I IVRE II
STANCES
Lors qu'un de vos rayons doucement me blessa, Et que mon arae libre en prison fut réduite, Mon cœur, ravi d'amour, aussi-tost me laissa. Et sans autre conseil se mit à vostre suite; Mais, comme un voyageur qui s'arrcste pour voir S'il trouve en son chemin quelque chose nouvelle, Alors qu'il veit vos yeux, de passer n'eut pouvoir. Et demeura surpris d'une clarté si belle.
IHiis il reprend courage et s'asseure à la fin, Désireux d'achever l'entreprise première.
Soit qu'Amour le guidast, ou son heureux destin, Ou que vostre œil luisant lui fournist la lumière ' UazardeujL pèlerin, il vient jusques au heu Siège de vostre cœur, qu'il embrassa sur l'heure, Et me dit en riant un étemel adieu.
Ne voulant plus partir de si belle demeure.
Vostre cœur, qui ne veut, plein d'un brave désir, Souffrir un compagnon, autre empire pourchasse, Et, délaissant le sien, d'un lieu vient se saisir. Où nul autre que luy ne pourroit avoir place; C'est le roc que mon cœur, plein d'amour et de foy, Divinement guidé, délaissa pour vous suivre. Voilà dune comme Amour du depuis nous fait vi^re: Mon cœur est dedans vous, le vostre est de<Jans moy.
J'ay fait de rnes deux yeux une large rivière, Que de vos fiers regards les feux estincelans. Et de mon estomac les brasiers violans. Au lieu de la tarir, font devenir plus fiere.
Contre vostre rigueur, je veux, belle meurtrière, Mettre avec mes soupirs ces pleurs tousjours coulans, Puis les jetter aux vens ; les vens, courriers volans, Les porteront en l'air d'une C(Airse légère ;
I*uis l'élément du feu de l'air les tirera; Mais leur humidité pourtant j\p tarira.
Car (Ips eaux de mes pleurs la stjurce est éternelle.
Us viendront jusqu'au ciel; lors, les Dieux, de pitié, Puniront vos rigueurs, vengeans mon amitié : Car ils me feront sage et vous feront moins belle.
1)1 ANK.
Vostre bouche, ô déesse! a mal prophetizé; Pardonnez si l'Amour me fait vous contredire, Car Philene a bouché ses oreilles de cire, Et des charmes trompeurs ne l'ont point amusé.
Cet œil, qui l'a rendu quelquefois embrasé. Obscurci d'un plus beau, pour luy cesse de luire; 11 le voit sans danger, sans joie et sans martire : Jamais un bel esprit n'est deux fois abusé.
Reste donc, que Diane, en voyant sa constance, Souffre qu'Amour la touche, et, douce, ore commance A plaindre un peu le mal d'un cœur qui est tout sien;
Sinon vous jugerez si l'amant est bien sage. Oui fuit les doux appas d'une dame volage Pour se perdre aux rigueurs d'une qui n'aime rien.
Cent et cent fois le jour je fay nouveaux discours; Mal contant, mal payé des travaux que j'endure. Et, lassé de porter une charge si dure, Je rebelle mon cœur du grand roy des amours.
La raison aussi-tost s'avance à mon s'^cours. Qui m'ouvre les prisons et guarit ma pointure; Libre alors, je maudy sa méchante nature. Et consens que sa loy n'ait en moy plus de cours;
Mais, presque au même instant, sans oser me défendre, Un clin d'œil, un propos, mon cœur, viennent reprendre, Rechassent ma raison, r'enserrent mes espris;
Et l'Amour, par vengeance, en rigueur se renforce. Lors, comme un pauvre serf nouvellement repris, J'endure, et, tout honteux, de servir je m'efforce.
CHANSON
Celuy que le ciel tout-puissant Fait d'un cœur ardant en naissant, Veut que chacun luy obéisse ; Mais, bien que son œil vigoureux M'ait rendu chaud et généreux.
Je n'aime qu'à faire service.
Guerriers, qui, d'un bras glorieux, Gravez vos faits victorieux