XL VI
On lisoit en ses yeux une paix éternelle, Lors qu'en sortant du ciel sa beauté m'apparut; Et mon jeune désir follement y courut.
Comme un gay papillon au feu de la chandelle,
Jles travaux endurez, ma liberté nouvelle, Mes desseins, mes sermens, rien ne me secourut; Soudain tout me trahit, se rendit ou mounil. Dieux ! comme une rigueur peut-elle estre si belle?
Depuis je n'ay vescu que comme elle a voulu, Bandé contre moi-mesme, à ma mort résolu, Vesprouvant que tempeste en la mer plus paisible,
kn grô des passions contrairement poussé.
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Las! fussé-je uno roche en quelque mont glacé, Sans estre à tant de feux si vif et si sensible !
Echo, nymphe jadis d'amoureuse nature, Qui n'est rien maintenant qu'image de la voix, Et qui dans ce val creux, caché dun i)eu de bois. D'air et de bruit lasché piens vie et nourriture,
Si tost que je me plains du tourment que j'enduir, Pour avoir désiré plus que je ne devois. Tu m'annonces mes maux, taschant si tu pouvois Me divertir de suivre une beauté si dure.
Quand en me souvenant du mal que jay passé, Je dis : Mais que seray-je ayant tant pourchassé? Chassé, me respons-tu d'un accent lamentable.
Et quand plus curieux du cours de mes malheurs, Je demande : Hé! comment finiront ces clameurs? Meurs, est lors de ta voix l'oracle irrévocalilc ' .
La garnison d'ennuis, qu'Amour fait demeurer En mon cœur pour sa garde, est si grande et si forte, Qu'il ne faut avoir peur qu'un seul soupir en sorte, ^e qu'il puisse en ses maux seulement respirer.
Si quelque heureux plaisir se vent avanturer D'approcher de mon cœur, afin qu'il le conforle, Il esprouve à son dam qu'il se faut retirer; Car s'il veut passer outre, on le tuë à la porte.
Le desespoir sanglant, capitaine inhumain, Sans jamais se lasser, tient les clefs en la main, Et ne l'ait rien entrer que du party contraire.
Tous pensers gracieux il en a sçeu bannir; Mes esprits seulement n'oseroient s'y tenir, S'ils n'estoient affligez et comblez de misères'.
< Imité d'un sonnet italien qui commence par cette strophe Già ninfa, or voce da le membra scos>a, E da la voce allrui conforme imago, Che tra riposte valli, d'aere vago Sol vai prendendo nuirimento e possa, etc.
* Imité d'un sonnet italien dont voici les premiers vers: E si foUa la schiera de' martiri, Che in guardia del mio petto lia posti Ainore, Che è tolto allrui l'entrare e l'uscir fuore, Onde si muoion dentro i suoi sospiri.
t: l.F.OMCK
XMX
A peine un doux printans conimenfoit à pousseï Le poil, au lieu de tleuis, au bas de mon visage, Quand, ainsi qu'un soleil sans nuë et sans ombra^^p, Vostre œil vint sa lumière ;i mon ame élancer.
Ses rayons gracieux, luisans sans m'offonser, Eschaufferent un tans doucement mon courage : Mais, comme il poursuivit plus avant son voyage, De mille feux ardens je me senty presser.
Alors vint mon esté, qui, las! encore dure. Dont le chaud fit mourir mon espoir en verdure. Sans que je puisse voir un seul de ses fruits meurs
Et croy que de tout point il eust séché mon ame, .N'estoit qu'incessamment je tempère sa flame Des vens de mes soupirs et des eaux de mes pleurs.
Je porte plus au cœur d'amour et de tourmens, Qu'on ne voit dans le ciel de luisantes images. D'eaux en mer, d'herbe aux prez, de sablons aux rivages, Qu'un siècle n'a de jours, qu'un jour n'a de momens.
