LIVRE I
Mail si, par mon malheui' trop cruelle et trop flere, Vous ne vous fléchissez au son de ma prière, Sans plaisir, sans confort, triste et désespéré. Je veux blasmer le ciel contre moy conjuré. Et maudire ma vie, où tout malheur abonde, Prenant congé d'Amour, le seul bien de ce monde. Car que me servira que je sois redouté, Que j'aye en mon printans maint effort surmonté. De m'estre veu le chef de si grandes armées, D'avoir des ennemis les campagnes semées, D'estre échappé vainqueur de cent mille dangers, D'estre le seul effiroy des princes estrangers, D'un roy si généreux avoir pris ma naissance, Courageux, indonté, d'invincible puissance ; Avoir dessus mon front semé tant de lauriers. Avoir jeune arraché la palme aux vieux guerriers. Jusqu'au plus haut du ciel planté ma renommée. Que le tans ny la mort ne rendront consommée. Bien voulu d'un chacun, bien craint, bien estimé. Si de vous seulement je ne puis estre aimé. Et si vous refusez de m'estre favorable? La grandeur sans amour est chose misérable.
J'aimeroy beaucoup mieux estre né bassement. N'avoir point tant de cœur, ny tant de sentiment, Que mon esprit fust lourd et mon ame pesante, Ma douleur pour le moins ne seroit si cuisante; Car plus un homme est grand et de gloire animé. Plus chaud est le brandon qui le rend consumé ; Et le mal qui le presse est beaucoup plus terrible Que celuy du commun, qui est presque insensible. Puis je croy fermement qu'Amour victorieux A des flèches à part pour les rois et les dieux. Et ne sçauroy penser que les grands il surmonte, Comme le peuple bas, dont presque il ne fait conte. Las 1 de ses traits choisis mon cœur est traversé, Il a tout dedans moy son carquois renversé; Je suis sa trousse mesme et sa chaude fournaise ; Vos yeux et mes pensers en nourrissent la braise, Dont mon cœur languissant sera tost dévoré. Si par l'eau de pitié ce feu n'est modéré. Car, le voulant couvrir d'une froide apparence, Par ma discrétion j'accrois sa violence; De vous voir bien souvent ne faisant pas semblant, Quand je suis tout en feu feignant d'estre tremblant, Et me monstrant joyeux en ma douleur cmelle, Seul entre tous les grands qui mes amours rec^e.
i80 KLEGiES.
Car eux communément au lieu de les celer, Trouvent mille sujets pour en faire parler, Où moy je les contrains et les cache en mon ame, Aimant mieux endurer que de nuire à ma dame, Et ne voulant qu'un peuple ignorant et sans loy Coimoisse mes désirs et babille de moy.
Ceux qui sçavent comment à part je me retire, Que je me plais tout seul, que j'aime tant à lire Les passions d'Amour, ses effets rigoureux, Jugent tout aussi tost que je suis amoureux. Ils le disent assez, mais ils n'ont connoissance Que vous me reteniez en vostre obéissance, Tant je sçay bien couvrir mon désir violant. Qui, las! croist d'autant plus que je le vay celant! Mais j'aime mieux souffrir une douleur plus forte. Que mon allégement quelque ennuy vous apporte; J'aime mieux me priver du beau jour de vos yeux, Fuyant ce que j'adore et que j'aime le mieux, Car j'ay ce reconfort, qui mon mal diminué. De penser que ma foy par-là vous soit connue. Et que la vérité de mon affection Se découvre aisément par ma discrétion, Qui est de fermeté le plus seur tesmoignage; Jamais homme discret ne sçeut estre volage.
ELEGIE XVIII
Celuy n'avoit d'Amour essayé la puissance. Qui le lit un enfant privé de connoissance. Ouvert, sans fiction, sans yeux, sans jugement, Aussi nu de conseil comme d'accoustrement ; Car, pour rendre une amour étemelle et secrette, Trompant les aiguillons de la tourbe indiscrette, 11 faut avoir des yeux, estre sage et rusé. Et se masquer le cœur d'un propos déguisé. Qui paroisse sans art, entier et véritable, Autrement une amour ne peut estre durable.
