CARTELS ET MASQUAP.ADES
POIR LtS CHEVALIERS r»U PllE.MX
Sous le ciel plus serain, vers l'heureuse contrée D'où part le beau soleil refaisant son entrée, Et 011 d'un feu plus doux ses rais sont allumez, iNait l'oyseau merveilleux, dont nous sommes nommez, Miracle de nature et son plus bel ouNTage. L'or, le pourpre et l'azur s'esclale en son pennage ; 11 s'engendre soy-raesme, et presque en un moment Se sentvi\Te au berceau qui fut son monument; Car lors qu'il a passé dix siècles de sa vie. Et que le cours du tans, dont la force est ravie. L'a rendu plus débile, au soleil recourant. Et couché sur le haut d'un palmier odorant S'otfre, heureuse victime, à la flame céleste, Pour renaistre plus beau de sa cendre qui reste. Avantureux oiseau! de qui l'embrasement Et la ^^e et la mort naist du ciel seulement. L'Amour qui dans nos cœurs loge et prend nourri inre, Oiseau tant renommé, tient de ceste nature : 11 ressemble au phénix, son destin est pareil. Qu'on les nomme tous deux les oiseaux du soleil ; Car de deux beaux soleils vient la flamme immortelle. Qui de sa propre fin nostre amour lenouvelle, Lors que les longs travaux, le tans ou la rigueur De sa force première ont domté la vigueur.
4o4 BIASQUARADES.
Donc, ô vous, nos soleils, par qui sont retournées, Avec un seul regard toutes nos destinées, Qui nous faites mourir et renaistre à l'instant, Consommez dans un feu dont l'esprit est contant, Or' que la longue peine en aimant supportée De nos jeunes désirs a la force mattée. Et qu'il semble qu'Amour décline en vieillissant. Chassez la pesanteur qui le rend languissant ! Rajeunissez sa vie, ô flambeaux salutaires! A ces embrasemens nous courons volontaires, Invoquant vos rayons afin d'estre brûlez. Et d'un fécond trespas nous voir renouveliez. Trop heureux de penser que la flamme divine, Qui nous doit consommer, ait céleste origine!
POUR UiNE MASQUARADE DE FAUNES
Assemblez-vous, ô deïtez sacrées, De ces taillis, de ces eaux, de ces précs! Assemblez-vous en ce lieu gracieux, Pour recevoir trois divines princesses, Trois belles sœurs, immortelles déesses, Qui vont semant mille amours de leurs yeux.
Dessous leurs pas naissent les (leurs décloses, Leiu's doux regards font espanir les roses, Ce bois en prend une vive couleur; Chacun des vens son haleine retire.
Fors seulement le gracieux zephire, Qui de soupirs allège sa chaleur.
Les chauds désirs, la jeunesse agréable. L'espoir craintif, la constance immuable. L'heureux repos, les douces cruautez, Oiseaux légers voilent à l'enlour d'elles. Et doucement éventent de leurs ailes Les feux cuisans qu'allument leurs bcautez.
Amour, captif d'une si belle bande.
De tous les lieux, où vainqueur il commande, A retiré ses thresors précieux Dedans ces trois, qui font aux dieux la guerre; Aussi, durant qu'elles seront en terre.
Le paradis ne sera plus aux cieux.
Mon cœur, saisi de llammeches nouvelles, Est si ravy de tant de choses belles, Qu'il a plaisir en son nouveau tourment; Heureux qui soutfre en leur obéissance,
MASQUARADES. io^
P\iis que le mal est douce recompanse, Et la douleur vaut tout contentement!
Tu as en vain ta clarté retirée, Soleil jaloux, dans la mer azurée Où tu langTiis en paresseux séjour ; Car loin de toy les beaux yeux de ces dames, Soleils luisans, chauds d'amoureuses fiâmes. Chassent l'ombrage et nous donnent le jour.
VERS RECITEZ EN UNE MASOUARADE
Il n'est point d'autre liberté, Que d'estre serf d'une beauté.
0 nuict, du ciel la fille aisnée, Guidant tant d'astres nompareils, Se veit-il onc une journée Luisante en si divins soleils?
H n'est point, etc.
Qui voit une troupe si belle Sans qu'Amour le vienne toucher, 11 est fils d'une ourse cruelle.
Ou porte une ame de rocher.
Il n'est point, etc.
Que d'amours en leurs beaux visajres, Qu'en leurs yeux vivent de trespas!
Autrefois de moindres cordages Ont tiré les dieux icy bas.
Il n'est point, etc.
D'un regard disposer des âmes.
Vaincre et commander en tous lieux, D'un glaçon tirer mille fiâmes C'est le moindre effort de leurs yeux.
11 n'est point, etc.
Sont-ce pas de douces contraintes Que de servir si longuement?
Jamais nous ne ferons de plaintes, Languissans d'un si beau tourment.
U n'est point d'autre liberté, Que d'estre serf d'une beauté.
456 >i.\SQUAl\ADES.