‹ uvres de Philippe Desportes (volume 4)Chapitre 95 sur 190 · POUR UN MAL D'YEUX · texte numérisé non relu

POUR UN MAL D'YEUX

Que je vous plains, «> mes beaux adversaires ! Astres divins, roys des cœurs et des yeux. Venus jalouse et le soleil des cieux «lâchent le jour de vos flammes si claire*.

L'aveugle enfant dont ma peine est venue, De son bandeau vos rayons tient couvers; Mais leur clarté luit et flambe au travers, Comme un éclair se fait jour par la nuê.

Phœbus, Amour ou Cyprine la belle De vos beaux yeux n'obscurcit la couleai" ; Non, c'est le ciel, touché de ma douleur. Oui veut punir leur mauvaistié cruelle.

Car sa faveur ne leur avoit donnée.

Tant de clartez, tant d'amours, tant d'appas. De traits, d'attraits, pour causer mon trespas. Brûlant une ame à vos loix destinée.

Repentez-vous, et, changeant de pensée, Soyez plus douce au cœur qui n'est qu'à vous ; Tout aussi-tost le ciel vous sera doux. Chassant le mal dont vous estes pressée.

0 ciel clément! si juste est ma prière.

Imité d'un sonnet italien qui commence par celte stropbe :

l'oi (■►■ !■•" '!•! =•>". " ■■• ■■ ^"t" si ardente, E, !'• '; ena.

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iOC r.LKOMCIÎ.

Guaiy &a veuê et luy blesse le cœur, Mesnie à ses yeux donne plus de lumière, A celle fin de mieux voir ma langueur.

La beauté de nostre ùge à nulle autre cyalée, Par qui le roy des cœurs son empire jnaiutient, Languit dedans un lict, et la cour désolée En crainte attend la fin du mal qu'elle soustiont.

Amour, que penses-lu? quel hois, (luolle vallée De Cyjire ou d'Ainallioiite en ce tans te lelienl".' Ne connois-tu, pauvret, que son mal t'appartient, Et que ta destinée en la sienne est meslée?

>'ous devons bien tous deux avoir l'esprit transi En ce courroux du ciel, qui nous menace ainsi De voir dés le matin no^lre clarté ravie.

D'autant que si ce mal d'elle est victorieux, Tu perdras ton empire et je pcrdray la vie : Car mon cœur et tes traits logent dedans ses yeux.

STANCES

In lin les dieux bénins ont exaucé mes ci is ! La beauté (pii me blesse, et qui lient mes espris

En langueur continué, Languit dedans un lict d'un mal plein de rigueur; Son beau teint devient palle, et sa jeune vigueur

l'eu à peu diminué, l'ius grand heur en ce tans ne pouvoit m' advenir; Une heure en son logis on ne l'eust sçeu tenir,

Elle eust fait cent voyages, Xixx festins, aux pardons d'un et d'autre costé, Et chacun de ses pas au cœur m'eust enfanté

Mille jalouses rages.

Pour le moins tant de jours qu'au lict elle sera .Nonchalante de soy, ma frayeur cessera ;

Car ceux qui me font crainte, b'approcher de son lit n'auront pas le pouvoir, Et peut-estre le tans qu'ils seront sans la voir

Rendra leur llamme esteinte.

Mais, las ! une autre peur va mon cœur désolant ! Je voy quelle afi'oiblit, et son mal violant

D'heure en heure prend ame :

La force luy défaut à si grande douleur, Les roses de son teint n'ont pas tant de couleur,

Ny ses yeux tant de llame.

rLLO.MLt. -20'

ÏÀi lùen! elle lUourra. M'en Taut-il touiiiienter .' lUeii de mieux en ce tans je ne puis souhaiter ;

Car s'elle m'est ra\i»*, El que pour tout jamais son œil me soit couvert, jlun cœur a tant ù'ennuis ne sera plus ouvert, Sa mort sera nn vie.

Jl- u'auiay plus l'esprit de fureurs mibrasé, .Mon lict ne sera plus si souvent arrosé,

Et la nuict solitaire Ne m'orra tant de fois les hauts cieux blasphémer, Ni la loydes destins qui me force d'aimer, Quand moins je le veux faire, "i tost que son beau corps sera froid et transi, ^ur le point de sa mort je veux mourir aussi,

La sentence est (.'onnée ; <:ai ma vie à l'instant de regret Hnira, <';i par glaive ou poison du corps se bannira Mon ame infortunée.