Ceux le sçavent assez qui, craignans les dangers Qu'apporte un haut désir, par leurs yeux messagers Font entendre à leur dame, à secrettes volées, L'ardeur et la grandeur des flammes recelées; Et par tout autre part déguisans leur tourment, Monstrent de n'aimer point, discourent librement; Et souflrans sans mot dire en longue patience, Attendent que le tans leurs douleurs récompense.
tlVRK 1. 281
Et qu'ils puissent un jour, pleins de félicité,
Remonstrer sagement ce qu'ils ont mérité.
Mais il est mal aisé que leurs tristes pensées.
Ou de leurs yeux légers les œillades lancées,
Ou quelque chaud soupir par mégarde lasché,'
Ne découvre à la fin ce qu'ils avoient caché. Qui veut donc receler une amoureuse flame,
H faut qu'en adorant sa déesse en son ame,
11 feigne aimer ailleurs, et le feigne si bien,
Que le peuple s'abuse et n'y connoisse rien ;
Non le peuple sans plus, mais la dame empruntée
Doit estre tellement par sa feinte enchantée.
Par ses brûlans soupirs, par ses mots déguisez,
Et par ses yeux trompeurs de larmes arrosez.
Qu'elle afferme en son cœur qu'il ne se sçauroit faire,
Qu'une Venus nouvelle à soy le peut attraire. Celuy qui sagement ainsi se peut former.
Déguisant sa pensée, est seul digne d'aimer.
Las! je mérite donc d'aimer toute ma vie!
Car je sçay décevoir la malice et l'envie
Par fausses passions, je sçay bien soupirer,
Je sçay de mes deux yeux deux fontaines tirer,
Pour fléchir la rigueur d'une feinte maistresse ;
Je sçay faire le triste, accusant sa rudesse.
Tenir les yeux en bas de mes pleurs tous lavez.
Et monstrcr que ses mots dans mon cœur sont gravez;
Drcf, je puis à bon droit me donner cette gloire
Que, quand j'ay feint d'aimer, je l'ay peu faire accroire.
Mais ce qu'il faut douter, ce chemin poursuivant
Avec tant de labeurs, c'est que le plus souvant
La déesse en nos cœurs saintement adorée,
Pour loyer de la peine en feignant endurée.
Juge tout autrement de nostre volonté,
Et prend la fiction pour une vérité,
Si bien que cette amour sagement commencée
Par une impatience est souvent délaissée.
Madame, en qui le ciel libéral a posé Tout ce qu'il reservoit de rare et de prisé. Estant serf de vos yeux, je ne dois avoir crainte Que vous pensiez jamais mon amour estre fainte. Car si le plus souvent je feins ne vous voir pas, Si, craignant vous trouver, je tourne ailleurs mes pas. Si je n'ose en mourant vous conter mon martirCi Si prés d'une autre dame esperdu je soupire, Si je dy que je meurs blessé de sa beauté, Si le peuple me juge ardamment agité.
i80 KLEGlEà.
Car eux communément au lieu de les celer, Trouvent mille sujets pour en faire parler, Où moy je les contrains et les cache eo mon ame, Aimant mieux endurer que de nuire à ma dame, Et ne voulant qu'un peuple ignorant et sans loy Connoisse mes désirs et babille de moy.
Ceux qui sçavent comment à part je me retire, Que je me plais tout seul, que j'aime tant à lire Les passions d'Amour, ses effets rigoureux, Jugent tout aussi tost que je suis amoureux. Ils le disent assez, mais ils n'ont connoissance Que vous me reteniez en vostre obéissance, Tant je sçay bien couvrir mon désir violant, Qui, las! croist d'autant plus que je le vay celant! Mais j'aime mieux souffrir une douleur plus forte. Que mon allégement quelque ennuy vous apporte; J'aime mieux me priver du beau jour de vos yeux, Fuyant ce que j'adore et que j'aime le mieux, Car j'ay ce reconfort, qui mon mal diminué, De penser que ma foy par-là vous soit connue. Et que la vérité de mon affection Se découvre aisément par ma discrétion.
Qui est de fermeté le plus seur tesmoignage; Jamais homme discret ne sçeut estre volage.
