'ose plus regarder L'objet qui seul me reconforte ; Ma main tremble et nose tracer L'image qu'au ciel j'ay choisie.

Et voy tous mes vers effacer Par l'envie et la jalousie.

Je me deffens de respirer, De peur d'éventer ma tristesse, Ma bouche un mot n'ose tirer.

Craignant de nommer ma maistressc; Et pour rendre moins découverts Les feus qui saccagent ma vie.

J'erre sauvage en ces déserts, Fuyant les jaloux et l'envie.

Mais, si les propos envieux, Orna claire et céleste Ilame!

î^eparent mes yeux de vos yeux, Us n'en séparent point mon aine ; Tousjours vostre unique beauté M'est présente en la fantaisie :

Tel bien ne me peut estre osté Par l'envie et la jalousie.

Car, si vostre chaste froideur, Et vos rigueurs pleines de glace A'ont rien peu contre mon ardeur.

Moins y peut toute autre menace ; Plus d'ennuis s'iront élevans. Mieux de moy vous serez servie.

Tousjours ferme aux flots et aux vans Tant des jaloux que de l'envie.

DIALOGUE

Doncques ces yeux bien aimez A la fm se sont armez

De feux, d esclairs et d'orajje ?

Donc pour ne voir le tourment, Qui me presse injustement.

Vous destoumez le visage?

Dieuïî que la femme est pronte à changer de courage!

Donc pour loyer d'amitié, 0 cœur plein de mauvaiselié !

Tu te plais quand tu m'abuses ?

Et cou\Tant ta fausseté, Tu penses que ma bonté Tousjours se paye d'excuses?

ilais pour te croire plus je connoy trop tes ruses.

Helas! où prenez-vous ce couitoux véhément Contre un qui he veut rien que vous rendre servie?

Mais toy-mesme où prens-tu ce nouveau changemcnl, S'il est vTay que je t'aime et que tu sois ma vie?

A bon droit les siècles vieux >ous ont peint Amour sans yeux, Monstrans comme il se doit croire ; Trop d'ardeur le plus souvant, Nos senlimens décevant, En rapporte la victoire, El fait juger le blanc estre une couleur noire.

L'ardeur ne m'aveugle en rien, Ce qui est je le voy bien :

Je trouve chaude la flame, Le jour me semble luisant.

Et ne faux point en disant Qu'Amour ne loge en ton ame.

Ou, s'il te va brûlant, c'est pour une autre dame.

Peussé-je à des<5ouvert mon cœur vous faire voir ! Vostre image sans plus s'y trouveroit empreinte.

Mais peussé-je aus&i-tost guarison recevoir Au mal que tu me fais, comme je sçay ta feinte !

Quelle preuve, ou quelle foy Vous puis-je donner de moy, tjui ces créances efface?

Rien ne sçauroit m'asseurer, Car quelle foy peut jurer Un cœur si plein de fallace, lin qui jamais lamour ny la foy n'eurent place?

La mort que je sens venir, Pour mes angoisses finir, Vous monstrera le contraire.

Ali! trompeur! tu vas pensant Oue ce propos soit puissant Pour adoucir ma colère?

Je connoy ta feintise et ta ruse ordinaire.

Puissé-je donc mourir si j'aime autre que vous !

Les sermons amoureux ne font moindre l'offancc.

Qui peut donc appaiser vostre injuste courroux?

Le désir espéré d'une pronte vengeance.

Modérez cette fureur, 11 n'y a si grande erreur Qu'une forte amour n'oublie.

Mais il n'est amour si fort \

Quand souvent on luy fait tort, Qui ne se change en furie.

Grande amour en grand' haine est souvent convorlic.

Les courroux des vrais amans

MVERSES AMOUR*. SS«J

Font par leurs embrasemans Que l'amour plus fort s'enllame.

llelas ! je l'esprouve assez !

Car tant d'outrages passez, Au lieu d'esteindre ma flame, La font plus violente et plus vive en mon ame.

Quelle preuve, ô mon bien ! m'en peut rendre asseuré ? Comment croiray-je, helas! que vostre ire est passée?

Vous redonnant mon cœur que j'avois retiré, Et n'aimant rien que vous, qui m'avez deslaissée.

Quand je pense aux douleurs dont j'estoy tourmenté, Durant que je vivoy sous l'amoureux empire, Ce penser me transporte et fait que je soupire, Touché du souvenir de ma captivité.

