PRIERE
Grand Dieu d'Amour, enfant de Cytherée, Au dos ailé, à la tresse dorée, Qui peux l'enfer et la terre esmouvoir, Vainqueur des Dieux, écoute la prière D'un de tes serfs, dont l'ame prisoimierc. Tremblant de crainte, adore ton pouvoir.
Las ! s'il est \Tay, comme j'ay connoissance, Que je retourne en ton obéissance.
Et derechef tu me vueilles ravir; Je le veux bien, mon cœur je t'abandonne, Encor un coup, libre je m'emprisonne :
A plus grand Dieu je ne puis m'asservir.
Je ne veux point à tes loix contredire ; Sans résister, j'accours sous ton empire : L'homme mortel doit obéir aux Dieux ; Qui te méprise, il confond la nature.
Son estomach est d'une roche dure.
Voire à regret lui esclairent les cieux.
Icy je jure à ta deïté sainte, Qui connoist bien que je parle sans fainle, Qu'à tout jamais je veux persévérer Ton prestre saint, qui t'offre en sacrifice Mon cœtir brûlé pour te rendre propice,
mon esprit pour tousjours t' adorer.
LES AMOURS d'h IP l'OL YTE. 1-27
0 grand Amour! de puissance invincible, Ciiiel cl doux, ^Tacicux et terrible, Qui fais marcher en triomphe les rois, Des jeunes cœurs le sei^eur et le maistre, Puis que pour tel je te veux reconnoislre, Escoule, 6 Dieu, ma prière et ma voix.
Si tous tes traits en mon cœur je retire. Si sans crier je languis en martire, Si j'ay lavé tes ailes de mes pleurs.
Si mes soupirs entretiennent ta (lame.
Et si tu fais des cheveux de ma dame Les forts liens qui retiennent les cœurs.
Chasse, ô grand Dieu ! cette crainte nouvelle. Qui me poursuit, qui me serre et me gelle ; Banny bien loin le triste desespoir, Aux crins retors, à la couleur sanglante. Qui de regars mon esprit espouvante, Et qui me fait tant de peurs recevoir.
Mon cœur en tremble, et mon ame estonnée A la frayeur s'est toute abandonnée.
Tant cette nuict il m'a fait endurer ! Fay l'un des deux, ou luy donne la chasse Loin de mon cœur, ou lui quitte la place : Vous ne pouvez ensemble demeurer.
CHANSON
Douce liberté désirée, Déesse, où t'es-tu retirée, Me laissant en captivité ?
Helas ! de moy ne te détourne.
Retourne, ô Liberté ! retourne, Retourne, ô douce Liberté/.
Ton départ m'a trop fait connoislre Le bon heur où je soulois estre.
Quand douce tu m'allois guidant.
Et que, sans languir davantage, Je devois, si j'eusse esté sage.
Perdre la vie en te perdant.
Depuis que tu t'es éloignée, Ma pamTe ame est accompagnée De mille épineuses douleurs :
Un feu s'est espris en mes veines, Et mes yeux changez en fontaines Versent du sang au lieu de pleurs.
Un soin caché dans mon courage
12S LtS AMOtKS 1> lllPrOLYlt.
Se lil sur mon liisle visage, 3Ion leinl plus pallc est devenu ; Je suis courbé comme une souche, Et, sans que j'ose ouvrir la bouche, Je meurs d'un supplice inconnu.
Le repos, les jeux, la liesse, Le peu de soin d'une jeunesse, Et tous les plaisirs m'ont laissé ; Maintenant rien ne me peut plaire, Sinon, devôt et solitaire, Adorer l'œil qui m'a blessé.
D'autre sujet je ne compose.
Ma main n'écrit plus d'autre chose, Là tout mon service est rendu.
Je ne puis suivre une autre voye.
Et le peu de tans que j'employe •.\illeurs, je l'estime perdu.
Quel charme ou quel Dieu plein d'envie A changé ma première vie, La comblant d'infelicité?
Et toy, Liberté désirée.
Déesse, où t'es-tu retiiée?
Retourne, 6 douce Liberté !
Les traits d'une jeune guerrière.
Un port céleste, une lumière, Un esprit de gloire animé.
Hauts discours, divines pensées, Et mille vertus amassées Sont les sorciers qui m'ont charmé.
Las ! donc sans profit je t'appelle, Liberté précieuse et belle !
Mon cœur est trop fort arresté : En vain après toy je soupire.
Et croy que je te puis bien dire.
Pour jamais, adieu, Liberté !