PRIERE EN FORME DE CONFESSION
Durant tant de grands flots coup sur coup s'elevans, Tant de feux, tant d'esclairs, tant de pluye et de vents, Rebatans à l'envi ma nacelle brisée.
Resté la nuict sans guide entre mille destours, Seigneur, je te reclame, et voici ton secours Qui rend de mon esprit la tourmente appaisée.
Le brouillas, qui long-temps m'a le jour dérobé, Percé de tes rayons en peu d'heure est tombé. Mon ame aveugle un temps la veuë a recouverte; Mais presque elle a regret d'un bien si précieux, Car, quand dessus soy-mesme elle tourne les yeux. D'horreurs et de péchez se voit toute couverte.
Las ! puisque rien d'entier ne s'y peut ad viser. Que luy sert sa clarté, sinon pour l'accuser
ŒUVRES CHKESTIENNES. 515
Et la rendre confuse en voyant tant de vices? Plaise toy donc encor les deux yeux me couvrir; Non, Seigneur, mais plustost vueille les mieux ouvrir, Pour contempler ta grâce et tes grans beneOces.
Or' que tout dedans moy je me suis retiré, Des rayons de ton œil en ma nuict esclairé, Que je voy de thresors dont tu m'es favorable 1 N'estant, lu m'as faict estre, et m'as rendu vivant, Tu m'as pourveu des sens, et plus haut m'eslevant. Me dépars le discours et me fais raisonnable.
Ta main d'ame et de corps a mon tout façonné. De corps foible et mortel à la terre addonné. Qui retourne à la terre au soir de sa journée; D'ame immortelle et vive à jamais demeurant, Tousjours, comme à son bien, vers le ciel aspirant. Si le monde abuseur ne l'en rend destournée.
Oiseaux, bestes, poissons, eaux, bois, plantes et fruits, Nuict, jour, lune, soleil pour moy furent produits; Et pour rendre ta grâce en tout poinct accomplie Apres m'avoir laissé quelques jours savourer De tes fruits icy-bas, s'il te plaist m'en tirer, Tu me gardes au ciel une étemelle vie.
Tant de biens, ô Seigneur! que départent tes mains Par grâce et franchement sont donnez aux humains; Tu n'en espères rien, tu n'as de rien affaire; Il t'a pieu, tu l'as faict de libre volonté. Voylà ce qu'en l'esprit je voy de ta bonté, Lors que ton œil divin mes ténèbres esclairé.
Mais quand je me regarde au miroir de ta loy. Que dedans et dehors transformé je me voy, Que je trouve en mon ame et de crasse et d'ordure! Que mes sens corrompus sont devenus infects. Que je m'appelle ingrat des biens que tu m'as faits, Et que mon premier eslre a changé de figure !
Cest esprit que divin tu m'avois faict avoir, Pour l'élever au ciel, pour entendre et sçavoir, Et pour te recognoistre aux traits de ton ouvrage, Esgaré du sentier de sa félicité, A choisi pour le vray l'ombre et la vanité, Et luy-mesme à son bien s'est fermé le passage.
Ce cœur, des chauds désirs la source et l'aliment, Que lu m'avois donné pour l'aimer ardemment. Et pour servir de li\Te à la loy Ires-pai'faite, Ne l'a rien réservé de ses affections; Mai;^, en s'abandonnant aux folles passions, A toutes les iuieurs a servi de retraite.
516 ŒUVRES CIIRESTIE-NNES.
Il a souvent bouilly de ingc el de dédain, 11 a senti douleur du bien de son prochain, 11 a long-lans couvé mainte haine immortelle, 11 s'est enflé d'orgueil, il s'est désespéré; La chaude ambition l'a souvent altéré; Il n'a point esté simple, ains double et peu fidello.
Ces yeux, rois de mes sens, qui me devoyent guider A toute hcui'e à mon bien et du mal me garder, Ne laissons nulle entrée aux amours insensées. Charmez d'un vain plaisir, lasches se sont rendus; l'ar eux mes autres sens ont tous esté perdus, Et de mon foible cœur les desfenses forcées.