ELEGIE XVIII
Celuy n*avoit d'Amour essayé la puissance. Qui le lit un enfant privé de connoissance. Ouvert, sans fiction, sans yeux, sans jugement. Aussi nu de conseil comme d'accoustrement ; Car, pour rendre une amour étemelle et secrette, Trompant les aiguillons de la tourbe indiscrette. Il faut avoir des yeux, estre sage et rusé. Et se masquer le cœur d'un propos déguisé, Qui paroisse sans art, entier et véritable. Autrement une amour ne peut estre durable.
Ceux le sçavent assez qui, craignans les dangers Qu'apporte un haut désir, par leurs yeux messagers Font entendre à leur dame, à secrettes volées, L'ardem* et la grandeur des flammes recelées; Et par tout autre part déguisans leur tourment, Monstrent de n'aimer point, discourent librement; Et souffrans sans mot dire en longue patience, Attendent que le tans leurs douleurs récompense.
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]t qu'ils puittent an jour, pleins de félicité, lemonstrer sagement ce qu'ils ont mérité, iais il est mal aisé que leurs tristes pensées, Ou de leurs yeux légers les œillades lancées, Ou quelque chaud soupir par mégarde lasché,' Ne découvre à la fin ce qu'ils avoient caché.
Qui veut donc receler une amoureuse flame, H faut qu'en adorant sa déesse en son ame. Il feigne aimer ailleurs, et le feigne si bien, Que le peuple s'abuse et n'y connoisse rien; Non le peuple sans plus, mais la dame empruntée Doit estre tellement par sa feinte enchantée. Par ses brûlans soupirs, par ses mots déguisez, Et par ses yeux trompeurs de larmes arrosez. Qu'elle afferme en son cœur qu'il ne se sçauroit faire, Qu'une Venus nouvelle à soy le peut attraire.
Celuy qui sagement ainsi se peut former. Déguisant sa pensée, est seul digne d'aimer. Las ! je mérite donc d'aimer toute ma vie I Car je sçay décevoir la malice et l'envie Par fausses passions, je sçay bien soupirer. Je sçay de mes deux yeux deux fontaines tirer, Pour fléchir la rigueur d'une feinte maistresse ; Je sçay faire le triste, accusant sa rudesse. Tenir les yeux en bas de mes pleurs tous lavez. Et monstrer que ses mots dans mon cœur sont gravez; Bref, je puis à bon droit me donner cette gloire Que, quand j'ay feint d'aimer, je l'ay peu faire accroire. Mais ce qu'il faut douter, ce chemin poursuivant Avec tant de labeurs, c'est que le plus souvant La déesse en nos cœurs saintement adorée, Pour loyer de la peine en feignant endurée, Juge tout autrement de nostre volonté, Et prend la fiction pour une vérité.
Si bien que cette amour sagement commencée Par une impatience est souvent délaissée.
Madame, en qui le ciel libéral a posé Tout ce qu'il reservoit de rare et de prisé. Estant serf de vos yeux, je ne dois avoir crainte Que vous pensiez jamais mon amour estre fainte. Car si le plus souvent je feins ne vous voir pas, Si, craignant vous trouver, je tourne ailleurs mes pas. Si je n'ose en mourant vous conter mon martire, Si prés d'une autre dame esperdu je soupire, Si je dy que je meurs blessé de sa beauté, Si le peuple me juge ardamment agité,
t82 ELEGIES.
Et croist que ceste amour toute autre amour efface, Helas! vous sçavez bien qu'il faut que je le face, Encor que ce me soit un extrême tourment^ Et qu'il ne m'est permis vous aimer autrement.
Si j'osoy me douloir des maux que vous me faites, Pouvoir parler à vous, voir vos beautez parfaites, Encor que vos propos me fussent rigoureux. Quel amant plus que moy se diroit bien heureux? Contant, je me plairoy au fort de ma souffrance; Car le bien de vous voir me seroit recompance. Mais ce m'est un tourmant impossible à penser Qu'il faille en mes travaux ma volonté forcer, Et brûlant, sans crier, d'une flamme secrette. Me priver, malheureux, du bien que je souhaitte; M'esloigner de vos yeux, n'oser m'en approcher. Et pour couvrir mon mal un autre rechercher. Toutesfois je le fais, afin qu'en cette sorte Tous connoissiez au vray l'amour que je vous porte Et, qu'estant de vos yeux vivement embrasé. Le plus fascheux sentier ne m'est point maltaise.
