PRIERE
Las! que feray-je? oseray-je hausser
yeux au ciel, pour mon cri l'adresser, urant la peur qui mon ame environne? ' J suis confus, tout le sens me défaut, Mon œil se trouble, et mon cajur qui (ressaut fait trembler, tant mon forfait rn'eslonne! Je veux fuîr, je veux fuir devant L'ardent courroux de ce grand Dieu vivant,
4% ŒUVRLS CHRESllExNKES.
Qui tient en main l'orage et la tempeslc; Car mon péché, qui le rend courroucé, Mérite bien que son foudre eslancé En mille esclats me partisse la teste.
Cachons-nous donc, mais où pourray-jc aller, Au ciel, en l'onde, en la terre ou en l'air, (.) Seigneur Dieu, pour éviter ta face? Si je me cache en l'obscur de la nuit, Ton œil divin par les ombres reluit.
Et tout soudain remarquera ma trace
D'aller au ciel, tu es là présidant; 11 vaut donc mieux fuir en descendant Et me musser au plus creux de la terre. Mais ce seroit redoubler mou tourment, Car aux enfers tu as commandement.
Et jusques là tu me feras la guerre.
Soit que je veille ou que je sois couché, liien que je fasse, helas! ne t'est caché; Tu me descouvre et cognois ma pensée.
Veux-je fuir, tu me viens attraper, Et, pour courir, je ne puis eschapper Devant ta main justement courroucée.
Ne pouvant donc ta fureur éviter, J'ose, ô mon Dieu! j'ose me présenter, l'aile et tremblant, à ta majesté sainte, La veuë en bas mille pleurs dégoûtant, L'ame débile et le cœur tout battant Dans ma poitrine horriblement atlainte.
Darde sur moy la fureur de ton bras, Saccage moy, fais ce que tu voudras.
Lance du ciel ta llamme estincelante; Je sçay, Seigneur, que je l'ay mérité.
Et plus encor pour mon iniquité, Qui sans cesser devant moy se présente.
Tu peux, helas ! tu peux me foudroyer : 3Iais que te sert de ta main desployer Encontre moy, qui ne suis rien que poudre? Tu es tout grand, tout juste et tout puissant; Je ne suis rien ; et, en me punissant, Tu pers. Seigneur, et ta peine et ton foudre.
Me chastiant, tu te rens poursuivant Contre un feslu qui est poussé du vent; Tu veux monstrer ta force à un ombrage, A un corps mort, à un bois desseiché, A un boulon qui languit tout panché.
Et au bouillon enflé sur le rivage.
<LLVf;HS CHRESTIENNES. ^fr;
Ayes pitié, ayes pitié de nioy ! Tu es mod tout, mon Seii^eur et mon roy; Seul je t'invoque en ma plainte ordinaire." SouWenne toy que tu m'as faronné, D'os et de nerfs lu m'as environné; Donc, ô mon Dieu, ne me vueilles desfaire i
Si je ne suis qu'un bourbier amassé.
Tes mains pourtant, tes mains m'ont composé Tu m'as couvert de charnure et de veines : Quand tu voudras, tu me feras déchoir Comme la fleur qui flestrit sur le soir, Et découler comme l'eau des fontaines.
Desjà, Sei^'neur, desjà j'ay bien senti Sur moy, chetif, ton bras appesanti; Je n'en puis plus, tant la rigueur me presse ! Un voile obscur me va bandant les yeux, -Mille remors m'agitent furieux, Et ma vigueur d'heure en heure s'abaisse. Soit que le jour se monstre en reluisant, Soit que la nuicl, toute chose appaisanf, Couvre la terre et guide le silence Las! je ne puis, je ne puis reposer!
Et rna douleur, qui ne peut s'appaiser, Redouble en force et croist sa violence.
Ton trait vengeur, contre moy décoché, De son venin m'a cuit et desseiché ; 11 boit mon sang, il brusie rnes entrailles; Je suis pressé par ton dur jugement D'une frayeur et d'un estonnement.
Et sens au cœur mille rouges tenailles.
Si quelquefois je souhaite la nuit, Pensant chasser le souci qui me suit Et la fureur de mes peines terribles.
Las ! je n'ay clos les yeux pour sommeiller. Que tout tremblant il me faut reveiller, Espouventé de visions horribles.
Mes tristes jours coulent légèrement, Je n'atten rien qu'un obscur monument, Je ne voy rien qui ne soit effroyable; Tout me desplaist, et suy si plein d'esmoy Que mesme, helas ! je me fasche de moy, Me cognoissantsi pauvre et misérable.
0 Seigneur Dieu, qui vois ma passion, Ne me délaisse en ceste affliction !
Chasse ton ire, adoucis ton courage, Vucille en douceur ta coh re changer,
ŒUVRES CURESTIENNES.
Tens moy la main, sauve moy du danger, Qui m'est prochain par ce cruel orage.
TARAPHRASE
.<-ri! I,E LIBEIÏA ME, DOMINE, I»E MORTE iETEr.VA.
Délivre moy. Seigneur, de la mort éternelle, Et regarde en pitié mon ame criminelle, Languissante, estonnée et tremblante d'efîroy ; Cache-la sous ton aile au jour espouvantable, Quand la terre et les cieux s'enfuiront devant lov, En te voyant si grand, si saint, si redoutable,
Au jour que tu viendras en ta majesté sainte, Pour juger ce grand tout, qui frémira de crainte, Le repurgeant de neuf par tes feux allumez. 0 jour, jour plein d'horreur, plein d'ire et de misères. De cris, dennuis, de plaints, de soupii's enflammez, I>e grincemens de dents et de larmes ameres !
Las ! j'en tremble en moy mesme, et la crainte assemblée, Qui se campe en mon cœur, rend mon ame troublée, Ma force esvanouye et mon sang tout gelé; Le poil dessus mon chef horriblement se dresse, Et mon esprit de crainte est si fort désolé Que je n'ose crier, au fort de ma tristesse.
Les anges frémiront au regard de ta face ; llclas! où pourront donc les meschans trouver place? Où se pourront cacher ceux qui sont reprouvez? Où faudra-t-il, Seigneur, que lors je me retire, Si les justes seront à grand'peine sauvez, ^Jiserable pécheur, pour appaiser ton ire?
Que diray-je? ô chetif ! que me faudra-t-il faire? Je ne trouveray rien qui ne me soit contraire, Je verray mon péché s'élever contre moy. Mon juge est juste et saint, je suis plein d'injustice. Ilelas! je suis rebelle! et je verray mon roy. Mon roy clair et luisant, et moy noircy de vice.
Une bruyante voix, tout par-tout espandue. Est du plus haut des cieux en la terre entendue: « 0 vous ! morts! qui gisez nourriture des vers, Laissez les monumens, reprenez la lumieie, iNostre grand Dieu se sied pour juger l'univers ; Accourez et oyez la sentence dernière, »
0 Seigneur, dont la main toutes choses enserre. Père éternel de tout, qui m'as formé de terre,
Qui rens par ton pur san? nos péchez nettoyez, Et qui feras lever mon corps de pourriture, Entens mes tristes cris jusqu'au ciel envoyez, Et prens pitié de moy, qui suis ta créature.
Exauce, exauce, ô Dieu! ma prière enflammée! Destoume loin de moy ta colère allumée, Fay i>orter mon esprit par un doux jugement Dans le sein d'Abraham, avec tous les fidelles. Afin que ton sainct nom je chante incessamment. Jouissant bien-heureux des clairtez éternelles.