Eux qui tousjours en haut devoyent estre diesscz. Ont tenu leurs regards vers la terre abaissez; Eux, qui devoyent pleurer jour et nuict mon offense, Ont pleuré, las! hé quoy? quelque vaine rigucui-. Quelque oubly, quelque change, ou telle autre langucui-, Dont le maudit Ainour ses servans récompense.
Mon oreille, où ta voix dovoit tousjours sonner. Toute aux contes menteurs s'est voulue adonner, Ouverte aux faux rapports, fermée aux véritables; Elle a souvent ouy ton sainct nom blasphémer, Mesdire, injurier, son prochain diffamer, Kt s'est pleuë au discours des amoureuses fables.
Las! helas! que ma bouche a failli contre toy! Je l'avois, 6 Seigneur! pour enseigner ta loy, Et du bruit de ton nom rendre la terre pleine, l'our aider les mortels, au bien les appeller, Les retirer du mal, reprendre et consoler, Sans jamais la souiller d'une parolle vaine.
Mais, au lieu d'en cueillir un fruict tant désiré, Je n'ay faict que mentir, je me suis parjuré, J'ay despité le ciel, ta gloire et tes merveilles, J'en ay flaté les grands et leurs maux desguisez; J'ay semé la discorde, et de propos rusez J'ay souvent enchanté les crédules oreilles.
Bref, chacun de mes sens, tant dedans que dehors. Et chacune des parts de l'esprit et du corps N'ont plus rien qui ressemble à leur forme première; In seul trait de ta main n'est sur moy demeuré; Je suis un monstre horrible et bi défiguré. Que de peur de me voir je fuy toute lumière.
Helas 1 j'ay bien raison d' estre palle et tremblant; Ma confusion croist, mon mal va redoublant. Qui du roc de mon cœur sortira des fontaines? Qui grossii'a mon chef de torrens furieux?
ŒUVRES CURES HENNES. 517
Oui de Inrpes ruisseaux m'en fiera If s deux yeux, Pour noyer mes peschez, mon angoisse et mes peines?
Mes chants soyent convertis en longs geroissemens, En ténèbres mes jour», mes plaisirs en lourmens; Que je semé mon chef de poussière et de cendre, Que lies bons comme ingrat je sois abandonné; La crainte et la Iremeur m'ont tout environné, Et la bouche d'enfer s'ouvre à fin de me prendre.
Que d'un seul en mon dueil je ne sois consolé, Car du li\Te de Dieu mon nom est cancelé. Monts, bois, fleuves, rochers, pleurez mon advenlure! Le portraict du Seigneur j'ay moy-mesme efTac;-, J'ay deslaissé mon père et son bien despensé, l'uis avec les pourceaux j'ay pris ma nouiTiture.
Mais pourtant à mon Dieu je me veux présenter, Jo veux, las ! à ses pies tout en pleurs me jeter, Poussant du fond du cœur ceste voix lamentable : « J'ay pesché devant loy, père doux et clément ; Je m'appelle ton fils, mais c'est indignement. Mon malheur ne mérite un nom si favorable.
« De l'abysme où je suis à toy je vay priant ; Pardonne, à ton enfant contrit et suppliant! Je te demande grâce et fuy toute justice, Ke veuille droictement mes erreurs balancer; Ta justice, ô Seigneur ! ne se doit exercer Que contre le méchant, qui s'obstine en son vice.
« Plaise-toy de tout poinct mes pochez pardonner. Mais ce n'est pas assez, je crains d'y retourner; Ma foiblesse, ô Seigneur! m'est trop et trop cogneur- Aide donc, s'il te plaist, à ma fragilité. Et puis que de la mort tu m'as ressuscité. Que mon ame au tombeau ne soit plus détenue.
Esclaire à mon esprit, et le conduis à toy, Rempli mon cœur d'amour, de confiance et de foy. De tous objets trompeurs mes yeux vueille distraire. Mon oreille à jamais soit ta voix escoutant, 5Ia bouche incessamment ta gloire aille chantant, Et que d'ame et de corps sans fin je te revoie.