(hr4e vous deffier que, sous ceste entreprise» Je poursuive une amour dont mon ame est esprise Et, qu'estant autre part, j'y reçoive plaisir, Plustost qu'y demeurer pour cacher mon désir, Tous n'auriez pas raison. Car cil qui vous a veuê D'attraits et de beautez si richement pourveuê Peut aller tout par tout sans crainte et sans danger Et, quoy qu'il voye après, il ne peut plus changer. De toute autre prison la vostre le délivre, Et le seul souvenir de vos yeux le fait vivre. J'en parle asseurément pour l'avoir esprouvé; Car depuis que l'Amour dans mon cœur eut gravé Yostre divin pourtrait, qui causa sa victoire, De tout autre penser je perdy la mémoire; Je ne pense qu'en vous qui m'avez arresté,. Et mon œil est aveugle à toute autre beauté. Vivez doncques, madame, à bon droit asseurée Que ma foy vous sera d'éternelle durée. Je veux, sans varier, mourir en vous aimant. Cependant s'il vous plaist, pour mon contentement. Jugez si je supporte une douleur extrême. Feignant d'aimer ailleurs durant que je vous aime.
LIVRB I. f63
ELEGIE XIX
Vous qui, pipez d'Amour, d'erreur et de jeunesse, Adorez vainement une folle maistresse, Vous qui mesmc sur vous n'avez plus de pouvoir, Vous qui sous bonne foy vous laissez décevoir, Vous qui prenez le blanc pour une couleur noire, Vous qui de vos malheurs bastissez une gloire Et qui, tout possédez de charme et de poison, Estes sans yeux, sans cœur, sans ame et sans raison; Oyez le juste dueil d'une personne attainte, Oyez l'aspre courroux et Tardante complainte Du désolé Philandre, à bon droit irrité Pour avoir descouvert une infidélité ; Et pour avoir perdu sa jeunesse abusée. Servant fidellement une Alcine rusée, Une fine Lamie, une peste, un venin.
Et tout le deshonneur du sexe féminin.
Un des jours de l'esté que la flamme étherée Drûloit de toutes parts d'ardeur demesu)^. Cet amant furieux, qui sentoit au dedans De son juste despit les aiguillons ardans Et les élancemens d'une forcenerie, Tombe du haut de soy, tout vaincu de furie, Sans parler, sans mouvoir, palle et tout espôrdu, Ayant avec l'esprit tout sentiment perdu. 11 ne pouvoit pleurer, encor qu'il eust envie De voir couler en pleurs ses amours et sa vie; Mais, comblé de douleur, sans cesse il halletoit. Et son cœur mutiné pour sortir combatoit.
Il demeura long-tans ainsi vaincu de rage, Ayant les mouvemens, le geste et le visage D'un qui tire à la mort, lors qu'il va frémissant, Avec un gros hocquet les membres roidissant; Puis il revient un peu, rentrouvrant la paupière, Et monstre qu'à regret il voit nostre lumière, Tant il est las de vivre, et tant il a désir Que le ciseau fatal tranche son desplaisir. Mais, voyant que la mort n'abregeoit sa misère, 11 saute sur les pieds transporté de colère. Pour saisir une espée et s'en percer le flanc, Ou pour plonger sa dague aux sources de son sang. Tenant le fer tout nu dans sa dextre meurtrière, U fait sortir ces mots pour complainte dernière :
t82 ELEGIES.
Et croist que ceste amour toute autre amour efface, Helas! vous sçavez bien qu'il faut que je le face, Encor que ce me soit un extrême tourment. Et qu'il ne m'est permis vous aimer autrement.
