PRIERES
ALTRL< (LIVRES CURtSTlEN.NES
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Ma chair comme eau b'est escoulée, Kt ma peau defaicle est colce ^ur mes os pourris par dedans; Tout mon bien est mort en une heure.
Et rien de moy ne me demeure (Jue la le\Te auprès de mes dens.
Mes yeux ont tari leurs fontaines, Mes nuits d'amertume sont pleines, Mes jours sont horribles d'effroy; Le sommeil jamais ne me touche, 1 t la puanteur de ma bouche Fait que j'ay mesme horreur de moy.
Ayez de pitié l'ame atteinte.
Au moins vous qui m'aimez sans feinte, Et me pleurez amèrement :
La main du Seigneur courroucée S'est en fureur sur moy poussée, Et me presse ainsi rudement.
Je soupire jivant que je mange.
Et mon gémissement estrange Bruit comme un torrent retenu;
4U4 ŒUVRES CHHEST1ENNE.>.
Las ! j'ay bien raison de me plaindre ! Le maUieur qui me faisoit craindre, Comme en sursaut m'est advenu.
(I que ma peine est excessive!
list-il possible que je vive, Si foible en si forte langueur?
Seigneur, punisscur des offances, On remarque ici tes vengeances Et les forces de ta rigueur.
Hé quoy ! d'un courage adversaire M'as-tu formé pour me desfaire, M'ayant fait souffrir longuement?
Was-tu tiré de la matrice l'our me reserver un supplice Qui serve à tous d'estonnement?
Le soleil, corps de la lumière, .Six fois a fourni sa carrière Depuis que ta cruelle main Dessus moy s'est appesantie.
Et que ta fureur j'ay sentie.
Fureur d'un Dieu trop inlmmain.
Pardonne-moy si je blasphème ; Quand je sens ta rigueur extrême, Je ne sçauroy doux te nommer ; Tuis ma bouche, infecte d'ordure.
Qu'à peine, helas! presque j'endure, Ke sçauroit plus que blasphémer.
l'urge-la, s'il te plaist, ô sire !
Alin qu'elle apprenne à bien dire, l'our les louanges reciter :
Car, si ta main ne la nettoyé, Certes, Seigneur, je ne sçauroye Que maudire et me despiter.
Alors que ton courroux me presse.
Tant de cris vers le ciel je dresse, Qu'on voit l'air d'horreur se troubler; Je maudi la céleste grâce.
Et voudroy que ceste grand' masse Se renversast pour m' accabler.
Pourquoy permet ta rigueur forte Que la rage ainsi me transporte?
Car si tu es père de tous, Je suis ton fils, et toy mon père; A ton fils donc, en ta colcre, Use d'un chastiment plus doux.
Si ma parole est trop cuisante.
ŒLVRKS CniiCSTIE.VNES.
Aussi ton ire est trop pesante; llasle-toy donc pour mon confort.
Ou souflfre mes cris pilovables, Ains que j'aille aux lieux efTrovabies D'iiorreurs, de silence et de mort.
Le ver, avorton de la teire, Se rebecque alors qu'on le serre l'oussé d'un naturel devoir :
Et moy, portraict de ton image.
Huand ton pié me foule et m'outrage, Noseroy-je un peu m'esmouvcir .' ° Entons moy donc quand je te prie, Respons alors que je m'escrie, Monsti-e moy quels sont mes péchez- Et SI l'erreur de ma jeunesse '
Mérite la grande rudesse Des traits contre moy décochez.
Si ta vengeance est trop petite, Puny moy selon mon mérite.
Seigneur, ne me pardonne rien; Hausse ta main rouge de foudre'.
Et reauy tous mes os en poudre, Je natlens point de plus grand bien.
Ou si dans ta poitrine sainte La pitié n'est du tout estainte, Sauve l'ouvrage de tes mains; Ta force m'est assez connue, Et ma passion continue Sert de crainte à tous les humains.
Ta beauté luira davantage, Gardant le pécheur qui t'outrage, Et le retirant du trespas, Ou'à guaiir le petit ulcère D'un que ton secours salutaire Jamais n'abandonne d'un pas.