‹ uvres de Philippe Desportes (volume 4)Chapitre 181 sur 190 · VI II · texte numérisé non relu

VI II

Tout le jour mes deux yeux sont de pleurs degoutans, Puis, quand la nuit paisible au repos nous appelle,

< Tmilé d'un sonnet italien qui débute ainsi :

Coine de dense nubi esce talhora l.ucido lampo, e via ralto sparisce, Cosi r aima gentil, per cui languisce Amor, s'use! del suo bel corpo fora.

El' II. M' II ES. 487

Ma douleur s'envenime et devient si rebelle, Que du tout je me laschc aux regrets osclatans.

En si piteux estât je despense mon tans, Me paissant de mon cœur, qui sans fin renouvelle. Depuis que des hauts cieux l'ordonnance cruelle Des saisons de ma vie arracha le printans.

Tel amas de tristesse en mon ame s'assemble, Que je n'y puis penser que d'horreur je ne tremble, M'estonnant que mon cœur du fardeau n'est donté.

Ah I despileuse mort ! ah ! rigomeuse vie ! L'une a presque en naissant mon attente ravie, L'autre icy me retient contre ma volonté.

Puis-je bien tant souffrir mon ame eslre captive, Pouvant rompre d'un coup sa caduque prison? Fiere loy des deslins, injuste et sans raison De vouloir que par force un homme en terre vive.

Quel espoir désormais faut-il plus que je suive? J'ay veu sécher mes fleurs en leur prime saison, Le doux miel de mes jours se changer en poison. Ma nef faire naufrage estant près de la rive.

0 mort! mon seul recours, qui t'esloignes de moy ! Las ! si je suis mortel et subjcct à ta loy. Ne m'espargne donc plus et me mets de ton nombre.

La mort contre respond : « J'en ay fait mon devoir, Mais sur les corps mortels seulement j'ay pouvoir, Et ce qui fut ton corps n'est plus maintenant qu'ombre. »

COIPLAINTE

Contre le tans ma douleur se rend forte. Et quand son cours toutes choses emporte, Elle y résiste et prend ferme racine Au lieu plus vif de ma triste poitrine.

Loin tout confort ! Au dueil qui me possède, Conseil, raison, espérance et remède, Comme ennemis mon esprit vous rejette, Car son angoisse à vos lois n'est subjette.

De mes amis qu'un seul ne s'advanture A me parler fors d'une sépulture, De sang, de mort, d'ombres noires et faintes. D'pfTroy, de cris, de soupirs et de plaintes.

Toute lumière est horrible à ma veuê, Rien ne me plaist que l'ennuy qui me tué :

iHH EPITAPHES.

La nuict m'est jour, mon repos c'est ma paiiip, Que j'aime mieux plus elle est inhumaine.

0 pauvre corps! jusqu'à quelle journée f5etiendras-tu mon ame emprisonnée r.n tant de fers, la gardant qu'elle voile Apres son bien, dont l'espoir me console?

La seule mort a causé ma tristesse, La seule mort y pourra mettre cesse, Ne m'empeschant plus longuement de suivre ('et autre moy, pour qui j'aimois à vivre.

Toute douceur de mon ame est bannie, Je me consomme en langueur infinie, Le ciel me fasche et rien ne peut me plaire Que de mon mal la mémoire ordinaire.

Fier accident que sans fin j'imagine !

Las! qui l'eust creu! qu'une grâce divine, Un port céleste, une beauté parfaite Si prontement par la mort fust desfaite?

Mais c'est l'erreur des œuvres de nature; Long-tans le beau sur la terre ne dure, Le ciel jaloux aussi-tôt l'en retire.

Afin qu'en haut nos pensers il attire.

L'humaine vie à bon droit se compare .\ux vaines fleurs dont le printans se pare, Au froid d'esté, au fueillage d'automne, Et au soleil quand l'hyver il rayonne.

Ta gloire, Amour, de tout point est tombée ; La fiere mort ta trousse a desrobée, l'iompu tes traits, dont ma playe est sortie, Brisé ton arc et ta flamme amortie.

Ne vante plus ta puissance indontée ; Toute victoire à ce coup t'est oslée.

C'est maintenant qu'aveugle on te peut diie, Ayant perdu l'astre de ton empire.