Si j'osoy me douloir des maux que tous me ûdtes, Pouvoir parler à vous, voir vos beautez parfaites, Encor que vos propos me fussent rigoureux. Quel amant plus que moy se diroit bien heureux? Contant, je me plairoy au fort de ma souffrance; Car le bien de vous voir me seroit recompance. Mais ce m'est un tourmant impossible à penser Qu'il Caille en mes travaux ma volonté forcer, Et brûlant, sans crier, d'une flamme secrette. Me priver, malheureux, du bien que je souhaitte; M'esloigner de vos yeux, n'oser m* en approcher. Et pour couvrir mon mal un autre rechercher. Toutesfois je le fais, afin qu'en cette sorte Tous connoissiez au vray l'amour que je vous porte Et, qu'estant de vos yeux vivement embrasé. Le plus fascheux sentier ne m'est point mal-aisé.
(hr4e vous deffier que, sous ceste entreprise. Je poursuive une amour dont mon ame est esprise Et, qu'estant autre part, j'y reçoive plaisir, Plustost qu'y demeurer pour cacher mon désir, Tous n'auriez pas raison. Car cil qui vous a veuê D'attraits et de beautez si richement pourveuê Peut aller tout par tout sans crainte et sans danger Et, quoy qu'il voye après, il ne peut plus changer. De toute autre prison la vostre le délivre, Et le seul souvenir de vos yeux le fait vivre. J'en parle asseurément pour l'avoir esprouvé; Car depuis que l'Amour dans mon cœur eut gravé Yostre divin pourtrait, qui causa sa victoire. De tout autre penser je perdy la mémoire; Je ne pense qu'en vous qui m'avez arresté. Et mon œil est aveugle à toute autre beauté. Vivez doncques, madame, à bon droit asseurée Que ma foy vous sera d'éternelle durée. Je veux, sans varier, mourir en vous aimant. Cependant s'il vous plaist, pour mon contentement. Jugez si je supporte une douleur extrême. Feignant d'aimer ailleurs durant que je vous i
LIVMB I.
ELEGIE XIX
Tous qui, pipei d'Amour, d'erreur et de jamene, Adorez Tainement mie Iblle meistreMe, Ydos qui mesme rar vous n*«ves plus de povfoir, Vous qui sous bonne foy tous laisses décevoir» Tous qui prenez le blanc pour une couleur noire. Tous qui de vos malheurs bastisses une gloire Et qui, tout possédez de charme et de polsoB, Estes sans yeux, sans cœur, sans ame et sans ndsoii; Oyez le juste dneil d'une personne attahite, Oyez Taspre courroux et Tardante complainte Du désolé Philandre, â bon droit irrité Pour avoir descouvert une infidélité; Et pour avoir perdu sa jeunesse abusée. Servant fldellement une Aldne rusée, Une fine Lamie, une peste, un venin, Et tout le deshonneur du sexe lëmiiiiii.
Un des jours de l'esté que la flamme étherée Brûloit de toutes parts d'ardeur demeeiMe, Cet amant (hrieux, qui sentoit au dedans De son juste despit les aiguillons ardans Et les élancemens d'une forcenerie, Tombe du haut de soy, tout vaioea de ftirie, Sans parler, sans mouvoir, palle et tout espôrdu, Ayant avec l'esprit tout sentiment perdu. Il ne pouvoit pleurer, encor qu'il eust envie De voir couler en pleurs ses amours et sa vie; Mais, comblé de douleur, sans cesse il haUetoit, Et son cœur mutmé pour sortir oombatoit.
Il demeura long-tans ainsi vaincu de rage. Ayant les mouvemens, le geste et le visage D'un qui tire à la mort, lors qu'il va frémissant, Avec un gros hocquet les membres roidissant; Puis il revient un peu, rentrouvrant la ptnpiere, Et monstre qu'à regret il voit nostre lumière, Tpnt il est las de vivre, et tant il a désir Que le ciseau fatal tranche son desplaiair. Miais, voyant que la mort n'abregeoit ta miiare, lî saute sur les pieds transporté de oolorè, Pour saisir une espée et s'en percer le fUoc, Ou pour plonger sa dague aux touroes <^ son auig* Tenant le fer tout na dans ta dextre meurtrière, 11 Ait sortir 068 mots pqnr oomplaiai^ dvnlflrt :
Mourons, mourons, dit-il, punissons nostre erreur, Ëschappons par le fer des dents de la fureur. Faisons rire une ingrate, et donnons quelque cesse Au regret étemel qui nous charge et nous presse. Las ! que j'aime la mort qui me peut secourir, Mais je maudy le ciel qui ne m'a fait mourir, Quand j'estimoy son cœur estre un roc immuable! La mort m'eust esté lors bien douce et favorable.
