‹ uvres de Philippe Desportes (volume 4)Chapitre 72 sur 190 · LIVRE II, lOS · texte numérisé non relu

LIVRE II, lOS

Sur mer, à tous périls je me sui> i.\|»om-,

Sans promesse d'Amour, mon guide en ce voya^.'»;-.

Donc, ô belle Diane, helas! asseurez moy Si, pour vous adorer seule, ainsi que je doy. De toute vieille erreur j'ai purgé mon courage.

Belle et cruelle main, qui m'avez enchaisné Dans la prison d'Amour, mon an tique adversaire. Estant si délicate, hé ! comment se peut faire Qu'un coup si dangereux par vous me soit donné?

Mon cœur, nouveau captif, en est tout estonné, Mes sens tous esperdus; et mon œil téméraire. De vous voir pour son mal ne se sçauroit distraire, Tant la beauté l'attire et le rend obstiné.

Par un nouvel effort mon ame est surmontée. Je sçavoy bien que Mars, par sa main redoutée, Fait ces actes guerriei-s et se rend plus connu ;

Mais que ma liberté deust estre retenue Par une main si tendre, encore toute nuë, Ce miracle est à moy seulement advenu.

Chacim jour mon esprit loin du corps se retu e ; Je tombe en pâmoison, je pers le mouvement, Ma couleur devient palle, et tout en un moment Je n'enten, je ne voy, je ne sens ny respire.

Revenant puis après, vers le ciel je souspire. J'ouvre les yeux ternis, je m'esmeus doucement. Comme un qui a dormy, puis, sans estonnement, J'atten le pront retour d'un si lasche martire.

Ceux qui voyent comment ce mal me met au bas. Comme il revient soudain, n'attendent qu'un trespas Qui ces petites morts d'heure à autre finisse.

Il ne m'en chaut pour moy; c'est tout mon reconfort. Mais pour vous je m'en plains, qui perdrez à ma mort Un cceiu" qui n'estoit nay que pour vostre senice.

Beaux nœux crespes et blonds nonchalamment épars, Dont le vainqueur des Dieux s'emprisonne et se lie ; Front de marbre vivant, table claire et polie, Où les petits Amours vont aiguisant leiu^s dars;

Espais iiKinitfau de ueigo aveuglant les regais, F'our qui do tout objet mon œil se desallio; El loy, guerrière main de ma prise embellie, nui peut, nuë, acquérir la victoire de Mars;

Yeux pleuvans à la fois tant d'aise et de martirc, Sous-ris par qui l'Amour entrelient son empire, Voix dont le son demeure au cœur si longuemcnf;

Esprit par qui le fer de nostre âge se dore, l'-eautez, grâces, discours, qui mallez transformaiil, Las! connoissez-vous point comme je vous adore*.'

DIALOGUE

Qui vous rend, ù mes yeux! vostre joye première. Vu que vous n'estiez plus qu'aux pleurs accouslumez'.'

— L'esjjerance de voir nostre aimable lumière, Kt d'adorer bicn-tost ses rayons tant aimez.

D'où vient que mon oreille est si pronte et soudaine, El qu'elle est attentive à tout bruit qui se fait?

— 11 lui semble d'ouyr cette voix plus qu'humaine Qui peut rendre mon cœur contant et satisfait.

Est-ce Amour, ù mes pieds! qui vous preste ses aile^. Vu que les jours passez vous ne pouviez marcher?

— C'est que nous courons voir des beautez inunorlcllc!), Dont l'effort suffuoit pour mouvoir un rocher.

Pourq\u)y donc, o mon cœur ! quand cet heur nous anivc, Languis-tu de foiblesse et te vas effroyant?

— C'est l'extrême désir qui de force me prive. Puis je crain de mourir de joye en la voyant.

'.>uoy que vous en pensiez, je suis tousjours semblable; Le tans, qui change tout, n'a point changé ma foy. Les destins, mon vouloir, et ce que je vous doy, y oui qu'aux flots des malheurs mon ame est imnmablc.

Vos yeux, dont la beauté rend ma perte honorable, .Vont jamais veu de serf si fidelle que moy ; Ji- tien des simples corps dont constante est la loi : Tousjours je vous adore, et rude, et favorable.

