CHAM D'AMOUR
Puis que je suis épris d'une beauté divine, Puis qu'un amour céleste est roy de ma poitrine, Puis que rien de mortel je ne veux plus sonner, Il faut à ma princesse ériger ce trofée, Et faut qu'à ce grand Dieu, qui m'a l'âme eschauirée, Je consacre les vers que je veux entonner.
Escrivant de l'aniom'. Amour guide ma plume ; En parlant de beauté, la beauté qui m'allume Vienne seule à ce coup mon courage esmouvoir; De deux grands deïtés la favem* je désire : Aussi les deïtés qu'en ces vers je veux dire N'ont rien qui soit égal à leur divin pouvoir.
C'est un grand Dieu qu'Amour, il n'a point de semblable, De luy-mesme parfait, à luy-mesme admirable. Sage, bon, cognoissant, et le premier des Dieux. Sa puissance in\incible en tous lieux est connue, Son feu pront et subtil, qui traverse la nuë, Brûle enfer, la marine, et la terre et les cieux.
Si c'est un Dieu puissant, la beauté n'est moins grande; La beauté comme Amour en la terre commande. Son pouvoir règne au ciel sur la divinité ; L'homme s'en esmerveille, et l'angelique essence Se ravit bien heureuse en voyant sa présence; Aussi l'amour n'est rien qu'un désir de beauté. l;
Durant le grand débat de la masse première. Que l'air, la mer, la terre et la belle lumière, Meslés confusément, faisoient un pesant corps, Amour, qui fut rnarn- de leur longue querelle. De la matière lom'de en bastit mie belle, Piengeant les elemens en paisibles accords.