‹ uvres de Philippe Desportes (volume 4)Chapitre 156 sur 190 · A MADEMOISELLE DE LA CIIASTAIGNEUAYE · texte numérisé non relu

A MADEMOISELLE DE LA CIIASTAIGNEUAYE

HELFETTE DE VIVONXE

0 beaux cheveux châtains d'une qui ce nom porte, Ondez, crespes et longs, où les Jeiix inconstans Et les petits Amours, comme oiseaux voletans, S'emprisonnent l'un 1 autre en mainte et mainte sorte,

0 bel œil, qui d'Amour rend la majesté forte, Clair, brun, fier et piteux, seul soleil de ce tans, Le bois sec reverdit au retour du printans. Et le lien fait fleurir mon espérance morte !

11 faudroit estre roche, acier ou diamant. Pour ne devenir (lamme et mourir doucematit Auprès d'une beauté de beautez si pourveuë.

0 célestes rayons, qui me donnez la loy. Je voudrois estre Argus alors que je vous voy Et, ne vous voyant point, estre privé de veuë ^ !

* Pour le? (rois dernières personnes, voyez linlroduction placée en fêle (lu volume.

CHA.NSON

0 bien-heureux qui peut passer sa vie Entre les siens, franc de haine et d'envie, Parniy les champs, les forests et les Loi?, Loin du tumulte et du bruit populaire, Et qui ne vend sa liberté pour plaire Aux passions des princes et des rois ' U n'a soucy d'une chose incertaine, Il ne se paist d'une espérance vaine, ^■ulle faveur ne le va décevant, De cent fureurs il n'a l'amc embrasée.

Et ne maudit sa jeunesse abusée. Quand il ne trouve à la fin que du vaut.

Il ne fremist, quand la mer courroucée Enfle ses flots, contrairement poussée Des vens esmeus,soufllans horriblement ; Et quand la nuict à son aise il sommeille. Une trompette en sursaut ne l'éveille.

Pour l'envoyer du lict au monument.

L'ambition son courage n'attise; D'un fard trompeur son ame il ne di'guise, Il ne se plaist à violer sa foy; Des grands seigneurs l'oreille il n'importune. Mais en vivant contant de sa fortune, 11 est sa cour, sa faveur et son roy,

Je vous rens grâce, ô deïtez sacrées Des monts, des eaux, des forests et des prées,

452 fcEKGLlilES.

(Jui me privez, de pensers soucieux, Et qui rendez ma volonté contente, Chassant bien loin ma misérable attente Et les désirs des cœurs ambitieux!

Dedans mes cliamps ma pensée est enclose; Si mon corps dort, mon esprit se repose, ^ Un soin cruel ne le va dévorant.

Au plus matin la fraischeur me soulage; S'il fait trop chaud, je me mets à Torabragc, Lt, s'il fait froid, je m'échauffe en courant.

Si je ne loge en ces maisons dorées, Au front superbe, aux voûtes peinturées D'azur, d'esmail et de mille couleurs.

Mon œil se paist des thresors de la plaine, Riche d'œillets, de lis, de marjolaine.

Et du beau teint des printanieres Heurs.

Dans les palais enflez de vaine pompe, L'ambition, la faveur qui nous trompe.

Et les soucys logent communément; Dedans nos champs se retirent les fées, Roines des bois à tresses décoiffées, Les jeux, l'amour et le contentement.

Ainsi vivant, rien n'est qui ne m'agrée : J'oy des oiseaux la musique sacrée, Quand au malin ils bénissent les cieux, Et le doux son des bruyantes fontaines. Qui vont coulant de ces roches hautaines. Pour arrouser nos prez délicieux.

Que de plaisir de voir deux colombelles, Bec contre bec, en trémoussant des ailes, 3Iille baisers se donner tour à tour, Puis, tout ravy de leur grâce naïve, Dormir au frais d'une source d'eau vive. Dont le doux bruit semble parler d'amour I

Que de plaisir de voir sous la nuict brune, Quand le soleil a fait place à la lune. Au fond des bois les nymphes s'assembler. Monstrer au vent leur gorge découverte.

Danser, sauter, se donner cotte-verte, Et sous leurs pas tout l'herbage trembler !

Le bal finy, je dresse en haut la veuë, Pour voir le teint de la lune cornue, Claire, argentée, et me mets à penser Au sort heureux du pasteur de Lalmio; Lors je souhaite une aussi belle amie.

Biais je voudrois en veillant l'embrasser.

BEKGtir.lES.

Ainsi la miicl je contente mon aine, fuis, quand Phebus de ses rays nous enflame, •l'essaye enoor mille autres jeux nouveaux; Diversement mes plaisirs j'entrelasse, Ores je pesche, or' je vay à la chasse, Et or' je dresse embuscade aux oyseaux.

Je fay l'amour, mais c'est de telle sorte Que seulement du plaisir j'en rapporte, N'engageant point ma chère liberté; Et quelques laqs que ce dieu puisse faire Pour m'attraper, quand je m'en veux disti-aire, j'ay le pouvoir comme la volonté.

Douces brebis, mes fidelles compagnes, Hayes, buissons, forests, prez et montagnes, Soyez témoins de mon contentement !

Et vous, 6 dieux! faites, je vous suppUe. Que cependant que durera ma vie, Je ne connoisse un autre changement.

Recherche qui voudra les apparens honneurs. Les pompes, les thresors, les faveurs variables, Les lieux hauts élevez, les palais remarquables, Pietraites de pensers, d'ennuis et de douleurs ;

J'aime mieux voir un pré bien tapissé de fleurs, Arrousé de ruisseaux au vif argent semblables, Et tout encourtiné de buissons délectables, Pour l'ombre et pour la soif durant les grand's ciialeurs.

Là, franc d'ambition, je voy couler ma vie Sans envier aucun, sans qu'on me porte envie, Roy de tous mes désirs, contant de mon parti.

Je ne m'appaste point d'une vaine espérance, Fortune ne peut rien contre mon asseurance, Et mon repos d'esprit n'est jamais diverti.

Quel destin favorable, ennuyé de mes paines, Rompra les forts liens dont mon col est pressé? Par quel vent reviendray-je au port que j'ay laisse, Suivant trop follement des espérances vaines?

Verray-je plus le tans qu'au doux bruit des fontaines. Dans un bocage espais mollement tapissé, Nous recitions nos vers, moi, d'Amour offencé, Toi, bruvant de nos rois les victoires hautaine.-.?

Si j'eschappe d'icy, Dorât S je te promets Qu'Apollon et Cypris je suivray désormais, Sans que l'ambition mon repos importune;

Les venteuses faveurs ne pourront me tenter, Et de peu je sçauray mes désirs contenter, Prenant congé de vous, espérance et fortune !

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