‹ Œuvres de Philippe DesportesChapitre 115 sur 259 · M ELE«1E · texte numérisé non relu

M ELE«1E

Ce jour de mon malheur fiit la cauae première. Je tremble en y pensant, quand tous, bdle gueiriera^ Tenant un trait en main, et portant dans les yeux Tous les flambeaux d'Amoiu*, qui consomment les dieux. Vous choisistes mon cœur pour butte et pour adresse, Et me dites, riant : II faut que je vous blesse.

Ce mot n'estoit flny que le trait fut lasché, Et l'Amour qui le vit, dans vos yeux embusché. Pour mieux marquer le coup fait d'une main si belle. Tira cent flesches d'or en ma playe nouvdle; Puis il y mit le feu pour plus me tourmenter, Voulant qu'autre que vous n'eust pouvoir de Foster. Las! cette vive ardeur, qui point ne diminué. Me tient impatient en ûévre continue, Qui m'esmeut, qui me trouble et qui me fait rêirer, Et ne puis à mon mal aucun secours trouver; Car de vous seulement ma guarison procède. Et je crains vous prier de m'y donner remède.

Au moins s'il ne vous plaist mes langueurs secourir^ Ne refusez, madame, en me voyant mourir De croire que ma peine a de vous pris naissance. Et que vous me tuez sans avoir fait offance. Quand je sçauray pour vray que vous le connoisaei. Je tiendray mes travaux assez recompensez. Et me resjouyray de voir finir ma vie, Pour vous donner plaisir et vous rendre servie. Mais ce m'est un regret plus dur que le trespas. De voir qu'en me tuant vous ne le croyez pas; Ou, si vous le croyez, monstrez de iCen rien croire, De crainte que ma mort ne tache votre gloire, Ou de peur qu'à la fin vostre cœur endurcy, Touché de mes douleurs, ne se rende adoucy.

Vrayment quand vous seriez d'une roche sauvage, Si vous voyez mon cœur, ainsi que mon visage, Meurdry, couvert de sang, percé de toutes parts. Au milieu d'un grand feu qu'alument vos regards, Reconnoîssant dessus vostre figure empreinte. Vous seriez (j'en suis seur) de soupirer contrainte, Et, chassant mes douleurs par un doux traitonent. Vous me rendriez, madame, heureux parfliiitement. Lors vous auriez honneur par ceste expérience, Monstrant de vos beautez l'admirable puissance, Egale aux plus grands dieux, qui ont entre les mains L'hour, le malheur, la vie et la mort des humains. Madame, s'il vous plaist de me rendre la vie. Que vos yeux foudroyans d'un seul ooap m'col ncnB,

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Vous (enk Toir en moy, par ce divin effbrt, Qae vous pouvez donner et la vie et la mort.

ELEGIE XII

Que doit faire un amant comme moy misérable» Blessé dedans le cœur d'une playe incurable. Et brûlant peu à peu sans espoir de secours, Sinon tousjours se plaindre et soupirer tousjours? Ainsi comme je fais en vous servant, madame, Car je pers mes soupirs où j'ay perdu mon ame. Et me plains sans cesser du mal que je reçoy, Depuis qu'estant à vous je ne suis plus à moy.

En hyver, en esté, sans relasche, à toute heure, Soit de nuict, soit de jour, désespéré, je pleure, Voyant que mon malheur ne peut-estre évité. Et me deuls bassement de vostre cruauté : Mais ce m'est deshonneur qu'en ma peine excessive Je me plaigne de vous, qui faites que je vive. Et d'une passion qui me plaist tellement. Que quand j'en suis privé je souffre doublement. Car j'ay tant de plaisir, alors que j'imagine Que toutes mes douleurs ont de vous origine, Que ce doux souvenir, qu'on ne peut estimer. Me fait en mes travaux bien heureux reclamer.

Ce seroit donc en vain que j'aurois espérance D'échapper quelque jour de vostre obebsance. Puis que de ma prison vient ma félicité, Et que j'aime plus fort plus je suis tourmenté. Helas! je le sçay bien qu'il ne faut que j'espère D'échapper de vos fers, quoy que je puisse faire ! Le ciel à vous servir m'a trop prédestiné. Ne m'accusez donc point que je sois obstiné. Si j'aime ardantement une ame si rebelle; Blasmez plustost le ciel qui vous a fait si belle, Que le seul souvenir de mon hautain penser Fait que de mes travaux je ne me ^luis lasser. Car au plus fort du mal ce penser me conforte. Que c'est pour vous aimer qu'à tort je le supporte. Lasl s'il n'estoit ainsi, j'ay si fort enduré, ^

Depuis que de mon œil le vostre est adoré Et que dans mon esprit je porte vostre image, Qu'il y a jà long tans que mon triste courage (Bien que ferme et constant) ailleurs se ftist rangé. Et que U desespoir mon désir eust changé.

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