« C'est en vain, dis-je alors, que quelque autre beauté hntreprend désormais de me penser réduire; Car, en me souvenant de mon passé martire,' Je sçauray mieux garder ma chère liberté. .'

>oilà ce que j'asseure et que je pense faire; Mais, voyant vos beautez, je croy tout le contraire, Et cours aveuglément au malheur préparé.

Adieu donc, liberté, tu m'as assez suivie ! Je ne redoute plus le travail enduré; En si belle prison je veux perdre la vie.

CHANSON

Que m'a serv7 de vous avoir servie Sept ans entiers, à mon mal conjuré, Le plus souvent de vos yeux séparé, Non de vos yeux, mais de ma propre vie/

Que m'a servy d'avoir perdu mon ame, Mes pleurs, mon tans, mon repos, ma raison, Et que vostre œil ait séché par sa flame Les belles fleurs de ma jeune saison?

Que m'a ser\7 cette allégresse fainte.

Qui searement ma douleur rcceloit.

Et quand l'amour plus ardant me brùloit, 3restre gardé de lascher une plainte?

Que m'a servy cette libre apparance, Dont j'abusoy vos valets curieux, Et pour chasser toute leur deffiance Avoir donné tant de loix à mes yeux?

Que m'a servy la peine que j'ay prise A gouverner un mary mal-plaisant, Et, tant de jours avec luy m'amusant, Perdre à l'ouyr le peu de ma franchise?

Que m'ont sev\y ces mespris ordinaires, Qui l'empeschoient de devenir jaloux, Ces libériez et ces feintes colères, Dont quelquefois vous entriez en courroux ?

Que m'ont servy tant d'errantes pensées, Qui m'égaroient loin des gens et du bruit? Que m'ont servy, sous l'horreur de la nuit. Tant de sanglots et de larmes versées?

llelasî de rien ; tout me porte nuisance, Et mes respects vous rendent sans pitié! Car vous croyez qu'en telle patience J'ay peu de mal et fort peu d'amitié.

Si j'aimoy bien, je ne pourroy connoistrc Tant de dangers que je vay évitant.

Un fort désir tout conseil va doutant.

Avec l'amour la raison ne peut estre.

De tels propos, tyrans de mon courage, Vous me blasmez au lieu de m'estimer : Qui voit si clair et qui demeure sage (Ce dites-vous), ne sçauroit bien aimer.

Ah ! je l'advouë et tiens pour véritable Que loin d'Amour la sagesse s'enfuit ; J'en sers de preuve, aimant ce qui me nuit Et bannissant ce qui m'est profitable.

Respondez-moy, ma mortelle déesse, Vous qui m'avez en rocher transmué :

Est-ce monstrer d'avoir quelque sagesse Que d'adorer vos yeux qui m'ont tué?

Quelle fureur peut estre tant extrême, Qu' estre tousjours de suucis agité, Pour l'appétit chasser la volonté, Aimer un autre et se haïr soy-mesme?

ÎS'estre jamais une heure en raesme sorte, Pallir, rougir, espérer et douter, Aux ennemis laisser libre la porte. Et pour les sens la raison rejeter?

Mais plus encor, insensé, je m'outrage; Car, en pouvant mon ardeur modérer Par mes soupirs, je ne veux soupirer >'y me douloir, pour brûler davantage.

C'est peu de cas qu'un mal qui se peut dire, Auprès du mal dans l'esprit retenu, Quand en son dueil on est contraint de rire, Le conservant pour le rendre inconnu.

Si toutesfois vous croyez le contraire.

Et que je pense, en faisant autrement, Vous asseurer d'aimer plus ai-damment, Bien je suivTay la coustume ordinaire.

Mes passions ne seront plus contraintes, En tous endroits nostre amour se dira; l.'air refrappé ne bruira que mes plaintes. Et sur mon front ma douleur se lira.

Sans nul égard par tout je vous veux sui\Te, J'ay trop long-tans languy loin de vos yeux; N'espèrent plus les propos envieux Me séparer du bien qui me fait vine î

Aucun respect de mary ny de frère >e me pourra désormais abuser; A tous propos, sans peur de leur desplairc, Devant leurs yeux je viendray vous baiser.

Valets fascheux, qui par vostre presancc De voir mon bien m'avez tant sceu garder, .Ne pensez plus me pouvoir retarder; Bien peu me chault qu'en ayez connoissanco.

