‹ uvres de Philippe Desportes (volume 4)Chapitre 170 sur 190 · TANCES AIX DAMES · texte numérisé non relu

TANCES AIX DAMES

ISous sommes six chasseurs de la belle Cypris, Nourris en ses forests de l'aphos et d'Erice, Entre les jeux mignards, où nous avons appris De nature et d'Amour ce plaisant exercice Qui, par divers sentiers et par lieux inconnus. En chassant jour et nuit sommes icy Aenus,

• Ces stances sont imitées, ou, ponr mieux dire. IraduiUs d\m morcea-: du Dernia, qui commence ainsi :

Noi siamo, ô beile donne, cacciafoii, Minisiri e servi a 1' amorosa dc.T, elc.

464 MASQUARADES.

Bien louniis de courtaux, de limiers el de toileb, Pour chasser aux forests des jeunes damoiselles.

Un dit que leurs taillis sont assez fréquentez, Et que tout ce terroir est fort propre à la chasse; Los piqueurs seulement ne sont pas bien montez, Leurs courtaux et leurs chiens sont de mauvaise race : Ils n'ont jamais appris comme l'on doit chasser, Faire enceinte es devant, rembuscher et lancer, r.oquester, redresser, mettre bien sa brisée ; Mais souvent redresser c'est chose mal-aisée.

Ce n'est pas peu de cas de chasser comme il faut A la perfection mainte chose est requise. Les piqueurs bien rusez souvent sont en deffaut, Et sans plus redresser laissent leur entreprise, l'oureslre bon chasseur, il faut premièrement Estre ferme et ))ien roide, et piquer vivement, r.arùer l'ordre et le tans, et l'art et la mesure, Et non comme les foux courir à rndvanturc.

Il faut un bon limier pénible et poursuivant, JNerveux, le rable gros et la narine ouverte. Oui roidisse la queue et s'allonge en avant. Si tost qu'il sent la beste ou qu'il l'a. découverte; Et lors c'est le plaisir, qunnd un veneur parfait Le srait tenir de court ou luy lascher le trait, L'arrester, l'échauffer, comme il a connoissance Ou que la beste ruse, ou bien qu'elle s'avance.

Tous endroits pour courir ne sont pas approuvez, Et chacune forest n'est duisante à la chasse : Les champs marescageux, qui sont trop abbruvez, Bien souvent à nos chiens ont fait perdre la trace; Les lieux, d'autre costé, raboteux et pieri'eux Sont fascheux à piquer et sont fort dangereux ; Oui veut que sans danger le plaisir l'accompagne, 11 n'est que de chasser en la plaine campagne.

M ASQL'AKADES.

Ces coustaux verdissans en gazons relevez, Qui commencent encor à pousser un lierbage, Des chasseurs bien experts les meilleurs sont trouvez ; Mais ils veulent des cliiens qui soient de grand courage. Un chien foible de reins se rompt soudainement; On a beau forhuer et sonner hautement, Quand il a fait un cours, sa force diminué Et, sans plus reqiiester, il va branlant la queue.

.Nos chiens ne sont pas tels, mais, tousjours vigoureux, Echauffez du plaisir vont supportant la peine; Us ne craignent l'hyver ny l'esté chaloureux, Un cry les resjouyt et les met en haleine, Et sans estre en défaut, légers comme le vant, Tousjours bien ameutez, le droit ils vont suivant; Et n'y a lieu si fort, ne si serré bocage, Qu'ils n'y mettent la teste et n'y trouvent passage.

Quel plaisir pensez-vous qu'un chasseur doit avoir, Poursuivant finement une beste rusée.

Qui tournoyé en son fort, pensant le décevoir, Ou qui donne le change et fait sa reposée, Quand après grand travail il la voit commencer A se feindre le corps et sa teste baisser, Chanceler coup sur coup, à la fin renversée, Tomber à sa mercy toute molle et lassée?

Dames qui, par vos yeux amoureusement doux, Rendez comme il vous plaist une arne assujettie, Sans perdre ainsi le tans chassez avecques nous, Et la chasse en commun vous sera départie; Prestez-nous seulement vos bois et vos forests, Nous fournirons de chiens, de cotirtaux et de rets; Et, bien que sur nous seuls la peine soit remise, Vous aurez le plaisir et le fruit île la prise.

^> MASQUARADES.

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