Avec ce dernier acte à tous je feray v.jir Oue moy seul, »mi vivant, meritoy de l'avoir

Pour mon amuur fidelle :

r^r de tant de muguets, qui l'aiment feintement. Je suis seur que pas un, fors que moy seulement. Ne se tùra pour ell^. Tous mes maux prendront cesse en cecoiumun iii-m-. J.' ne douteray * plus que jamais icy ba>,

"^on cœur de moy s'estrange; ht j'aime trop mieux voir nostre mort anivti Que, si vivans tous deux, je m'en voyois priver Par un malheureux change.

0 mort, haste-loi «ioiic! fay ce coup glorieux, Kl de ton voile obscur couvre les plus beaux yeux

Que jamais fit nature :

Sépare un clair esprit d'un corps paifait et beau. Tu mettras avec elle Amour et son flambeau Dedans h sépulture.

Lasl en parlajit ainsi, je sens soudainement In spasme, une foiblesse, un morne estonnemenl.

Qui pallit mon visage ; Ma langue s'engourdit, mes yeux sont pleins d'horreui ; î^iis en moy revenu, despitant ma fureur, De ces mots je m'outrage :

0 méchant que je suis, ingrat et malheureux ! Je ne mérite pas d'estre dit amoureux,

iOw CLEUMCE.

J'iiy l'aïue Uup cruelle :

(Chacun veut de sa dame allonger le destin, tl nioy je fay des vœux pour avancer la lin D'une qui m'est si belle.

Il faut bien que la rage ait pouvoir dedans moy, Et qiae le troublement, qui nie donne la loy,

Soit d'une eslrange sort£, Ouand, vivant tout en vous, o mon mal bien-aimé! N'ayant jour que de vous, par vous seule animé, Je vous souhaite morte.

Mais plustost les hauts cieux. et tous les élemens, Voient remis pellc-melle en confus broùillemens,

Le sec avec l'humide .

l'uissent tous les humains sans remède finir, Ains que je voye. helas! vostre mort advenir, 0 ma belle homicide! Il est vray que pour vous j'ay beaucoup enduré, J'ay porté le regard et l'esprit égaré,

J'ay eu la couleur sombre :

J'ay pleuré, j'ay crié, mais souvent sans raison, Car j'esloy si troublé de jalouse poison. Que je craignoy mon ombre, l'uis quand tous ces soucis pour vous m'iroient suivant. Encore aux ennemis on pardonne souvant,

Quand leur fin est prochaine; Joint qu'un trait de vos yeux doucement élancé, Et vos propos si doux m'ont trop recompensé De tant et tant de peine.

0 dieux, qui d'icy bas les destins gouvernez, Et qui des supplians les malheurs destournez,

Oyez ce que je prie!

Rendez saine ma dame avec un pront secours, Et, s'il en est besoin, retranchez de mes jours Pour allonger sa vie.

Et toy, dieu cynthien, qui fais tout respirer. Si dés mes jeunes ans on m'a vu t' adorer,

Viens alléger ma dame; Chasse au loin sa langueur, rens luy son teint vermeil ; Soleil, tu aideras à cet autre soleil.

Qui esclaire en mon ame.

Que ne suis-je endormy durant l'obscure nuict. Qui retient mon aurore et la cache à ma vue ! 0 plaisir peu durable ! ô douleur mal prévue !

r.LKONICE.

(!i^rf«"»5 l'hourdes humains cumrae un songe s'enfuit.

L'image de ma porte en tous lieux me poursuit, Et du plaisir passé le souvenir me tuê. Las ' divine beauté, qu'esles-vous devenue? Je suis par voslre éclipse en ténèbres réduit.

Je ne S4;ay que je fay, je ne sçay que je pense ; Si fay, je pense en vous, dont l'ennuyeuse absence Me laisse accompagné de regret et d'esmoy.

Sans cœur, tans mouvement, transi, muet et blesme, Revenez donc, mon tout, pour me rendre à moy-mesme; Cnr, on vous esloignant. vous m'ostastes à moy.

LYII

Dl rREMIER JOUR n'oCTOBRE.

Amour, s'il t'en souvient, c'est la troisième année, Le jour mesme et le point qu'à toy je fus soumis, Et que le beau désir d'un bien qui n'est permis Rendit ma liberté de nouveau r'enchainée.

Ilelas! à quels travaux ma vie est condamnée ' Je semé au vent mes cris, sans espoir je gémis, les yeux trop désireux, ce sont mes ennemis. Ma nef sans gouvernail s'égnre abandonnée.