Sur ces beautez j'auroy tousjours la veuO, Mes chauds soupirs plus je ne retiendray, Je baiseray ce bel œil qui me tué, Et de mon mal tout haut je me plaindray.

M'advienne après ce qu'il faut que j'aïtande De ces hazards, je veux tout endurer; Au moins ma mort pourra vous asseurer Que non la peur, mais l'amour me commande.

Je voyoy foudroyer d'un effort incroyable Les murs d'une cité que l'ennemy tenoit; La place estoit en feu, l'air autour resonnoil, Horrible de fumée et de bruit effroyable.

Le rebelle ennemy, d'un courage indomtablc Ganonnant, sans cesser nostre choc soustenoit; l 'un couroit à l'assaut, l'autre s'en rcvenoit,

Remportant pour loyer une playe honorable.

Or, comme je pensois estre hors du danger, Deux yeux, qu'Amour luy-mesme avoit voulu charger, Me vindrent dans le cœur mortellement altamdre.

I as' les plombs ennemis ne m'avoient pomt blesse; 1 es balles de vos yeux sont beaucoup plus à cramdre. Qui m'ont en mille endroits cruellement perce.

Je la doy bien haïr cette main ennemie, f»ui décocha sur moy tant de traits rigoureux. Et du sang de ma playe, encor tout chaloureux, M'escrivit dans le cœur le nom de Partheme.

Toutestois je l'adore, et la peine inûnic N'en scauroit retirer mon œil trop désireux; Peussé-ie luy donner cent baisers amoureux. Pour vanger mon outrage et la rendre punie .

Ce bel amas de neige, excessif en froideur, Pourroit en le pressant rafraichir mon ardeur Si le secours d'un mal se prend- de son con ra re.

Mais! puis qu'un si grand prix à ma foy n'est promu Au moins baisons son gand. Il est tousjours permis De baiser le dessus d'un sacré reliquaire.

Se peut-il trouver peine en amour si diverse Que ce cruel enfant ne m'ait fait endurer.' A-t-il m son rovaume une seule traverse, Où ie ne me sois veu mille fois égarer .

En mon cœur chaque jour sa rigueur U exerce, Avant tousjours dequoy mon esprit maiaFen Ei crov que sur moy seul, pour n^edesesperei De tous les amoureux tous les tourmens il verse.

J'ay demeuré quatre ans vivant en liberté, <;ans iove et sans douleur, auprès d'une beauté D^tois^les dons du ciel 1-ureusement pourveue.

Apres un si long-tans il m'en vient enflammer, Ft comme si j'avois une nouvelle veue, î'e la sTrric l'adore, et meurs de trop l'aimer.

r'av tant suivy l'Amour sans avoir rccompanc j;.v 'tant pour l'adoucir vainement soupire.

DIVERSES AMOURS. ZHO

(.)ue, le reconnoissant contre moy conjuré, Je dois jusqu'au tombeau luy faire résistance.

Laschement toutesfois, sans me mettre en deflfancc, Je me rens pour un trait que vos yeux m'ont tiré; Bien que je voye à l'œil mon malheur préparé, Et que le desespoir soit ma seule espérance.

Mais qui pourroit fuir le desastre ordonné? L'un meurt dedans son lict, l'autre est prédestiné Pour mourir au combat, l'autre au milieu de l'ondo.

De moy, par les effets on peut voir clairement Que le ciel arresta, quand je vins en ce monde, Que je devoy mourir pour aimer constamment.

Six joui^, ah ! dieux, c'est trop ! six jours sans l'avoir veu.', Plus fascheux à passer qu'un long siècle d'ennuis ! Je les appelle jours, c'estoient obscures nuits; Car mes yeux aveuglez n'ont jour que de sa veué.

Le mal qui tient au lict ma puissance abatuê Ne m'est grief, que d'autant que voir je ne la puis; Médecins qui jugez du tourment où je suis. Pour Dieu, faites qu'il cesse, ou que tost il me tué!

Vostre art ne sçauroit-il me donner le pouvoir D'aller jusqu'au chasteau seulement pour la voir' Trouvez-moy ce moyen, ma langueur est finie.

Sinon retirez-vous, c'est en vain consulté; Saignée, herbes, onguens, ne font pour ma santé . Mon mal et son remède est l'œil de Parthenie.