0 triste avril! à grand tort on t'appelle Du plaisant nom d'Aphrodite la belle, Mère d'Amour, par qui tout prend naissance, Puis qu'en mon cœur tu meurtris l'espérance.

Las! que me sert ta saison tant aimée, Qui le printans est des autres nommée, Si pour serain ou pour chaleur qu'il face. Je ne sens rien que nuages et glace ?

Champs, prez et bois prennent tous couleur verte, Seul par le noir je tesmoigne ma perte. Et n'ay pour fleurs, en mon ame amas.sées, Que soucy double et fascheuses pensées.

F. PiiAriiES. 489

Donc que l'an change en saisons différantes. Je seray ferme et mes plaintes constantes ; Et, quand le ciel sera plus clair de flame. Tousjours le dueil oliscurcira mon ame.

rOMPLALME l'OUK LE ROI HENRI III

r<tTANT A rONTAiXF.BLEAL", I.IEC DE SA NAlsSANCF

Lieux de moy tant aimez, si doui à ma naissance, Rochers, qui des saisons dédaignez l'inconstance,

Francs de tout changement; Effroyahles déserts, et vous, bois solitaires. Pour la dernière fois soyez les secrétaires

De mon dueil véhément.

Je ne suis plus celuy dont la grâce et la veur* Rendoit ceste contrée en tout tans si pouneuê

D'amours et de plaisirs ; Qui donnoit à ces eaux un si plaisant murmure, Tant d'émail à ces prez, aux bois tant de vpviliiiv'.

Aux cœurs tant de désirs.

Ma fortune amiable a tourné son visage. Mon air calme et serain n'est plus rien qu'un ora^c

D'ennuis et de malheurs ; Mes jours les plus luisans sont changez en ténèbres : Et mes chants de victoire en complaintes fanebres,

Mes plaisirs en douleurs.

Quand j'approche de vous, belles fleurs printaniéres Vostre teint se flestrist, les prochaines rivières

Cherchent d'autres destours :

Je fay tarir l'humeur de ces fontaines claires, Oui craint que de mes yeux les sources mortuaires

Ne profanent son cours.

Pleust au ciel, dont les loix me sont si rigoureuses. Que je fusse entre vous, ô grand's masses pierreuses !

Un rocher endurcy; (»n dit qu'une Thebaine y fut jadis changée; lié! ponrquoy ne fait donc mon angoisse enragée

Que je le sois aussi !

Helas! je le suis bien : car se pourroit-il faire. Si j'avoy d un mortel la nature ordinaire.

Que je peusse porter Si long-tans les efforts des ennuys et des peines? Non, je suis un rocher, dont on voit cent fontaines

Nuit et jour dégoûter.

J'ay le cœur si comblé d'amertume et d'oppressé, Que, par contagion, je rens pleins de tristesse

Ceux qui parlent à mov; Et qui pense adoucir le regret qui m'entame, ï>ent en me consolant couler dedans son ame La tristesse et l'esmoy.

De tous plaisans discours mon courage s'ofTence. In mal tel que le mien estant sans espérance

Est aussi sans confort ; Ce qui sonne plus doux à mes tristes oreilles, Ce sont cris de hibous, d'importunes corneilles Et d'oiseaux de la mort.

La mort est seule propre au dueil qui me possède; Mon mal est venu d'elle, en elle est mon remède.

0 vous ! pleins d'amitié, Qui plaignez mes douleurs, d'une main secourable Advancez mon trespas. Meurtrir un misérable C'est acte de pitié.

Que n'accourt à mes mes cris quelque beste sauvage, Qui, d'excessive faim sentant croistre sa rage,

Me dévore les os?

Mourant, je beniroy sa cruauté meurtrière ; Car l'heure de ma tin sera l'heure première De mon plus doux repos.

Nimphes de ces forests, mes fidelles nourrices. Tout ainsi qu'en naissant vous me fustes propices.

Ne m'abandonnez pas, Quand j'achève le cours de ma triste advanture : Vousfistes mon berceau, faites ma sépulture Et pleurez mon trespas.

AD PHILIPPUM PORTiEUM

Yersibus ut lenis, comis sic moribus idem es : Si lego te video, si videoque l'go.

Steph. P.\scnASUs *.

Etienne Pasquier. que ses lulles conlre les jésuites et ses divers érri on rendH célèbre, notamment ses Recherches de la Francf-

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