Dieux ! qu'une grand' beauté de grands maux me causa ! Mon sang se gela tout, mon esprit s'embrasa. Je perdy la raison, la force et le courage;

Je devins papillon à ses yeux me brûlant, Je vescu salemandre en feu si violant, Et fus caméléon à l'air de son visage.

C.-^, ù maudite main! cesse, esprit insensé 1 Trop pronts à mes malheurs, d'inventer et d'écrire, Puis que l'œil qui me tient esclave à son empire. De vos labeurs s'offense et se rend courroucé.

Ouand des llammes d'Amour je seray trop pressé, S'il faut pour n'estouffer qu'en mes vers je soupire, Plaignons tant seulement l'aigreur de mon martire, Et taisons de tout point celle qui m'a Liesse.

Encor, pour n'irriter cette fiore déesse, La niiict, seul à mon lict, j'oiivriray ma tristesse, Fscri\ant et tirant de mes yeux maint ruisseau ;

Et c? lict, seul témoin de mes maux incurables,

210 CLEONICE.

Sera de tant d'escrits, mes enfans misérables, Tout en un mesme tans la tombe et le berceau.

Puissent tousjours durer les ennuis si cuisans, Dont ma bouche aux regrets sans relâche est contrainte, Puis qu'il semble à mon ame, en cent chaînes estrainte, Que sa rame et ses fers n'en sont pas si pesans.

La nuict est ma lumière, et mes jours plus luisans. Ce sont tristes horreurs, pleines d'ombre et de crainte; Mon repos gist à faire une éternelle plainte. Et les lieux de plaisir me sont tous déplaisans.

Ne me laisse donc point, ô dolente pensée! Renais ainsi qu'une hydre en mourant renforcée, tt ne souffre mon œil de larmes s'épuiser.

Car d'ennuis et de pleurs sans plus je me contente. Le soupirer m'est paix : aussi c'est mon attente, Que l'extrême soupir seul me doit appaiser.

Vers, engeance maudite, ingrate à vostre maistre, Qui serviez d'affoler mon esprit langoureux, Et qui par vostre son, plus ou moins douloureux, Faisiez de mon estât la fortune connoistre ;

Puis que des ceps d'Amour la raison me dépeslre, Et le pouvoir tyran d'un œil trop rigoureux. Vous serez la victime, ô mes vers malheureux ! Pour offrir au démon, qui libre me fait estre.

Amour, au lieu du creur qui t'estoit immolé. Tien, brûle ces papiers ; tu l'as assez brûlé ! Passe icy ton courroux, je t'offre ame pour ame.

Ils sont enfans du cœur, respirans et vivans, Et ne font qu'estonner tes fidelles servans. Se plaignant sans cesser des rigueurs de ta flame.

Puis que tous les malheurs sont pour rnoy destinez. Puis qu'avec le desdain ma constance est forcée, Puis que ma foy se voit d'oubly recompensée. Et mes yeux pour jamais à pleurer condamnez.

Je te sacre, ô Vulcan ! ces vers infortunez, Ceste main malheureuse et ceste ame insensée. Vange-moy de moy-mesme, et ta llamme élancée

CLEO.MCE. 9^1

Fasse que prontement ils soient exterminez.

Mais je me doute fort que cf's vers et ceste anie. Accoustumez au feu, ne craignent point ta flanie! Et que tous tes efforts n'y proûtent de rien.

Brûle sans plus les vers et la main malheureuse, Dieu Vulcan, si tu peux; quant à lame amoureuse, Laisses en faire Amour, il la brûlera bien.

Je yerray par les ans, vendeurs de mon martire. Que l'or de vos cheveux argenté de\-ipndra, Que de vos deux soleils la splendeur s'esteindra, Et qu'il faudra qu'Amour tout confus s'en retire.

La beauté qui, si douce, à présent vous inspire, Cédant aux lois du tans, ses faveurs reprendra ; l.'hyver de vostre teint les fleurettes perdra, Et ne laissera rien des thresors que j'admire.

Cet orgueil desdaigneux qui vous fait ne m'aimer. En regret et chagrin se verra transformer, Avec le changement d'une image si belle.

Et peut estre qu'alors vous n'aurez déplaisir De revivre en mes vers, chauds d'amoureux désir. Ainsi que le phénix au feu se renouvelle.

C^ut fois tout counoucé de voir que mes escris N'ont peu rendre à m aimer vo=tre cœur plus facile : Jetions, ce dy-je, au feu cet ouvrage inutile. Aux destins de .son maistre il doit estre compris.

Puisque tanl de labeurs, de soupirs et de cris, Tous ont esté semez en terroir infertile, J'en veux brûler l'histoire et sui\Te un autre stile. Ce n'est que trop chanté d'Amour et de Cypris.

