‹ uvres de Philippe Desportes (volume 4)Chapitre 74 sur 190 · LIVRE II. ili · texte numérisé non relu

LIVRE II. ili

Et que vostre beauté, qui m'a rendu martyr, Ne me soit jamais plus que liere et covuroucée !

Si ce n'est de vostre œil que mon ame est blessée. Jamais d'allégement je n'y puisse sentir. Qu'à regret je vous serve, et, taschant de sortir. Que de plus pesans fers ma raison soit pressée !

Si j'aj-me autre que vous, .\mour, tvTan des dieux, Les feux croisse en mon ame et les pleurs en mes yeux. Et que vostre rig^ueur mon senice rejette !

Las ! je n'aime que vous, ny ne sçaurois aimer ; Je despite autre amour qui me sçeut endamer : Mon cœur est une roche à toute autre sagette.

Pendant que mon esprit mille douceurs conçoit, Et qu'en vous adorant, tout ra\7 je soupire. Amour, par vos regars, mille flèches me tire Et captive mon cœur qui ne s'en apperçoit.

Car, voyant vos beautez, le grand heur qu'il reçoit Fait qu'il est insensibl^au plus cruel martire Et croit que tout le ciel n'a pouvoir de luy nuire : Tant l'excez du plaisir quelquefois nous déçoit !

Mais, quand je suis forcé d'éloigner vostre venê, Trop tard je m'apperçoy de ma perle advenu»', Mon œil se change en source et mon ame en naml>eau.

La mort mesme à l'instant m'uste toute puissance. Et je mourrois heureux, si j'avois asseurance ifne mon cœur si (idelle eust vos yeux pour tombeau.

Chaste sœur d'Apollon dont je suis esclairé, Le jour comme la nuict deité redoutable, Que la force d'Amour a connue indontable. Amour des autres dieux tant craint et révéré !

Voy ce pau^Te Acleon sans pitié dévoré Par ses propres pensers dune rage incroyable, Pour avoir offensé d'erreur trop excusable, Si le feu de ta haine estoit plus modéré.

Il fut audacieux, mais sa haute entreprise Avec tant de rigueur ne doit eslre reprise, Ains mérite plustost loyer que chastiment.

Toutesfois si ton ire autrement en ordonne, bien, il souffrira tout : s'escriant au tourment. Que trop douce est la mort quand Diane la donne.

Lettres, le seul repos de mon ame agitée, Helas ! il le faut donc me séparer de vous ; Et que par la rigueur d'un injuste courroux Ma plus belle richesse ainsi me soit ostée.

Ha ! je mourray plustost, et ma dextre indontée Fléchira par mon sang le ciel traistre et jaloux, Que je m'aille privant d'un bien qui m'est si doux ; Non, je n'en feray rien, la chance en est jettée I

Il le faut toutesfois, elle les veut r'avoir. Et de luy résister je n'ay cœur ny pouvoir, A tout ce qu'elle veut mon ame est trop contrainte.

0 beauté sans arrest ! mais trop ferme en rigueur Tien, reprend tes papiers et ton amitié sainte, Et me rens mon repos, ma francliise et mon cœur.

Aux plus nides assaux d'une ospre maladie Encor que mon esprit soit foible et languissant, Privé du doux objet qui l'alloit nourrissant, Sa chaleur toutesfois n'est en rien attiédie.

Car vostre belle image, amoureuse et hardie, Par un portail secret au secours s'avançant. L'alimente, l'eschauffe et la va renforçant, Avant que sa vigueur puisse estre refroidie.

Pourtant, ne doutez point, ô ma chère douleur ! Qu'absent, troublé, malade, ou par autre malheur, Vostre beauté divine en mon ame s'efface.

Car tant plus le destin me combat par dehors, Plus mes loyaux pensers au dedans se font forts. Résolus de mourir pour vous garder la place.

Si l'amour de ma foy rend vostre ame craintive, Doutant que ce vouloir, qui jadis m'a brûlé. Par le temps à la fin soit éteint ou gelé, Que de si vaine erreur la vérité vous prive.

Jamais en mon esprit flamme ne fut si vive, Je suis tel que j'estois quand mon cœur fut volé, Le jour qu'un chaste amour, dans vos yeux recelé, Rendit heureusement ma liberté captive.

Je gouste, en vous oyant, mesme ravissement,

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Je traiiiblt , en vous voyant, d'aise cl dVslouueiuent. De vostre seul re|jai-d ma blessure s'allège.

Jamais auti^e que vous constant ne me rendra ; Je suis serf de Diane, et qui me retiendra Doit eslre chastiée ainsi que sacrilège.

0 vers que j'ai chantez en l'ardeur qui nienflanip. Je de\iens à bon droit de vostre aise envieux ! Vous viendrez en la main et retiendrez les yeux <.hii retiennent ma vie en l'amoureuse flame.

Gardez-vous seulement des regars de ma dame, Aixlans flambeaux d'amour, bénins et gracieux, Car s'ellc peut brûler les mortels et les dieux, Elle vous brillera comme elle a fait mon arae.

Je s^'ay qu'il eust fallu, pour monsti-er son pouvoir. Un esprit plus divin, plus d'art, plus de sçavoir; Mais, estant plein d'amour, je fuy tout artifice.

J'écn- ce que je sens, mon mal ine fait chanter. Et le plus beau laurier ((ue j'en veux mériter, C'est d'alléger ma peine et la rendre propice.

STA.NCES

Belle et fiei e déesse à qui je suis voué, Dont le premier regard rendit Amour mon maislre ; Le ciel durant cet âge ici-bas m'a fait naistre, Alin qu'à son honneur vostre honneur fust loué.

Comme dans un miroir on voit toutes les grâces Au clair de vostre teint, et le vainqueur des dieux Est aveugle deux fois quand vous fermez les yeux, El sans vous ses brandons seroient changez en glaces.

Plus j'ay de connoissance et plus je suis ca\\ De voir que c'est à vous que le ciel me destine : Car, bien que mon esprit ait céleste origine, 11 se tient bien-heureux d'estre à vous asseny.

Aussi tous les tourmens des cœurs plus misérable:. Et ce qui plus souvent fait les hommes changer, Oubly, nouveau plaisir, course du tans léger, -Vont pouvoir d'ébranler mes pensers immuables.

Je S4;ay bien que tout change et qu'il est mal-aisé Que de rien si certain l'homme donne asseurance, Puisque Tordre varie et que tant d'inconstance Se trouve aux éléments dont il est composé.

Mesme l'an qui ce joui commence et renouvelle

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