PSAL. XXXVIII
DOMINE, NE IN FCROr.E TLO AnCCAS ME
•eigneur, hclas ! ne rcpren mon offense En In juste fureur;
A la ri{,nieur ne puny mon erreur, Et de ton ire esteins la violence.
Tes poignans traits dedans moy sont fichez, Tes mains me sont contraires, Toute ma chair est couverte d'uIceres, Et toute paix fuit devant mes péchez.
Car tant de maux, dont mon ame est coupable, Vont mon chef surpassant.
Et tout à coup, comme un fardeau pressant. Chargent mon dos d'un poids insupportable. De pourriture et de sang tout noircy.
Coulent mes cicatrices Pour ma folie, et courbé de mes vices. Je marche à peine angoisseux et transi. L'ardeur cuisante, en mes reins allumée. Les poingt d'elancemens; Rien n'est en moy qui soit franc de tourmens, Lieu n'est entier sur ma chair entamée. L'affliction m'a du tout rabaissé.
Rien plus ne peut me plaire; Las! je rugis et ne cesse de braire Les serremens dont mon cœur est pressé. Tout mon désir s'ouvre devant ta face.
Seigneur, et les regrets De ce cœur mien ne te sont point secrets; Tu sçais ma plainte avant que je la face. Le cœur me bat de tristesse et d'esmoy, Ma vigueur est passée; De mes deux yeux la clairté m'a laissée, Ils ne sont plus, mes yeux, avecque moy. Ceux dont j'ay veu ma fortune suivie, 3Ie regardent de loin ; Mes plus prochains me laissent au besoin Et mes haineux se jettent sur ma vie.
Us ont semé maint rapport diffamant, Ceux qui mal me pourchassent; Et pour me prendre aux filets qu'ils m'enlassent Sans fin, desseins sur desseins vont tramant. Mais, comme un sourd que l'air frapé ne touche, Je ne leur respons point ; Je suis muet, quand leur langue me poind, Toute réplique est tarie en ma bouche.
Or pour autant que je n'ay mon recours ^ Qu'à la majesté sainte,
Tu respondras aux soupirs de ma plainte, Seigneur mon Dieu, ma force et mon secours !
Çue leur audace on plaisir ne se baigne, S'ils nie voyent broncher; Car je ne puis faire un pas sans clocher, Et la douleur en tous lieux in'accompaigue. Je dy ma faute, et repense espleuré Aux mî^ui qui me captivent; Et cependant ils lleurissent et vivent, Le nombre croist contre moy conjuré.
Eux, coustumiers de faire un mauvais change, Mal pour bien m'ont rendu, Et maint faux bruit à ma honte espandu, Pource qu'au bien ma volonté se range.
Las ! ne me laisse, et n'esloigne de moy Ta faveur souhaitée; A mon secours tien l'oreille apprestée, Soigneur mon Dieu, mon sauveur et mon roy!
PSAL. LI
MISERERE MEI ItELS sECLND'.M, ETC.
0 Dieu! par ta clémence aye de moy pitié Et me sois favorable, Suivant tes grands boutez purge la mauvaistié El les transgressions d'un pécheur misérable. ' Lave-moy davantage, et te plaise effacer Geste tache espandue; Car je cognoy ma faute et la voy sans cesser. Qui s'offre espouventable à mon ame esperdue. .\ toy seul j'ay péché, j'ay faict mal devant toy, Et l'horreur de mon vice Te fera trouver juste aux propos de ta loy. Et vaincras l'insensé qui reprend ta justice. Voylà, j'esloy souillé dés que je fu receu Dans ce val de misère; Je me suis veu coupable aussi-tost que conceu, Et couvoy le péché dans les Hancs de ma rnere. La vérité te plaist, tu veux qu'en nos espris Ferme elle s'enracine; C'est pourquoy les secrets, bénin, tu m'as appris Et les destours cachez de ta haute doctrine. Asperge-moy dhyssope, et je verray soudain Ma souillure effacée; S'il te plaist, û Seigneur! me laver de la main, Je passeray la neige en flocons amassée.