Vostre injuste rigueur me pousse à cet outrage; Mais de les mettre au feu je n ay pas le courag*e,' Voyant vostre beau nom en mille endroits seiné.'

Donc qu'ils restent vivans, puisque la mesme tlame Feroit aussi mourir les honneuis drr ma dame. Il suffit que sans eux je sois seul consommé'.

« Irniié d'un sonnet itaUen qui commence par celle strophe : S' alçuna volta avien ch' io ard» r lent»; Le rime mie, che sema ha ver giovalo A poire in voi pielà, m' hanno dcquistato. nu «he rama futura, odio présente.

)]^ CLEO.MCE.

Le serain de mes jours commence à se troubler. Mon esprit délivré retourne à la contrainte, F.t lamoureuse ardeur, que je pensois estainte, Reprend nouvelle vie et se veut redoubler.

Pren garde à toy, mon cœur, mets peine à rassembler Ta raison qui ségare et fait place à la crainte; Tourne ailleurs les désirs, sans qu'une œillade fainte De tant de vrays ennuis vienne plus te combler.

>e te rembarque point sur une mer de larmes, Meurs plus tost au combat que de rendre les armes, Et que le seul desdain ail pouvoir dedans toy.

Las! je le veux assez, j'y consens, je l'approuve. Je ne sçay quoi pourtant de plus puissant se trouve, Qui derechef m'enchaisne et me donne la loy.

Chercher depuis trois jours à vivre en solitude, Me cachant de tous ceux que j'aimoy paravant ; Rêver lorsque je parle et soupirer souvant, Et des livres d'amour faire ma seule estude ;

La nuit, me plaindre au lict que la plume est trop rude, Accuser le soleil si lent en se levant. Fonder mille desseins sur le sable mouvant. El n'abhorrer plus tant le nom de servitude ;

Repenser cent fois l'heure un semblable penser, Pour les ombres du faux la vérité chasser, Me plaindre et ne sçavoir qu'aucun mal je soutienne ;

Trouver comme un nectar mon pleur délicieux, Et n'avoir qu'un image en l'esprit et aux yeux, Font signe encore en moy de la flamme ancienne.

Beaux yeux, par qui l'Amour entretient sa puissance. Qui vous juge mortels se va trop abusant. Si vous estiez mortels, vostre esclair si luisant Ne me rendroit pas dieu par sa douce influance.

Donc vous estes divins, et tirez vostre essance De l'éternel Amour, l'univers maîtrisant. Aîais d'où vient, s'il est vray, vostre feu si cuisant.' r.nr ce qui vient du ciel ne peut faire nuisance.

Voilà comme en l'esprit de vous je vay pensant.

CLtu.MCE. il5

F'uls en fin je resouls que le ciel tout puissant Vous a faits ainsi beaux, clairs, fiers et pitoyable»»,

Non pas que l'àge ingrat mérite de vous voir, Mais afin de monstrer qu'il a bien le pouvoir De former des soleils plus que l'autre admira). les.

Vrais soupii-s, qui sortez de la flamme cruelle Dont mon cœur amoureux est ceint de tous costez. Allez, et de vostre air chaudement évantez Ce beau sein où la neige en tous tans est nouvelle.

Faites par vostre ardeur que le froid se dégelle, Oui nuit au doux printans de ses jeunes beautez, Et puis d'un petit bruit bassement lui contez Combien de fois le jour je vais mourant pour ell^^

Vous luy direz ainsi : Soslre esprit enllamé ^ort du feu de vos yeux dans un cœur allumé; 11 est vostre, madame, et rien ne peut l'estaindre.

Pourtant recevez-nous. — Lors, entrans peu à peu, Faites tant qu'à la fin elle brûle en son feu, Et comioisse à l'essay si j'ay tort de me plaindre '.

Que d'agréables feux, que de doucexu's araeres Retire en mon esprit vostre œil, mon beau vainqueur! Cypre, Paphos, Eryce, .\mathonte et Cytheres Ne logent tant d'amours que j'en ay dans le cœur.

Je veux mal aux destins, dont les loix adversaires M'ont si tard fait sentir vostre aimable rigueur ; i.e tans vescu devant ne m'estoit que langueur. Et mes plus clairs objets des horreurs solitaires.

A cet heur maintenant bien que tai-d destiné, Je nie vante entre tous l'amant plus fortuné, Et pourveu que le sort ne rompe mes liesses.

