LIVRE
Me> esprili ahaltus sonl-ils si fort coupables, Que Irur |hmiip on trois ans ne fait pas salisfail.'
Mon cœur, mon œil, mon teint, blessé, cave, dcllait, De traits, de pleurs, d'ennuis, cruels, amers, durables, Pourroient faire avouer aux damnez misérables Oue de mes passions l'enfer n'est qu'un portrait.
De ma soif près des e.iux Tantale est la figure; Le vautour de Titye est la peine où je dure, Tenaillé d'un désir qui rae ronge et me poind ;
Mon travail sans profit est le seau des Belides, Et mes chauds desespoirs les fieres Eumenides; Mais, las! en mon enfer Lethés ne passe point.
Dressez-inoy sans cesser querelle sur querelle, Et tenez de vos yeux le beau soleil caché, Pour rendre mon espoir languissant et seiche, Et iKjur couvrir mes jours dune nuict éternelle;
Que pour moy de tout point la pitié soit cruelle, Et que tousjours le ciel ù mes cris soit bouché, La rigueur des ennuis dont je seray touché .Vaura jamais pouvoir de me rendre infulelle.
Mon cœur, aux flots du mal, semble un roc endurcy; Vous estes mou soleil, je suis vostre soucy, M'ou>rant tant seulement aux rais de vostre veuê.
Las! vous le sçavez bien; mais, pour me tourmenter, Sans cause, à tous propos, vous monstrez d'en douter, El c'est de tous mes maux celuy seul qui lue tué.
Puisqu'il vous plaisl, Madame, et qu'avez tant d'envie Que je cesse d'aimer, d'adorer, et d'avoir Au cœur vostre portrait, je veux vous faire voir Que je puis l'impossible en vous rendant seni".
Vos rigueurs, vos dédains, les douleurs de ma vie. En vain eussent pensé ma constance émouvoir, Car aux plus grands malheurs s'augrnentoit s<jn pouvoir. Comme un roc s'endurcit aux vens et à la pluie.
Mais, puis que je vous fasche, et qu'il ne vous plaist pa> I»'un regard seulement honorer mon trespas; Puis que ma servitude et ma foi vous oflence,
L'ame et le cœur en feu, l'œil de pleurs tout chargé, Pour ne vous ennuyer par trop de patience El pour vous obéir, j'accepte mou congé.
Tant d'amour, tant de foy dont vos lettres sont plaines. Tant de feu que le tans n'a rendu moins vivant, Et tous ces beaux discours qui m'alloient décevant, Ne sont que des chansons et des paroUes vaines.
Je ne m'en paye plus, mes travaux et mes paines Cherchent du bien solide, au lieu d'ombre et de vanl, N'abusez donc l'espoir d'un fidelle servant : Amour veut des effets et des preuves certaines.
Depuis quatre ans entiers vous m'appastez ainsi ; Je vieillis cependant, vous vieillissez aussi. Et perdons de nos ans la saison mieux aimée.
D'en taxer la fortune et les empeschemens, C'est une foible excuse : oncques deux vrais amans Ne trouvèrent pour eux de porte assez fermée.
J'ai tant souffert d'ennuis, de honte et de misère, Depuis qu'à vos beaux yeux mon esprit s'est rendu; Mon âge et mon labeur j'ai si mal despendu, Que j'en sers de risée et de fable au vulgaire.
Je veux rompre mes fers, plein de juste colère, Et perdre heureusement l'amour qui m'a perdu. L'eussé-je fait plus tost! J'ai bien tard attendu, Mais si n'est-ce pas peu de m'en pouvoir deffaire.
Loin, loin, bien loin de moy, pensers fallacieux, Espoirs faux et trompeurs, désirs ambitieux, Et des travaux passez souvenir trop durable.
J'appen à Nemesis, pour acquiter mes vœux. Ces traits qu'elle a rompus, ces flambeaux et ces nœux, Esteints et déliez par sa main secoiu-able.