Tu donneras, Soigneur, à mon cœur désolé La joye et la liesse De mes péchez remis, j'en seray consolé, Et mes os resjouis, qui tomboyent de ti istessc. Destourne un peu ta face et tes yeux courroucez Ue ma faute excessive; Ou si tu me veux voir, soyent devant effacez Tous ces maux, dont l'horreur de ta grâce me prive. Crée un cœur net en moy par ta sainte bonté, Vray Dieu que je reclame, Et d'un nouvel esprit, promt à ta volonté, Inspire ma poictrine et rechange mon ame. Ne me rejette, helas! misérable et banny Do ta face amiable, Et de ton sainct esprit, ton amour infini, Ne m'oste la conduite et l'appuy secourable. Ren-moy de ton salut le soûlas désiré.
Et d'esprit volontaire Reigle et soustien mes pas; j'instruiray l'esgaré, Radressant les pécheurs au chemin salutaire. 0 Dieu de mon salut ! absous-moy de l'erreur Homicide et cruelle; Et lors, vra^Tiient touché d'une sainte fureur, Ma langue annoncera ta justice éternelle. Seigneur, ouvre ma lèvre, et ma bouche dira Ta louange sacrée; Mon ame, autre victime à tes yeux n'offrira. L'holocauste aussi bien n'est point ce qui t'agrée. Le sacrifice à Dieu c'est un cœur tout brisé Du dueil de son offence; 0 Dieu ! jamais de toy n'e?t le cœur mesprisé, Qui froissé s'humilie et qui fait pénitence. Las ! Seigneur, à Sion sois doux et gracieux Par ta volonté sainte.
Afin qu'encore un jour nous voyons de nos yeux Oue ta Hierusalem d'e murailles soit ceinte. Lors tu prendras à gré que l'on t'aille immolant De justes sacrifices.
L'entière oblation, l'holocauste brûlant.
Et qu'on charge l'autel de veaux et de genices.
(TLVr.Eg (.IIRKSTI KNXFS. oil
PSAL. LXXXYIIl
DOMrXE I>ECS SALITIS ME E, ETC.
Je crie à toy de jour, js crie à toy tie nuit, Seigneur, Dieu de ma délivrance; Oy ma prière, helas! qu'elle entre en ta présence, Ton l'oreille à mon cry, voy le mal qui me nuit. De douleur et d'ennuis ma pauvre ame est souléc; Ma vie a touché le Irespas.
On me conte entre ceux qui descenilonl là-ljas; Ma violeur tout à couj) de moy s'est escoulée. Délivre, entre les morts qu'un 'oncr somme a louche?. Sans aucun soin l'on m'abandonne, Comme les corps meurtris que la tombe environne, Loin de ton souvenir de ta main retranchez. En la fosse plus basse aux ténèbres profondes. Ombres de rnort, tu m'as jette; L'effort de ton courroux sur moy s'est arresté, J'ay senti dessus moy tous les flots de tes ondes. Ceux qui me cojnoissoyent, tu les as esloignez; .A tous je leur suis détestable.
Je ne sors du tout point, prisonnier misérable; La tristesse affoiblist mes yeux tousjours baignez. De clameuis, ô Seigneur! j'ay comblé tes oreilles, Tout le jour mes mains t'elevant.
Vas-tu donc pour les morts tes hauts faits reservant? Se releveront-ils pour chanter tes merveilles? Ta clémence au tombeau se dira-t-elle mieux Et tes veritez en la perte?
Luiront mieux tes hauts faits en l'honeur plus couverte Et tes jugemens droits au séjour oviblieux? Las! d("'S le poinct du jour, Seigneur, je crie à toy, Je te préviens par ma prière.