Gardez pour vous le ciel, S3inte troupe des dieux, Beuvez vostre nectar, caressez vos déesses ! Mortel, je ne seray sur vostre aise envieux,

' Imité d'un sonnet italien qui commence par ces vers :

Ilene, ô miei sospir, ch' accesi in quella Fiamma aniorosa siete, ù vive il core, Di cui non so se in alu-o amante Amore Più degiia accese, o più suave, o beila.

21i t-LEOMCE.

Ma belle et cliei'e mort, pourquoy me luez-vous, Doutant contre raison de ma foy pure et sainte? Helas ! c'est moy, mon cœur, qui seul dois avoir crainte, Quand je vois vos beautez admirables de tous.

Tant d'amours, tant d'attraits, rigoureusement doux, Ce teint, ce ris, ce front où la grâce est emprainle, Et ces beaux nœuds châtains, dont si ferme est l'étrainte, Sont assez de sujets pour me rendre jaloux.

Laissez-moy donc tout seul avaller ce bruvage, Et croyez qu'en l'esprit je n'ay que vostre image. Je la sers, je l'adore, àioule heure, en tous lieux.

Je jure vos beautez et vos grâces parfaites, Que je ne suis plus rien que tel que vous me faites Et que je vy sans plus comme il plaist à vos yeux.

CHANSON

Helas ! que faut-il que je fasse Pour monstrer quel est mon amour, Quand brûlant pour vous nuict et jour, Vous pensez que je sois de glace ?

Afin d'avérer toute fainte, Ouvrez mon cœur que vous avez, Et mes vœux plus ne recevez Si dedans vous n'estes emprainle.

Mais, pour y graver autre image, Le trait d'Amour n'est assez fort :

Elle y sera jusqu'à la mort, Et plus, s'il se peut davantage.^

Mes désirs de vous prennent vie, Et cet heur les rend glorieux ; Asseurez moy de vos beaux yeux, Amour et Venus je deffie.

11 a bien fallu, ma déesse, Que mon cœur fust de diamant.

Pour durer au feu vehemant Et aux coups de vostre rudesse.

Non, il n'en est point sur la terre Qui garde en l'esprit tant de foy; Je n'ay rien fragile de moy, Que mes courroux qui sont de veire.

(LEO.MLE. Îi5

Vous m'avez tant appris à languir niiserablp, Je suis à vos courroux si fort accoustumé, <Jue, quand aucunes fois vous m'estes favorable, ie ne puis m'asseurer d'eslre de vous aimé.

3Jon cœur tremble tousjours, bien qu'il soit enflamé Et qu'il brûle en liyver d'une ardeur incroyable; Ma foy, comme mon mal, en tous tans est durable, Mais des ailes d'Amour rnon bien est emplumé.

Les heures sans vous voir me sont longues années, les ans que je vous voy me sont courtes journées, Prez et loin toutesfois je meurs d'affection.

Je pleure et suis contant, je m'asseure et soupire, Ne s<;achant que je veux, je sray que je désire. Et l'heur comme l'ennuy me donne passion.

Se fascher des propos d'un amant courroucé, A qui l'accez du mal fait tenir ce langage; Et prendre garde à luy comme s'il estoit sage. Monstre que vostre esprit d'amour n'est point blessé.

Las ! nostre égal désir en vous estant cessé, Tousjours plus ardamment me dévore et saccage ; Et c'est ce qui m'affole et me comble de rage De voir vostre cœur libre et le mien enlacé.

Encore, au lieu de m'estre et douce et salutaire. Vous mettez sans pitié le feu dans mon ulcère. Et contre un furieux vous entrez en courroux.

Las ! par trop vous aimer j'ay cette frenaisie ; Tousjours l'excez d'amour se change en jalousie. Quand j'aime tièdement, je ne suis point jaloux.

Las! tempérez un peu ce despit embrasé, <iui fait naistre en mon cœur tant d'émeutes soudaines Les fiertez de vostre œil ne sont moins inhumaines Que douce est sa lueur, lors qu'il est appaisé.

Quel serment, non de pleurs, mais de sang arrosé, l'eut rendre en vous servant mes paroles certaines, l'uis qu'avec tant de foy, de constance et de peines. Vous croyez que mon cœur soit traistre et déguisé?

Si j'aime autre que vous, qu'en vivant je languis»e,

216 tiLEOiNICK.

Et qu'après mon trespas le plus cruel supplice

Qui soit dans les enfers semble trop doux pour moy.

Las! je n'aime que vous, ny ne le sçauroy faire : Soyez donc aussi pronte à guerdonner ma foy, Comme voslre rigueur fut pronle à me desfaire.

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