‹ uvres de Philippe Desportes (volume 4)Chapitre 27 sur 190 · PHILIPPE DESPORTES. XCI · texte numérisé non relu

PHILIPPE DESPORTES. XCI

des satires. La puissance delà raison abritait les premiers contre le mauvais goût, l'afféterie, les recherches de style, les extravagantes similitudes et l'archaïsme des poètes courtisans; la justesse et la finesse de l'observation, le charme du n'-cit, l'intérêt que consers'ent toutes les images de la société, la valeur historique de ces tableaux, ont éloigné des seconds les ténèj^res menaçantes qui font trembler tous les auteurs. Montaigne, Charron, la Boëtie, Bodin, Rabelais, Régnier, Marguerite de Navarre, Brantôme, Agrippa d'Aubigné, ont survécu aux chantres laborieux des Valois. Chose étonnante! Mathurin Régnier, le disciple fervent, l'admirateur fidèle de Ronsard et de Du Bellay, n'a aucune des taches qui obscurcissent les œuvres de ses compagnons; il a su, avant Malherbe et mieux que lui, éviter le phébus, les ampoules italiennes. Le génie observateur et comique l'a préservé de la contagion méridionale.

Et cependant la Pléiade n'a pas disparu sans laisser de vestiges; ces hommes de talent ne se sont pas évanouis comme un brouillard nocturne aux premiers rayons du soleil. Ils avaient déployé leur bannière en l'honneur de la langue française; ils voulaient la faire sortir de sa naïveté enfantine, lui donner la vigueur de l'âge mùr, la placer au niveau des langues antiques et de l'italien, le seul idiome moderne dont ils connussent le mérite. Dans le programme de cette réforme entraient non-seulement les mots et la diction, mais le rhythme, les différentes combinaisons du vers. Notre poésie devait se plier à toutes les cadences métriques des anciens et du moyen âge. Ce but primitif de l'école, elle eut la gloire de l'atteindre; elle assouplit, elle enrichit notre idiome; elle lui ajusta, non sans bonheur, la versification gréco-romaine et la versification des troubadours. Le sonnet même venait de ces derniers, poètes aventureux, dont ni les Italiens ni la Pléiade n'ont égalé la hardiesse. L'engouement pour les auteui's ultramontains, l'imitation de leurs hyperboles, jongleries et mignardises, ne partagèrent point la chute de la docte compagnie. Malherbe en fut toujours infecté : elles continuèrent à sévir après sa mort et soufflèrent leurs miasmes dans l'hôtel de Rambouillet. D'Assouci et Scarron grimaçaient sous leur influence. Chapelain, Ménage, Condé, la Roclicloucauld et plusieurs femmes illustres, Sévigné, la Fayette, Maintenon, prolongèrent pendant tout le règne de Louis XIV, soit les effets, soit la mode de l'admiration pour l'Italie*. Molière et la Fontaine lui empruntaient de nombreux

I De l'Influence de l'Ilnlie sur les Lettres françoises, p^r Pathen-, 183r,.

motifs, mais ne fo laissaient pas alteindro par son mauvais goût. Quant à l'idolâtrie gréco-romaine, à la fièvre mylhologique de la Pléiade, la nation n'en guérit pas comme de l'autre mal. Le dix-septième siècle la changea en affection chronique. Elle empira pendant le siècle suivant, continua sous Bonaparte et ne cessa qu'au retour des Bourbons.

Quelques mots peuvent résumer l'action littéraire de cetteécole. Sans indépendance d'esprits, sans liberté politique, sans élévation morale, dénuée d'enthousiasme religieux, inféodée à la cour, ne témoignant aucune sympathie pour les intérêts populaires, esclave dans la forme aussi bien que dans l'idée, ses vrais services sont les progrès qu'elle a fait accomplir à la langue et à la versification; le style devint plus riche, la phrase plus abondante, la période plus nombreuse, le mètre plus varié. Elle aimait, en outre, la nature et l'a mieux peinte que ses héritiers pendant cinq ou six générations Mais, ne tenant au seizième siècle que par le côté laborieux, savant, rétrospectif et universitaire, elle manquait de base dans le présent, de relation avec l'a. venir. Aussi n'a-t-elle pu résister même aux premières atteintes de l'âge et de la mauvaise fortune. Dès que son astre pâlit, dès que l'atmosphère se troubla autour d'elle, celte école brillante, mais peu solide, tomba comme un édifice mal construit. L'abandon a suivi sa chute, le silence s'est fait dans ses décombres. Des mains maladroites essayèrent en vain de la restaurer. Les plantes de la solitude ont continué à l'envahir. Mais, sans lui prêter une fausse grandeur, sans vouloir lui rendre un éclat détruit pour toujours, on peut dire que ses ruines sont intéressantes à contempler. On y trouve çà et là une belle colonne, de délicates arabesques, d'élégantes moulures, un bas-relief même ou une statue endommagée par le temps, qui prouvent que des artistes supérieurs en avaient dressé les murailles et sculpté les pierres.

ALFRED MIGHIELS.

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HENRÎCUM POLOlNIiE REGEM

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