‹ uvres de Philippe Desportes (volume 4)Chapitre 163 sur 190 · IMITATION D'HORACE · texte numérisé non relu

IMITATION D'HORACE

JkLDIVERE, LYCE, DIIMEA VOTA

En fin mes vœux sont exaucez, Lyce; tes beaux jours sont passez.

Tu deviens laide et contrefaite.

Le temps ton visage a changé.

Et, ce qui me rend mieux vangé, Tu fais la jeune et la doucette.

Avec des appas dégoustans Et quelques vieux mots du bon tans, Tirez d'une bouche blesmie, Tu pense éveiller nos espris; Mais la dédaigneuse Gypris Près de toy languist endormie.

Amour, du printans compagnon.

Est un enfant : c'est un mignon 'Jui seplaist au frais des herbages; Parmy les Heurs il tend ses rets, Et, fuyant les vieilles forests, Fait son nid aux jeunes bocages.

Maintenant ce dieu glorieux Courtise Amaranthe aux beaux yeux, Des Grâces l'aymahle compagne ; Tes carquans ne l'émeuvent point, iS'y ton contrefait enbonpoint, Ny ton rouge et ton blanc d'Espagne.

Lyce, ne pers plus désormais Le temps et le fard que tu mets A couvrir ta face ridée, Ton poil n'en sera moins grison;

HERGKRIKS.

Four revoir ta jeune saison Il faudroit les arts de Medée.

Las! helas! que sont devenus Tant d'Amours et tant de Venus, Qui troubloient mon ame charmée?

Chauds regards, propos ravisseurs, Feints soupirs, poignantes douceurs.

Tous ces feux sont moins que fumée.

Apres Jane, unique en beauté, Le nom de Lyce estoit vanté; Mais Jane avoit l'ame naïsve, Etn'aymoit point à décevoir, Où Lyce tousjours s'est fait voir Mauvaise, inconstante et lascive.

C'est pourquoy les destins amis Peu de jours à Jane ont permis, Et l'ont d'entre nous retirée.

Avant que sa jeune vigueur De l'âge esprouvast la rigueur.

Et mille amans l'ont soupirée.

Mais les dieux qui ne t'ayment pas, Lyce, te font vi\Te icy bas Autant qu'une vieille corneille; \fin que l'amant, s'efFroyant, Voye sa faute en te voyant.

Surpris de honte et de merveille.

DIALOGUE

— Que ferez-vous, dites, madame, Perdant un si fidelle amant ?

— Ce que peut faire un corps sans ame, Sans yeux, sans pouls, sans mouvement.

— N'en aurez-vous plus souvenance Apres ce rigoureux départ?

— Au cœur qui oublie en absance, L'amour n'a jamais eu de part.

— De tant d'ennuis qui vous font guerr Lequel vous donne plus de peur?

— La crainte qu'en changeant de terrr-. il puisse aussi changer de cœur.

— N'usez jamais de ce langage, A sa foy voue faites grand tort.

— C'est un évident témoignage l'our monstrer que j'aime bien fort.

— Son amour si ferme et si sainte

iiâ BEKGKP.IES.

Pûit tenir vostre esprit contant.

— Je ne puis que je n'aye crainte De perdre ce que j'aime tant.

— Auriez-vous beaucoup de tristesse, S'il venoit à changer de f'oy?

— Tout autant que j'ay de iiesse, Sçachant bien qu'il n'aime que moy.

— Quel est le mal qui vous offence, Attendant ce déparlement?

— Tel que d'un qui a eu sentence Et attend la mort seulement.

— Quoy? vous pensez doncques, à l'heure Qu'il s'en ira, mourir d'ennuy?

— Il ne se peut que je ne meure, .Mon esprit s'en va quand et luy.

— Si tel accident vous arrive, Vostre amour ne durera pas.

— La vraye amour est tousjours vive Et ne meurt point par le trespas.