Qui te fait rejetter ma pauvre ame en arrière? Pourquoy destoumes-tu ton visage de moy? Moy, pauvre et languissant dès mon âge plus tendre. Les travaux me vont consumant ; Quelquefois élevé, mais aussi prontemant, Bas et confus d'esprit, la main me fait descendre. Sur moy de les courroux le desbord est passé, Je suis emporté do tes craintes, Qui , cornrneun long coursd'eau , m'environnent d'enceintes Je me vov tout autour ce déluge amassé.
522 ŒDVRES CHRESTIENNES.
Mes plus chers compagnons, mes amis plus fidelles, Tu les as lirez de ces lieux; Un seul de mes prochains n'apparoist à mes yeux, Tous deviennent pour moy des ténèbres cruelles.
PRIERE DE WOYSE
r$iL. IC. — DOMINE, REFCGILM FACTUS ES NOBIS, ETC.
Seigneur, de race en race et de toute durée Tu t'es faict voir des tiens la retraite asseurée;
Avant qu'en aucun lieu Le haut orgueil des monts s'avançast de paroistre, Que la terre print foime et que le monde cusl estre, Du siècle jusqu'au siècle à jamais tu es Dieu.
Tu tournes le mortel jusqu'à le voir dissoudre. Et dis : 1 Enfans d'Adam, retournez en la poudre
Où tout homme est réduit. »
Car mille ans devant toy sont comme la journée Qui fut hier finie, ou l'espace ordonnée Pour une sentinelle en sa garde de nuit.
Tu les fais découler comme l'eau d'un ravage; Ils ne sont rien qu'un somme. Il croist comme l'herbage
Aussi-tost retranché :
Au malin il fleurist riche en couleur diverse, Le soir n'est pas venu que foible il se renverse; On le fauche à l'instant et devient tout seiche.
Ta fureur nous estonne, et ton ire endammcc Rend de nos plus beaux jours la vigueur CQ.nsommée;
Car, las! tu vas posant Tant de transgressions de nos âmes tachées Devant tes yeux si clairs, et nos fautes cachées Au jour de ton visage en ténèbres luisant.
Nos jours sont défaillis sous ta main courroucée, Et nos ans plus soudains que la voix prononcée
Se sont veus consumez; Car à la fin, Seigneur, sept dizaines d'années Rendent des jours humains les bornes terminées; Ce sont de nos travaux les cours accoustumez.
Quelques plus vigoureux et qui mieux semaintiennent, Jusqu'à quatre-vingts ans aucunes fois parviennent;
Encor ceste vigueur Et le mieux de leur tans n'est rien que fascherie, Car nostre âge s'envole, et ceste humaine vie Est tout soudain passée et n'a point de longueur.
ŒUVRES CFIRESTIENNES. »)'-25
Mais qui cognoist assez l'elfort de ta colère, Et qui, l'appréhendant autant qu'elle est severe,
N'a peur de t'irriter?
Do la dextre, ô Seigneur! admirable en puissance. Et de nos jours si courts donne-nous cognoissance, A fin que la sagesse en nous puisse habiter.
Retoume-toy, Seigneur, soit ton ame appaisée. Jusqu'à quand ces rigueurs et ceste ire embrasée
Sur tes pauvres servans ?
Monslre-toy consolé, sois-leur doux et propice ; Fay que dés le matin ta bonté nous remplisse, Et nous te chanterons tant que serons vivans.
Vueille nous resjouir au prix de nos tristesses, Pour les ans de nos maux donne-nous des liesses;
Qu'on voye, ô Tout-Puissant!
Ton œuvre en tes servans, ta splendeur sur leur race. Soit sur nous du Seigneur la lumière et la grâce; Qu'il conduise nos mains, qu'il les aille adressant.
PSAL. CXXXTX
DOMINE PROBASTl ME
Seigneur, tu m'as sondé, tu m'as veu sans cesser; Mon lever, ma séance à tes yeux n'est secrette; Tu sçais bien loiiig devant quel sera mon penser, Tu descouvres, Seigneur, mon giste et ma relraicte. Et prévois tous les pas que mon pied doit presser.
