‹ uvres de Philippe Desportes (volume 4)Chapitre 26 sur 190 · PHILIPPE DESPORTES. LXXXIX · texte numérisé non relu

PHILIPPE DESPORTES. LXXXIX

prit point de repos qu'il n'eût été frappé d'une sentence capitale. Le malheureux fut pendu, puis brûlé publiquement en place de Grève. Les rimems fanatiques célébrèrent sans doute comme im exploit leur action vile et cruelle. Le poète Rapin s'en fit honneur à son lit de mort*.

Fermant ainsi les yeux pour ne pas voir, l'école stationnaire se plongea dans une nuit factice. Les horizons nouveaux que découvrait l'humanité, les lueurs mystérieuses dont les éclairait l'avenir, comme par ime sorte de réfraction, nexistaient pas pour elle. D'où lui seraient venues les solides pensées, les grandes inspirations? Sur quelle base aurait -elle pu construire une œu\Te durable, un de ces monuments qui bravent les tempêtes et que ne renverse point le flot des âges?

Si encore vme piété vive, ardente et forte l'avait exaltée ! 3Iais elle n'était chrétienne qu'à la superficie, elle ne priait Dieu que du bout des lé^Tes. Le côté noble, héroïque, ou tendre et humain du catholicisme, elle ne l'apercevait pas. Elle aimait trop 3îars et Vénus, Bellone et Jupiter, Diane et Apollon; elle invoquait trop l'Amour, Cypris et les Muses, pour bien comprendre l'Évangile, pour frissonner d'une poétique émotion dans les ténèbres des églises. Catholique en apparence, elle était païenne au fond du cœur. Une double tranchée lui coupait la route de l'avenir, l'exilait du pays de la jeunesse et de l'espérance, où fleurissent les idées neuves, où croissent les productions immortelles. Si le dogme uUramontain l'enchaînait au moyen ài:o, son idolâtrie mythologique la liait d'ime seconde chaîne, qui la rivait à une époque antérieure, qui finissait de la rendre immobile. Ces prisonniers des vieux systèmes ne pouvaient conduire les peuples, marcher en tête de la civilisation.

Lem- docilité politique, l'aide qu'ils prêtaient aux rois dans leurs amours, les perpétuelles flatteries, les humbles manières et la souplesse infatigable, sans lesquelles on ne réussit point auprès des grands, ne devaient pas plus élargir leurs idées qu'ennoblir leur caractère. L'intelligence baisse à mesure que la fierté diminue. Ni la raison ni le talent ne sont faits pour obéir : l'indépendance les fortifie comme un air pur et embaumé; la servitude les dégrade, les énerve, leur communique les teintes pâles de la faiblesse et de la maladie.

Les mœurs de la cour n'étaient pas plus favorables à la litté-

bochint cunetue du Beaux-Espnts de ce temps, par le P. G^msse (pa- : 1?4 et siliv.). M. Sainte-Beuve a rapporté ce fait odieux; luais sans tu 1er les conclusions qui] suggère naturtUenient.

X(J PHILIPPE DESPOllTES.

rature nouvelle. Les grandes passions élèvent, inspirent le talent, lui ouvrent les portes d'un jardin enchanté où ne pénétre pas la multitude, dont n'approchent jamais les affections tiédes et vulgaires. 11 s'en faut que le libertinage produise d'aussi heureuses conséquences ; tout au plus fait-il décrire des scènes voluptueuses, rimer des chansons piquantes. C'est ce qu'on trouve dans les écrits de la Pléiade. L'amour vrai, lamour enthousiaste, lui demeura inconnu; aussi la voix de ses poètes prenait-elle de fausses intonations, aussi leur visage grimaçaitil, dès que la fantaisie leur venait de chanter, de feindre un attachement idéal. Or ce caprice les tourmentait souvent. De là les protestations guindées, les froides doléances, les absurdes métaphores, qui alourdissent leurs vers et attestent combien l'auteur souffrait peu, combien son cœur battait mollement.

Cette liberté dont ils étaient dépourvus à tant d'égards, dont ils ne comprenaient pas la valeur, la possédaient-ils au moins dans le domaine littéraire'/ Y faisaient-ils preuve d'indépendance et d'originalité? Esclaves dans le fond, se préservaient-ils de la servitude dans la forme? Là aussi une malheureuse tendance les précipitait au-devant dos fers. Une double imitation ajoutait sa contrainte à celles qui les retenaient déjà. D'une part, ils s'étaient inféodés aux littérateurs de la Grèce et de Rome; de l'autre, ils se déclaraient les hommes liges des Italiens. Leur soumission ne diminua pour les premiers qu'en augmentant pour les seconds. Changer de maîtres ne leur répugnait point, mais l'idée non plus que le désir ne leur venait de s'affranchir complètement; il leur fallait toujours une livrée.

Ne plongeant pas ses racines dans le terrain solide et profond du caractère national, des grands intérêts contemporains, des questions vitales où se préparait sourdement l'avenir, l'école poétique du seizième siècle ne pouvait rien fonder de- grand et de durable. Posée sur la France comme un gui sur un chêne, elle en fut aisément séparée, elle se llétrit sans retour et devint la proie d'un complet oubli. Tous les efforts imaginables ne sont point parvenus à la réhabiliter. Elle est curieuse, elle mtéresseles savants, les littérateurs, il faut la connaître; mais elle n'a aucun charme pour la nation, elle ne touche aucune fibre populaire, ne rappelle aucun souvenir important ou glorieux.

Les seuls écrivains de cette époque, dont le temps n'a pas détruit le prestige, sont ceux qui ont joint au mérite de la forme le souci et Lintelligence des problèmes fondamculaux que déijatlait l'humanité contemporaine, ou qin se sont allachOs à peindre les mœurs du siè< le dans des coules, des anecdotes el

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