COMPLAINTE

Cherchez, mes tristes yeux, cherchez de tous costez, Vous ne trouverez point ce que vous souhaitez, Vous ne verrez plus rien qui vous soit agréable ;] Et vous, riches thresors du printans désirable, 0 prez! témoins secrets de mon contentemant, Où pleine de désir j'altendoy mon amant, Accusant quelquefois sa trop longue demeure, Las! portez le regret de son esloignement. Et plaignez de pitié la douleur que j'endure !

Ce fut icy qu'il me dis? sa pensée,

Dont je feigny me sentir ofTensée, L'appelant téméraire; Mais ma feinte colère,

Voyant ses pleurs, fut bien soudain passée. Car eussé-je voulu contre Amour me deffandre? Helas! douce rivière, où est mon cher Philandre?

Voicy bien tous les lieux où je le souloy voir, Quand au commencement Amour par son pouvoir Rangea mon ame libre en son obéissance. J'eu près de ce buisson sa première accointance, Et senty dans mon cœur la sagette d'Amour, Qui perça le rocher que j'avois à l'entour, Et le chaste rempart de ma poitrine dure.

Mus, si tosl que je pense à ce malheureux joui , Je sens renouveler la douleur que j'endure : Je rcionnoy cette basse valée, Où quelquefois, à l'écart reculée, J'entretenoy mon ame En l'amoureuse tlame, l'ar un penser dont j'estoy consolée, ht disois en mon cœur, sans qu'on me peusl entandre ; Ilelasl douce rivière, où est mon cher Philandre?

Voilà le clair ruisseau si souêfvement cojilajil, Vu, pour passer le chaud du soleil violant. Je souloy demeurer sur l'herbage estenduë, De mon fidelle amant bien souvent attendue^ I.as! tout est bien icy! les bois délicieux, l.es costeaux, les buissons et les prez gracieux : Je voy le clair ruisseau, j'enten son doux munnure. Mais les voyant, sans voir le soleil de mes veux. Je sens renouveler la douleur que j'endure"

Aucunes fois mon ame je contente,

<:ar, la trompant, je me le représente Dedans cette prairie.

0 douce tromperie,

«.nii mes esprits heureusement enchante!

Mais presque aussi soudain mon mal me vient reprandic Helas! douce rivière, où est mon cher Philandre?

Bien souvent je l'appelle en criant dans ce bois. Mais rien, sinon Echo, ne respond à ma voix, Dont je meurs de douleur, s'il advient que je panse Qu'il ne me respond point faute de souvenance. Ou que quelque autre amour son cœur a fait changer. Lors, pleine de fureur, me pensant bien vanger, Je l'appelle infidelle, inconstant et parjure, Et dis en sanglottant : Ilelas! cruel berger, Regarde à tout le moins la douleur que jendui c I

Mais tout soudain ma triste fantasie

Avec raison perd cette jalousie.

Car sa foy trop louable Est constante et durable,

Kl d'autre ardeur son anif^ n'est saisie; Car son cœur est à moy, nulle n'y peut prelaudie. Helas! douce rivière, où est mon 'cher Miilandre?

Quand je suis on ces lieux, je n'y fay que penser. Qu esgarer mon esprit, songer et ravasser,

4oO BERGERIES.

Demeurer sans mouvoir comme une souche morte. Les pasteurs de ces champs, me voyant de la sorte, Chacun à qui mieux mieux vont criant après moy : Voy tes troupeaux, bergère, esperdus comme toy, Demeurant sans repaistre et fuyant la verdure. Las ! tout cela ne fait qu'augmenter mon esmoy, Et tousjours redoubler la douleur que j'endure. Voilà comment, ô ma seule pensée, Loin de tes yeux mon ame est oppressée ! Je languy solitaire, Rien ne me sçauroit plaire, Trop est en moy la tristesse amassée.

Qui faitde mes deuxyeuxdeux grands fleuves desrandri ilelas! douce rivière, où est mon cher Philandre?

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