CHA>SO
L'Amour qui loge en ma poitrine, Qui mes sens divise et mutine Et les fait bander contre moy.
Le traistre est de l'intelligence De ceux qui révoltent la France, Ennemis de leur jeune roy.
Comme eux il est gi^and en cautelle.
Travaillant de guerre immortelle 3lon cœm' qui l'a si bien reçeu ; Et d'une modeste feintise Ses cruels projets il déguise.
C'est ainsi comme il m'a deçeu.
Il m'a fait changer de pensée, j'ay ma foy première laissée, Et la loy des bons pères vieux ; Or' pour toute deïté sainte.
J'adore en honneur et en crainte La belle clairté de vos yeux.
■ Les mutins surpiennent les villti, Et par leurs discordes civilles Comblent tout de sang et de feu ;
60 ni A. NE.
Ef luy, ine prenant à l' emblée, De maux a mon ame comblée, Et me fait mourir peu à peu.
L'un d'eux des honneurs se propose.
L'un des ])iens, l'autre plus grand'chose. L'autre un paradis bien-heureux; Les biens, les honneurs et l'empire, Et le paradis où j'aspire, C'est d'estre tousjom^s amoureux.
PLAINTE
Quand je pense aux plaisirs qu'on reçoit en aimani. Et cp.ie le feu d'amour est une vive flame, Qui fait mouvoir l'esprit et qui réveille l'ame, Rien ne me plaist si fort que Testât d'un amant.
Mais, quand je voy qu'Amour ses sujets tyrannise, Qu'il les tient prisonniers, qu'il les paist de douleurs ; Quand j'oy tant de regrets, quand je voy tant de pleura. J'estime bien-heureux qui garde sa franchise.
0 Dieu ! que de douceur de croire asseurément Que l'unique beauté, qui nostre ame a ravie, Auprès de notre amour n'estime rien sa vie ! Lors il n'est rien si doux que Testât d'un amanl.
Mais, si Ton trouve après que c'est toute feinlise. Et que son cœur volage est ailleurs diverty, Tout ce premier plaisir en rage est converty : . Il est donc bien-heui'eux qui garde sa franchise.
C'est pourtant un grand heur que d'aimer hautement, Car un esprit divin tend aux choses hautaines, Puis mille beaux pensers adoucissent les paines : Il n'est donc rien si doux que Testât d'un amant.
Ouy, mais le grand péril suit la grande entreprise, Et qui monte bien haut peut bien bas tresbucher ; Et puis en se biùlant il faut son feu cacher : Il est donc bien-heureux qui garde sa franchise.
Celui qiù tout ravi contemple incessament La rovTie de son cœur, que le ciel a fait telle, Qu'il y trouve tousjours quelque beauté nouvelle. - -Vestime rien plus doux que Testât d'un amant. Mais, quand il voit après que la belle se prise, Ou qu'elle est fantastique et se plaist à changer, Il maudit la fureur qui le fait enrager, Et nomme bien-heureux qui garde sa franchise.
Si est-ce un grand plaisir, après un long tourment. D'adoucir à la fin la rigueur de sa dame,