‹ uvres de Philippe Desportes (volume 4)Chapitre 92 sur 190 · XI.l · texte numérisé non relu

XI.l

Je pars, non point de vous, inais do moy seulrmenf, Car je laisse raon ame afin qu'elle vous suive; Et ne vous estonncz que sans ame je vive, Amour me fait mouvoir par son feu véhément.

Je ne vous laisse point à ce depart*^menl, lîicn que vous présumiez n'estre jamais captive; Car je vous porte au cœur si belle et si naîfve, Que n'avez rien en vous qui n'y soit vivement.

Mais pourtant ma douleur n'est par là divertie, Car j'emporte de vous cette seule partie, Oui rafiaichit ma perle et l'en fait souvenir.

l'uis je crains d'autre part, sachant votre rudesi», <>ie vous receviez mal l'ame que je vous laisse, Et que vous ne vueillf/ avec vous la tenir '. t

f DIALOGUE.

<>ue sera-ce de vous, privez de la lumière, PamTes yeux, dont le ciel vous contraint séparer?

— Nous ferons de nos pleurs une large rivière, Et serons tousjours clos si ce n'est pour pleurer.

Vous aurez pour confort la pourtraiture sainte. Qu'amour en mon esprit viendra représenter.

— Au cœur tant seulement servira cette fainte, )lais rien, sinon le >Tay, ne nous peut conforter.

Cherchez doncques ailleurs plaisir qui vous contente. En tant d'objets divers, si plaisans et si beaux.

— Lors que nous l'essayons, nostre douleur s'augmente, Trouvans au lieu de jour de bien petits (lambeaux.

Trompez-vous, et croyez de ces lumières claires Que c'est le beau soleil qui vous peut consoler.

— On ne se trompe point en choses si contraires. Et nous ne voyons rien qui le puisse égaler.

Quel ciel noircy de pluye, ou quel nuage espai?, Quel désert séparé, quel antre assez sauvage,

< Irniti d'un sonuet italien qui débute ainsi :

Parto, non già di voi, pero chp unitî Con voi 1 aima riman, ma da rae stesso; Ne VOI restale, ch' io non pur da presso Vi porto, ma nel cor vjva e scolpit.i.

200 CLEONICE.

Me recelle, inhumain, l'air fle ce beau visage,

Qui pleuvoit en mon cœur tant de feux et de traits?

Qui m'as si tosl changé mon repos et ma paix En guerre et en discord, mon tans calme en orage? Qui de tant de fureurs a comblé mon courage? Amour, conte-le moy. Las! cruel, tu te tais.

Que je vous porte envie, ô bois ! ô monts ! ô plaines ! Hé ! que ne fait le ciel pour adoucir mes paines, Que je sois parmy vous en oyseau transmué,

En arbre, en Heur, en roc, en fontaine champestre? Il ne m'en chaut en quoy, pourveu que je puisse estre Plus souvent esclairé des yeux qui m'ont tué.

De ces yeux rigoureux, où ma mort se peut lire, Contre ma volonté le ciel me tient absant. Je diroy pour mon bien, si mon cœur languissant Trouvoit quelque allégeance au feu qui le martire.

La fin d'un de mes maux est naissance d'un pire. Mon espérance est foible et mon désir puissant, Tandis, fieres beautez, qui m'allez meurtrissant. Soit mon bien on mon mal, sans fin je vous désire.

Clairs miroirs de mon ame, yeux des miens tant ai rn/s, Qui, si loin de mon cœur, tousjours le consommez, Roses que le soleil ne peut rendre seichées,

Filets d'or, chers liens de mes affections, Et vous, beautez du ciel, grâces, perfections, Helas! pour tout jamais me serez-vous cachées?

Demain j'espère voir la beauté qui m'affole, Et cet œil gracieux mon superbe vainqueur : Voir cette vive glace et m'en brûler le cœur. Et ravir mes esprits cm sa douce parole.

Mais, ah Dieu ! que le tans légèrement s'envole, Alors qu'en la voyant j'adoucy ma langueur! Et qu'helas ' au contraire, il est plein de longueur, Quand pour en estre loin je pleure et me désole !

Que dy-je,en estre loin? je la voy sans cesser, Et suis tousjours auprès du cœur et du penser : Car si la nuict cruelle au soir m'en fait distraire,

Mon esprit amoureux ne part point de ses yeux, Comme le beau soleil ne part jamais des cieux, Bien qu'il coure en tournant l'un et l'autre hémisphère.

r.i.KONiCF. 201

CHANSON

0 beaux ennemis de mon cœur, Yeux, les boute-feux de nos âmes, Que vous estes pleins de rigueur !

Vous n'aimez que meurtres et fiâmes.

Vos traits, de ma mort glorieux, Blessoient de bien plus douce sorte, Quand l'espoir riant à mes yeux, De mon cœur vous trahit la porte.

Trompé, je me soumis à vous, Lors privez de toute rudesse.

Mais, las! pouviez-vous estre doux Estans les yeux de ma maistresse?

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