COMPLAINTE

Las! plus je vay avant, plus je suis outragé D'un regret inhumain, qui me tient assiégé Depuis le triste jour que j'ay laissé ma dame, Et que je ne voy plus la clarté de ses yeux, Plaisans flambeaux d'amour, serains et gracieux, Qui. comme un beau soleil, esclairoient à mon am.'

Ce dieu, qui ne veut point mes tristesses finir, Itéveille mon esprit d'un poignant souvenir, Mettant devant mes yeux tant de faveurs laissées, Tant de rares beautez, tant de conlentemens, De discours, de baisers, de doux langui^semens. Et tant de brèves nuitcs si doucement passées.

Je connoy maintenant qu'il me fai^ioit ?ou<«tfr

Î90 DIVERSES AMOUIi S.

Les plaisirs amoureux, non pour me contenter,

Xi pour pitié qu'il eust de ma peine soufferte,

Mais afin qu'en perdant cette félicité,

Je fusse puis après aisément emporté

Par le grief souvenir d'une si grande perte.

0 mer ! que j'abandonne avec mille douleurs, Je fay croistre tes eaux par les eaux de mes pleurs, Et fay par mes soupirs élever un orage ! Lasl je serois heureux, si la force du vaut Me noyoit à ce bord sans passer plus avant. Afin que mon esprit errast sur ce rivage.

Celuy qui bien au vif d'amour n'est point espris, Abandonnant les yeux dont son cœur est surpris. Appelle ceste absence une aigre départie; Mais de moy je l'appelle un rigoureux tourment, Une angoisse, une rage et un gémissement. Oui n'a point d'autre fin que la fin de la vie.

Las ! je croy que le ciel m'avoit prédestiné Pour souffrir des travaux devant que d'estre né, Et pour n'avoir jamais de repos sur la terre! J'ay couru sur la mer mille et mille dangers, J'ay supporté, chelif, aux pays estrangers, Le froid, le chaud, la faim, les prisons et la guerre;

Mais, pour tant de combats dont j'estois assailly. Jamais je ne me vey le cœur lasche et failly : Tousjours d'un ferme esprit j'y faisoy résistance. Maintenant au besoin le courage me faut. Et, voulant résister à ce dernier assaut. Je perds soudainement l'esprit et la puissance.

Quand celuy qui voyage est surpris de la nuit, Et qu'il s'est égaré du chemin qu'il poursuit. Il a pour son recours la clarté de la lune; Mais, las! où me faut-il désormais retirer. Suivant l'aveugle Amour qui m'a fait égarer. Puis que je ne voy plus de lumière opportune?

Quand le nautonnier sage est au milieu de l'eau, Et que les vens esmeus combattent son vaisseau. Vers un signe, luisant pour guide, il se retire; Mais, las ! que puis-je faire en l'amoureuse mrr? Je voy les vens esmeus et les flots escumer. Et si je ne voy plus mon bel astre reluire.

Vivant comme je vy, dolent et soucieux, J'accompare à mon sort ces monts audacieux, Qui semblent faire aux dieux une autre fois la guerre : Ils sont voisins du ciel, et mon liautain penser Jusqu'au plus haut des cieux s'est bien osé hausser,

Pour choisir la beauté que j'adore en la terre.

Ils sont couverts de neige en perdant leur soleil : Des que je pers le mien, mon sort est tout paieil, J'ay le cœur tout serré de glace et de froidure ; Ils sont pleins de rochers, et mon dueil véhément M'a privé tout d'un coup d'ame et de sentiment. Et m'a changé l'esprit en une roche dure.

Si je n'eusse eu le cœur en rocher transmué, L'excessive douleur aussi-tost m'eust tué, Par une seule mort mettant fin à mes paines ; J'eusse esté sous le faix mille fois abbattu, Sans durer aux soucis dont je suis combattu, Et souffrir sans mourir mille morts inhumaines.

Soit de jour, soit de nuict, je ne puis reposer, Car mon juste regret ne se veut appaiser; Mes pensers importuns ne me font point de trêve- Tant plus je vay avant, plus je suis tourmenté; Je souhaite le jour pendant l'obscurité, Et souhaite la nuict quand le soleil se levé.

J'ay pour tout reconfort un espoir mensonger, Qui veut contre mon gré mes douleurs alléger Par le doux appareil d'un retour désirable; Mais foible est ce recours. Car faut-il espérer Qu'avec tant de tourmens je puisse assez durer. Pour attendre un retour vainement favorable?

COMPLAINTE

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