‹ uvres de Philippe Desportes (volume 4)Chapitre 162 sur 190 · BI:P. GER1K · texte numérisé non relu

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STANCES

Jupiter, s'il est vray que tu fusse amoureux, Quand ton poil de toreau deceut une pucelle, Que tu pouvois te dire à bon droit bien-heureux, Portant dessus le dos une charge si belle !

Dans l'eau que tu fendois dun pied souple et léger, L'heur si prest d'arriver t'enflammoit la pensée; Et l'Amour te faisoit oublier de nager Pour voir ce que monstroit sa cotte retroussée.

Mais quel heur de ce dieu me pourroit égaler, Si las! en quelque forme ou Maye ou contrefaite, Par la faveur d'Amour je vous pouvois voler. Vous qui trop plus qu'turope estes belle et parfaite?

Ah! non, je ne voudroy vers vous me déguiser. Et rendre en vous trompant ma grand' flame amortie! Or ne vous faschez donc si j'ose vous baiser, Et si, troublé d'Amour, je pers la modestie '.

ODE

Quand tu ne senlirois aucun feu d'amitié. Quand tu ne connoistrois ny devoir ny pitié, Quand tu serois conceuê aux flancs d'une lyonne, Quand tu aurois le cœur d'une froide colonne, Tu ne pourrois souffrir de me voir en ce point

Transir de grand' froidure ; Car, l'ayant veu venir, je n'ay pris qu'un pourpoint

Pour toute couverture.

IS'ois-tu les aquilons soufflans horriblement. Qui font par le'or effort mouvoir ce tremblement? N'entens-tu point Caurus qui donne à la traverse, Et sens dessus dessous toute chose renverse? Les forests en font bruit, où superbe il combat

Contre les souches fortes.

N'ois-tu pas bien aussi le terrible débat

Des fenestres et portes?

La neige cou\Te tout, tout est pavé de blanc; L'excessive froideur m'a tout gelé le sang, Je ne puis plus parler tant la glace me serre;

* Ces stances sont imitées ou traduites d'un morceau de Copeia, qiii débute par ce vers :

Chiaraar beato è dio ben si pot«a, etc.

Mes nerfs sont tous retraits, mes dents se font la guerrp D'un choc continuel, et toute ma chaleur

Au cœur est dévalée, Et commence desjà, comme aussi fait mon cœur,

A se faire gelée.

Helas! aveugle Amour, où est ton grand pouvoir? Où est ce feu divin qui peut tout esmouvoir, Qui des plus puissans dieux fait bouillir la poitrine. Qui brûle les enfers, la terre et la manne? J'estimoy que ton feu feroit à ma froideur

Abandonner la place ; Mais ce froid au contraire a changé ton ardeur

Et tous tes traits en glace.

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