L'absence et les rigueurs de cent mille accidens ^'ont sçeu rendi-e en quatre ans mes brasiers moins ardans,

• Soniiel destiné à mademoiselle de Cliàteauneuf et composé pour le duc d'Anjou, depuis Henri 111. (Voyez la note de la page 96.)

LnRE II. * 107

.N> les «liiiiiniuT «l*uii«* s^ule eslincell» .

Vous seiTZ I** premier et dernier de mes vniix. J'en jure par vos yeux, et par vos blonds cheveux. El par l'éternité de ma peine cruelle.

CHANSON

Amour, frrand vainqueur des vainqueui^.

Et la Beauté, royne des cœurs.

Jadis firent un vœu notable; Et, pour n'y manquer nullement.

Chacun jura maint •:rand sfiinetil •.hi'il le tiendroit inevocable.

Premier, cet enfant passa^'ei Jura de jamais ne lofïer, En esprit ou en fantasie, Sans exanter homme ni Dieu Qu'il n'y retint tousjours un lieu l'rès de soy, pour la Jalousie.

Beauté, jurant après Amour, Promit de ne faire s«'jour Ny d'arresler jamais en place, Sans y loger aussi soudain I. iii.ueil fantastique et hautain, L ii.ivur, le mespris et l'audace.

St-rraens cruels et ri|.'onreui, Cesl par vous que l«s amoureux Sont pressez d'angoisses mortelles).

L'un rend leur esprit transporté; L'autre fait que la ci-uauté A tant de force au cœur des belles.

De ces vœux trop bien observez.

Nous avons esté réservez, 0 ma belle et chère Déesse !

Vos douces beaulez et ma foy Sont du tout exempts de la loy, El ne sentent point sa rudes.se.

Car, bien que la mesme beauté Ait en vous son siège arrcsté, Bien de lier ne vous déshonore :

Vos yeux et vos propos sont doux ; Il est vray que ce n'est à tous, Mais à moy seul qui vous adore.

Aussi, jaçoit que vos beaux yeux Puissent rendre, jusques aux cieux,

lOS

Du plus grand Dieu l'aine saisie, Vostre foi m'a tant asseuré, Et leur feu si bien esclairé, Que je suis franc de jalousie.

Puissions-nous vivre ainsi tousjourï;.

Maistresse, heureux en nos amours, A qui nulle autre ne ressemble ; Et, s'il faut sentir du malheur, Que ce soit la seule douleur De n'estre pas tousjours ensemble.

La Foy, qui pour son temple a choisi ma poitrine, Jamais n'en partira, quoy qui puisse arriver; L'effort du tans vainqueur ne l'en sçauroit priver : Contre tous ses assauts plus ferme elle s'obstine.

Que le ciel courroucé contre moy se mutine, 11 ne sçauroit pourtant une écaille enlever. Les tourmens plus cruels ne font que l'esprouver : Comme l'or en la flamme, aux maux elle s'affine.

Elle arreste mon cœur à doux de diamant, Et, pour tout artifice, elle fait qu'en aimant Je me serve d'amour et de persévérance.

Mon feu brûle tousjours et n'est point évident : .\ussi l'amour en moy n'est point par accident, Il est de ma nature et ma propre substance.

Sur le tombeau sacré d'un que j'ay tant aimé *, Et dont la souvenance est en vous si bien painte, J'asseure et vay jurant, plein d'amour et de crainte. Que, sans plus, de vos yeux mon cœur est enflamé;

Et que le tans léger, au change accoustumé, Jamais n'esbranlera ma foy constante et sainte ; Mon ame à d'autres lois ne se verra contrainte, Vostre nom en mes vœux sera seul reclamé.

Si je doy quelque jour démentir ce langage. L'esprit qu'à haute voix j'appelle en témoignage, Qui nous aimoit tous deux et que nous aimons tant.

Toute nuict m'espouvante et me soit adversaire. Mais fusse-je aussi seur que ma foi vous deust plaire, Comme je le suis trop de vous estre constant !

Claude de Laubespine.

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