LIVRE II
0 mort! tu pers ton tans de me poursuivre aiiiby, Uo tenant misei-ablc en fie\Te continue, Oui troublo mon crneau, comme la mer esmeuê. Battant de cent bouillons un rocher cndurcy.
Je n'ai plus de couleur, mon œil est tout noircy, Ma lan^ie, ardant sans cesse, est sèche devenue, Mon accez violent jamais ne diminué, Et tu ne peux finir ma vie et mon soucy.
Cest qike tes coups sont vains contre une froide lame, Sans cœur, sans mouvement, sans esprit et sans ame, Oui rebouche les traits de ta cnielle main.
Si tu veux donc, ô mort ! triompher de ma vie, 11 faut contre ma dame adresser ta furie : Blesse mon cœur qu'elle a, je mourray tout soudain.
STANCES
Sommeil, qui, trop cruel au tans de mes amours. M'as privé si souvent des plus douces |>ensées. Tenant outre mon gré mes paupières pressées, Lorsque je desiroy pouvoir veiller tousjours.
Or' qu'une fifvre ardente en mon sang allumée Change en feu mes soupirs et mon cœur en fourneau. Trempe au fleuve d'oubly bien avant ton rameau. Et distile en mes yeux cette liqueur aimée.
De grâce, hé ! que je dorme, et que les tronblemens Qui font de mon esprit une mer initée. Me donnent quelque trêve; ainsi ta Pasithée Paye cette faveur de mille embrassemens.
Heureux loirs, qui dormez la moitié de l'année, Las! qu'un somme aussi fort ne me peut-il tenir? Mais, pour plus grand repos et pour mon mal finir, Soient mes yeux pour jamais clos de la destinée.
J'esloy sans connoissance estendu dans ma couclie, Sans pouls, tousjours rêvant, mortellement altaint; Mes yeux estoient cavez, de mort estoit mon teint, Et mon corps tout courbé comme ime vieille souche.
La fie>Te avoit cueilly les roses de ma bouche, Et palli le vermeil sur mon visage peint.
Mt's aiiiià ticbulcz hautement in'avoienl pleint, Me voyant si débile et mon œil si farouclic.
Durant que je mourois, le rigsureux Amour, Tollé sur mon chevet, sans repos nuit et jour, -Mp souflloit à l'oreille et redoubloit ma Marne.
«Las! Amour, laisse moy mourir plus doucemi'iil. — Je le veux bien, dit-il; mais fay ton testament, Kt dy qu'après ta mort tu me laisses ton ame. >•
Cette iiumeur qui m'aveugle et me bande les yeux, Coulant incessamment, pour mon bien est venue, Car je cesse de voir le bel œil qui me tuë, Et qui rend de ma prise un enfant {,^lorieux.
Non, ce n'est pour mon bien; mais c'est quelqu'un des Dieu) Jaloux du paradis qui bien-heuroit ma veut-, lui l'objet des beautez dont vous estes pouneuc, Qui m'a donné ce mal, de mon aise envieux.
Quiconque sois des Dieux, cesse d'avoir envie <,)ue deux si beaux soleils lacent luire ma vie, Et que de leurs rayons procèdent mes chaleurs.
Helas ! j'achette assez les rej^^ards de ma dame, Qui sens pour un trait d'œil mille pointes en l'ame, Et pour un court plaisir tant de longues douleurs.
LU
Quel supplice infernal, quelle extrême soullrance. Peut approcher du mal dont je suis tounnenfé? 0 rigoureux Amour I si je t'ay despité, Tu le monstres trop aigre à punir mon ofTancc.
J'avois esté six mois, pleurant pour une absence, Languissant, désolé, couvert d'obscurité.
Vivant du seul espoir de revoir la clarté, Qui fait fleurir mes jours par sa douce influence.
Amans, jugez ma peine : or' qu'elle est de retoui-, II faut près de ses yeux, pour couvrir mon amour, Que, sans la regarder, je tourne ailleurs la veuë.
Helas 1 je suis réduit jusqu'à si piteux point, Qu'afin que mon amour à tous soit inconnue Je feins tant, qu'elle croit que je ne l'aime point.
LUI
Dieu des hommes perdus, sera-ce jamais fait? Serayije tousjours butte aux douleurs incurables?