‹ Œuvres de Philippe DesportesChapitre 1 sur 259 · ROE VOLTAIRE, 4-G · texte numérisé non relu

ROE VOLTAIRE, 4-G

J Lorsque après avoir quitté Dampierre et marché pendant un ^uart d'heure on laisse sur la gauche le village de Senlisse, aliigé comme un ruban au pied de la colline, on arrive bientôt une gorge, où une petite rivière se précipite de rochers en rochers. Avant de former ces cascatelles, sous des arbres cente-

iiiaircs, elle traverse plusieurs étangs considérables, que l'on

' pourrait, jusqu'à un certain point, nommer des lacs. Ils occupent en partie une grande vallée, dont les pentes montrent çà et

' là des blues de grés môles  la verdure. On l'appelle les Vaux de Cernay, la petite ville de Gernay, construite sur un plateau, dominant son extrémité orientale. Au bord de la seconde nappe d'cnu que l'on rencontre, se dressent les ruines d'une antique abbaye. Fon église spacieuse a pei'du ses voûtes et son transsept; mais la nef encore debout, protégeant plusieurs files de peupliers, découpe sur l'azur du cieLses fenêtres vides, où murmurent tous les vents. Une aile de l'habitation destinée aux religieux subsiste aussi, mais transformée en maison de campagne.

Ce monastèie eut pour supérieur Philippe Desportes, qui eu toucha au moins trente ans les revenus, car la fortune ne fit pas la prude envers lut et le combla tout jeune de ses faveurs. Quelques strophes bien senties, dans lesquelles il peint les beau-

\ tés des champs, lui furent sans doute inspirées par les sites d'à-

j lentour, les plus pittoresques, les plus frais, les plus accidentés que Ton trouve aux environs de Paris et qui devaient, pendant

I le seizième siècle, offrir un aspect bien préférable encore, avec

I PHILIPPB DBSPORTES.

eurs forêts antiques, leur population moins nombreus

:harme de leur grâce inculte.

A trois lieues environ àe là, sur un promontoire formé } plateau de Cemay, on aperçoit le château de Bévilliers, Trant de son parc tout le mamelon, comme d'un mante verdure. Thibaut Desportes, fn're du poète et grand audii de France S y passait les beaux jours et empruntait à c maine le titre qu'on lui donnait habituellement dans le m où chacun l'appelait le sieur de Bévilliers. Le Hurepois offire donc les traces palpables du séjour de cette famille, ti gnages que l'on aime à retrouver, car l'honune s'évanouit c( un songe; après un laps de temps très-court, on examine intérêt les dernières preuves qui attestent la réalité de son tence. Le Hurepois confine d'ailleurs à la Beauce, où les frères avaient vu le jour, aussi bien que lem' céU^bre n Mathurin Régnier.

Tous trois étaient nés au centre même de la province, di ville de Chartres. En 1546, Tharmonieux poète débuta, c( un simple mortel, par les cris perçants dont nous avons l vilége d'assourdir les témoins de notre arrivée en ce bas n* Son père, Philippe Desportes, et Marie Edeline, sa mén légalement, appartenaient à la petite bourgeoisie. Despo longtemps passé pour un enfant de l'amour : les auteur Gallia ChrUtiana l'avaient rangé par méprise dans cett clandestine *. Dreux du Radier combat victorieusement ' reur au début de son article sur notre poète, inséré Conservateur du mois de septembre 1757. Le témoignagf lemant des Réaux, que l'on ne connaissait pas au dixsiècle et qui fut imprimé pour la première fois en 1834, depuis confirmer l'argumentation du critique.

Cependant l'assertion des bénédictins n'est peut-être p; ment fausse. D'après une tradition conservée dans unf ftmille bretonne, ce ne serait pas lui, mais son père venu au monde par contrebande. Cette famille Def Des Portes, car on trouve son nom écrit en deux mo seul, habitait la vicomte de Rohan. Son plus anci' connu est Guillaume Desportes, écuyer, compagnon

* Officier de b chancellerie, chargé des rapports.

« Voici le passage de la GalUa Christiana : a PkiUppui Det çiMS, filins nothMS PUlippi Detportes, cleriei Carnolensts, et ' T}iOlomagenm' « (l'hilippe Desportes, poêle du roi, fils b' Desportes, clerc de Chairtres, et de Marie de Laiire, rouer p. 1169.

PHILIPPE DE6PORTB8. VU

clin pendant son enfance et pendant toutes ses guerres : il dut sa fortune au célèbre capitaine et en reçut un legs de cent écus d'or. Son frère occupait un siège épiscopai. Guillaume portait d'argent aux trois coquilles de sable, deux et une. Dans le cours du dix-septiéme siècle, la famille s'établit au Mans. Ses papiers ayant été détruits h Tépoque de la Révolution, elle ne peut appuyer d'aucun acte décisif ses prétentions à une alliance naturelle avec le poète; mais elle revendique cet honneur par suite d'une tradition orale, que de nouveaux renseignements confirmeront peut-être un jour ' .

La fortune devait avoir a^sez bien traité les parents de notre auteur, car ils purent faire donner une éducation sax'ante à leurs deux (Ils,. quoiqu'ils eussent en outre six Ailes*. Une de ces filles, Simone Desportes, fut épousée par un bourgeois de Cliartrçs, un notable, puisqu'il était éclievtn, et elle mit au monde lo poète Régnier.

Après l'achèvement de ses études, Philippe entra chez un procureur de Paris. Le jeune clerc montra dés lors cette humeur galante, qui devait lui inspirer presque toutes ses poésies. L'homme de loi possédait une jolie femme, que ne tardèrent point à émouvoir les œillades de Desportes. 11 griffonnait peutêtre aussi des vers pour elle, car il fut tenté de bonne heure par le démon poétique \ Mais le gratte-papier remarqua leur penchant mutuel, et, un jour que son auxiliaire était allé en course, il fit un paquet de ses bardes, nous dit Tallcmant des Réaux, les pendit au maillet de la porte qui fermait l'allée de son habitation, et mit auprès un avertissement ainsi conçu :

« C'est Pespêrance de M. Femand Desporles, avocat et docteur eu droit, le plus jeune représentant de celte famille.

* Dom Liron, dans sa Bibliothèque charlraine, prétend que Philippe avait un- sewnd frère, nommé Joachiui Desportes, et lui attribue un DUcours tommaire du règne de Charles IX, de sa mon et de ses demtires paroles, imprimé i Paris l'an 157V, in-8. Il est le seul écrivain qui parle de ce frère ; Tallemant des Réaux ne le mentionne pas. La ressemblance des noms de famille a trompé le bénédictin, et Nicwon l'a réfuté dans ses Mémoires pour servira rUistoiredes hommes illustres, t. XXV. Ce Joacbim n'avait aucun lien de parenté avec notre poûte.

3 Un homme qui l'avait connu intimement l'atteste de a matière In plus positive:

Si qu'encores enfant des vers il façonna, Bt de sa docte voix im chacun étonna.

Si loin par son savoir il devançoit son Age( De sa grandeur future infaillible présage.

Toyei,àIafinduvolume, le Tombeau de Désporles, par le sieur Jacques de ■oatereul.

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