Mon propos t'est présent qu'il n'est pas prononcé; Tu connois toute chose et passée et nouvelle. C'est toy qui m'as formé, tes mains m'ont compassé, Monstrant en moy, Seigneur, une science telle, Que, quand j'y veux monter, mon esprit est lassé.
Où fuiray-je? ô Seigneur! où m'en pourray-je aller. Évitant ton esprit et l'aspect de ta face? Tu remplis tous les cieux, si j'y pense voler, Et tout au mesme instant, si je change de place, Je te trouve aux enfers, quand je veux dévaler.
Si j'attache à mon dos le plumage divers De l'aurore embausmée, et recelle ma fuite Jusqu'aux bouts plus perdus des plus lointaines mers. Ta main par tout m'attrape, ardante à ma poursuite, Et ton bras ne me perd en l'obscur des déserts.
Quand j'ay dict : « Pour le moins les ténèbres du soir Couvriront mes plaisirs, » faulsc est mon espérance;
Mi œUVRES CllRESTIENiNES.
C:ir la miict à l'inslant preml dos yeuv pour me voir : Les tenebros, Seigneur, sont jour en ta présence, Et le jour se fait nuict, s'il plaist à ton pouvoir.
Tu possèdes mes reins, tout chaud tu m'as reçu Du ventre de ma more : o Dieu ! je le confesse, Que l'arl est merveilleux dont tes doigts m'ont tissu, Merveilleux sont tes faits d'admirable hautesse, El mon ame, ô Seigneur, l'a trop bien apperceu.
Un seul de tous mes os à ton œil curieux Ne dérobe sa forme en secret compassée; Ma substance, ô Seigneur! tu l'as faite aux bas lieux, Et de mon imparfaict l'œuvre à peine tracée, Hatiere encore informe, est visible à tes yeux.
Tout se voit en ton livre. Ils y sont imprimez Qu'encore un seul des jours n'esclairoit cest espace; 0 qu'ils sont honorez tes esleus bien aimez. Que leur foiblesse est forte et qu'ils sont en ta grâce, Qu'on les voit en tous lieux abondamment semez!
Dieu, que leur nombre croist ! je les i)ense conter, Ils surpassent l'orenc au rivage amassée; J'ay dormi sur tes faicls, aspre à les méditer. Je me suis reveillé sur la mesme pensée. Et je m'y trouve encore et ne m'en puis ostcr.
0 Dieu! si ton courroux meurtrissoit le pervers! Mais vous, hommes de sang, loin, loin de mon visage, Qui laschez contre îuy maints propos de travers. Qui blasphémez sa gloire, et d'un méchant langage Dites que ses citez ne nous tiendront couverts.
Seigneur, n'ay-je abhorré ceux qui t'avoient fasché? D'inimitié contre eux n'ai-je eu l'ame remplie? L'œil de tes ennemis ne m'a-t-il desséché? Je les poursuivois tous d'une haine accomplie; Aussi tout leur courroux dessus moy s'est lasclié.
Esprouve-moy, Seigneur, sonde-moy bien avant; Voy mon cœur, voy mes pas, reconnais mon addresse. Si je suis des pécheurs les deslours poursuivant; Voy si l'iniquité de mon ame est maistresse, Et me guide en ta voye, ô Dieu toujours vivant !
SLR
LES ŒUVRES CIIRESTIE^iNES
310 >' SI EUR DESl'ORTES
Des-Portes n'ayant plus les vers en révérence Du profane Apollon, plein de net jugement, Tu vas ornant les liens d'un si bel ornement, Qu'ils auront à la fin sur tous la préférence.
Quant au siège d'Amour tu fis la comparence. Jeune aigle regardant le soleil fermement, Au ciel, d'un beau visage, en ce ravissement, Tu chantois d'un Dieu feint une feinte apparence.
Mais, de la vray-semblance aux cieux oslaiit porté, Tu vois ore de Dieu l'essence en vérité; Et r'animant tes vers de son ame éternelle,
Tu auras pour loyer toute immortalité; Car Dieu donne tousjours, par la postérité, Un loyer immortel pour une œuvre immortelle,