‹ uvres de Philippe Desportes (volume 4)Chapitre 164 sur 190 · VILLANELLE · texte numérisé non relu

VILLANELLE

Hozette, pour un peu d'absence, Vostre cœur vous avez changé.

Et moy, sçachant cette inconstance.

Le mien autre part j'ay rangé ; Jamais plus beauté si légère Sur moy tant de pouvoir n'aura :

>'ous verrons, volage bergère, Uui premier s'en repentira.

Tandis qu'en pleurs je me consume.

Maudissant cet esloignement, Vous, qui n'aimez que par coustume, Caressiez un nouvel amant.

Jamais légère girouette

Au vent si tost ne se vira ;

Nous verrons, bergère Rozette,

Qui premier s'en repentira.

Où sont tant de promesses saintes.

Tant de pleurs versez en partant ?

Est-il vray que ces tristes plaintes

Sortissent d'un cœur inconstant?

Dieux, que vous estes mensongère 1

Maudit soit qui plus vous croira !

Nous verrons, volage bergère.

Qui premier s'en repentira.

Celuy qui a gaigné ma place,

Ne vous peut aimer tant que moy;

Et celle que j'aime vous passe

De beauté, d'amour et de foy.

Gardez bien vostre amitié neuve,

La mienne plus ne varira,

Et puis nous verrons à l'espreuve

Qui premier s'en repentira.

bien-heureux le destin qui de moy fut vainqueur, Ordonnant que pour vous bassement je soupire ; I5ien-heureux mes yeux bruns, dont vous tenez l'empire, A tous autres sujets pleins d'extrême rigueur.

Ma jeune gayeté n'est que morne langueur •juand je suis loin de vous, mon désiré martire; C'est vostre seule amour qui m'anime et m'inspire, Vous me servez de sang, desprit, dame et de cœur.

Dieux! si vous estes dieux, versez, je vous en prie, Tous vos courroux sur moy plustost que je varie, Et me faites souffrir mille morts pour le moins.

— Ainsi disoit Florelle; et, pour plus d'efficace, Elle escrivit ces mots tout dessus de la glace : Presens les vents marins qui servoient de témoins.

COMPLAINTE

il', suis las de lasser les hommes et les dieux, le suis las de verser tant de pleurs de mes yeux,

Non pas yeux, mais fontaines; Je suis las de passer tant de fascheux destours, Je suis las d'appeller la mort à mon secours,

Pour la fin de mes paines.

Ces monts, ces prez, ces eaux, ces rochers et ces bois Sont lassez de respondre aux accens de ma voix

Enrouée et cassée.

Ah! cieux trop inhumains, pourquoy donc seulement La douleur qui me suit, croissant incessamment,

N'est-elle point lassée ?

On voit changer les jours, les mois et les saisons. Le soleil se remue en ses douze maisons,

Toute chose se change, llien n'est dessous le ciel qui soit ferme et constant. Sinon l'aspre regret qui me va tourmentant

D'une fureur estrange!

Que maudit soit Amour, ses traits et son carquois. Que maudit soit le jour que je suivy ses loix

Pleines de tromperie !

Jamais Venus la douce aux flancs ne l'a porté,

Il est lils do. Cerbère, et jeune il a teté

Le sang d'une Furie.

De libre que j'estois il m'a mis en prison, Il a chassé bien loin la divine raison,

Qui conduisoit mon ame ; Il a rendu mes yeux ennemis de mon cœur; J'estois homme de chair, et or' par sa rigueur

Je suis homme de flame.

Ah! prez où je prenois tant de contentement, Je sens en vous voyant, dans mon entendement.

Mille nouvelles bresches !

Las! vous me soûliez plaire et vous me tourmentez; Voslre verd m'est obscur et vos douces beaulez

Me semblent toutes sèches.

0 vie hem-euse et libre ! ô mon plaisir passé ! lié! pourquoy si soudain m'avez-vous délaissé

D'une fuite inconnue?

l:t vous, chefs désolez de ma calamité, Dites, mes tristes yeux, où est ma liberté?

Ou'est-elle devenue ?

Ur' mon pauvre troupeau gist maigre et languissant, Sans boire et sans manger, bellant et gémissant

Pour l'ennuy que je porte; Mon chalumeau n'est plus dans ces bois entendu, Et mon triste rebec est demeuré pendu

A ceste branche morte.

Las! ils ne sont pas seuls qui plaignent mon malheur : Les rochers l'ont pleuré, les oyseaux de douleur

tn ont fait mille plaintes; Pan mesme en a gemy, ayant la larme à l'œil. Et les nymphes des bois en ont porté le dueil,

De tristesse contraintes.

Mais qui me fait rentrer en ce dur souvenir. Qui rafraîchit ma playe et sert d'entretenir

Mon rigoureux marlire?

Quoy ! mon cœur, d'endurer n'es-tu donc pas lassé? Lt loy, mon triste esprit, l'ennuy que j'ay passé " Te doit-il pas suffu-e?

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