Ma bouche n'ou\Te pas moins de gemissemens, Je ne celé en l'esprit moins de feux et d'orages, Mes yeux ne laschent pas moins d'humides nuages, Et moins mon estomach de brasiers vehemens.
Entre tant de sujets, de vaincus, de rebelles, Qu'Amour a fait gesner en ses Chartres cruelles, Je suis le plus maudit et le plus languissant.
Il a changé pour moy toute douce nature : Aux autres d'espérance il donne nourriture, Et de pur desespoir il ine va repaissant '.
Qu'avançé-je en l'aimant, sinon que je fay perte De moy, de mes soupirs, de mes pas, de mon tans? Helas ! que ne sont donc mes désirs moins constans,
Imité d'un sonnet italien qui débuie ainsi :
Xon lia tante, quant' io pêne e tormenli, .Stelle il ciel, l'aere augflli e pesci londe,] Fere i boschi. erbe i prali e j rami fronde, Giorni gli anni, hore i di, l'hore momenti.
20i CLEO MCE.
Sans qu'ainsy je m'élance à ma mort toute ouverte!
La douleur que pour elle en trois ans j'ay soufferte, L'ennuy séchant mon teint en son plus doux printans, A l'envy de ma foy mes douleurs augmenlaus, La pitié de son ame assez m'ont découverte.
J'ay tant versé de pleurs qu'un marbre en fust cave, Dessus un diamant mon mal j'eusse engravé; Et je n'avance rien, tousjours elle est cruelle!
Le propre d'un sujet sans le sujet ne faut, Le feu ne seroit feu s'il cessoit d'estre chaud, S'elle estoit sans rigueur ce ne seroit plus elle.
LU
Si la vierge Erygone, Andromède et Cythere, Astres pleins d'amitié, bénins et gracieux, Font le ciel plus aimable et l'embellissent mieux Que le noir scorpion, l'hydre et le sagittaire :
Pourqxioy ne changez-vous ce courage adversaire? Pourqiioy ne sont plus doux vos propos et vos yeux? Pourquoy, vous adorant, m'estes-vous si contraire? Pourquoy me rendez-vous malade et furieux?
Quand vous m'aurez tué pour vous avoir aimée, Vous serez par les dieux en astre transformée, Haineux, rouge de sang, d'orgueil et de fureur ;
Et tous ceux qui sçauront ma mort non méritée, Diront en vous voyant : 0 flambeau plein d'horreur, Tousjours des \Tays amans soit ta flame écartée !
LUI
Enfin, l'Amour cruel à tel point m'a rangé, Que ma triste dépouille en cendre est convertie; Et votre cruauté ne s'est oncq' amortie, Que mon cœur par le feu n'ait esté saccagé.
Au moins pour le loyer de m'avoir outragé. Faites ainsi que feit la royne de Carie, Kon par amour comme elle, ains pleine de furie : Beuvez le peu de cendre en quoy je suis changé,
La soif de me tuer s'éteindra dans vostre ame, Et ma cendre, qui couve une éternelle flame, Fera que vos glaçons se fondront tout soudain.
Mais ce qui plus rendroit ma douleur consolée, Seroit de me voir clos dans un tel mausolée. Fut-il onc monument si beau que vostre sain ?
CL£UML£. 9l)b
Ces pleurs tirez du cœur je t'offre en sacrifice, Pour fléchir ton courroux, Parque au cœur indonté. Las! pardonne à ma dame, et par ta cruauté ^e fay point que d'Amour la puissance Uniase.
Si tu desires tant d'exercer ton office, Passe moy de ton dard d'un à l'autre coslé Et de cette déesse espargne la beauté, Sans appauvTir nostre âge avec tant d'injustice.
Mais, si mon ardant cry ne te peut eschauffer. Et que, quoy qu'il en soit, tu vueilles ti-ionfer De sa grâce divine et de sa forme estainte,
Sans oster aux mortels leur plus riche omeracnl, llelas! contente-toy de frapper seulement Celle que dans le cœur je porte si bien painte '.