Achevant ces propos, conmie il veut s'avancer, Pour le fer inhumain dans sa gorge enfoncer, Et qu'il court gaycment à la mort toute preste, 11 sent qu'au mesme instant un bon esprit l'arreste, Qui luy saisit le bras, qui le fait tressaillir, Qui luy fait le Cousteau de la dextre saillir, Et qui parle en son cœur disant en telle sorte:
Quelle extrême fureur hors de toy te transporte? Quelle rage te tient? quel brasier véhément Te dévore l'esprit, l'ame et l'entendement. Que tu Mieilles périr d'une mort si cruelle, Pour l'impudicité d'une dame infidelle, Encor sans te vanger et sans faire sentir Si de se prendre à toy l'on se peut repentir? Yenge-toy pour le moins, puis d'un grand coup d'espèe Mets Gn à ton amour si iaschement trompée.
Ainsi ce bon esprit l'amant dissuada.
Et l'heure de sa fin par ces mots retarda, Au point que le soleil commençoit sa carrière, Monstrant ses cheveux d'or rayonneux de lumière. Ce chetif amoureux, amoureux et jaloux, Tout cuit de passions, de rage et de courroux, Se met à discourir en sa triste pensée Comme il pourra venger sou amour offensée. Cent mille tourbillons l'un sur l'autre amassez. Cent pensers differens contrairement poussez Luy li\Tent la bataille, et font dedans sa teste Un brouillement confus, tout bruyant de tempeste; Neptune, en tans d'hyver, n'est point plus agité. Estant poussé des vents d'un et d'autre costé, Et ne voit tant de flots et tant de vagues perses. Comme il roule en l'esprit d'affections diverses. Il ne faut point penser qu'il puisse reposer; H rêve, il se despite et se sent embraser Le cœur tout à l'en tour d'une nouvelle flame. Dès qu'il se ressouvient des ruses de sa dame. De ses soupirs trompeurs, de ses mots déguisez, De ses yeux tant de fois feintement arrosez;
Et voyant, ô regret ! sa feintise notoire, La croyant, il se fasche et se hait de la croire; Hais il la croit pourtant, et la doit croire aussi. Bien qu'en s'en souvenant il reste tout transi.
Or, quand ce souvenir à ses yeux se présente, Helas ! c'est fait de luy, il crie, il se tourmente. Il soupire, il sanglote, il est plus qu'au trespas Et despite sa vie ; il chemine à grands pas, Et cherche en ravassant les lieux plus solitaires, Pour maudire à son gré les destins adversaires. Il va de ses douleurs la terre ensemençant. De ses cuisans soupirs l'air s'eschauffe en passant, Et l'amoureuse Echo, d'aigre douleur contrainte, Parmy les rocs cavez respond à sa complainte.
0 féminin cerveau, dit-il en soupirant, Traistre, feint, sans arrest deçà delà courant. Contraire objet de foy, parjure et variable. Que celuy qui te croit est pauvre et misérable ! Je t'ay creu toutesfois, aussi tu m'as fait voir Combien ton naturel est propre à décevoir. Mais, las ! qui ne t'eust creu? cette aspre violance, Ces sermens, ces propos, tant vrais en apparence. Tant enflammez d'amour, tant chauds d'aJOTection, Ces regards desrobez, brûlans de passion. Ces doux languissemens, ces mignardes caresses, Ces larmes, ces propos et ces longues promesses, Estoicnt~ce les tesmoins d'une légère foy, Et qu'on favorisast les autres comme moy? Ah I traistre et lasche cœur ! de quel masque hypocrite As-tu sceu déguiser ta volonté maudite.
Sans que par mon amour, ny par ma fermeté, J'aye peu retenir tant d'infidélité?
On dit que Cupidon n'est jamais saoul de larmes. Ni le dieu Thracien de meurtres et d'alarmes. Les abeilles de fleurs, les chèvres d'arbrisseaux. De rivières la mer, et les prez de ruisseaux; Hais qu'on dise aussi-bien que la fenmie inconstante, De cent mille amoureux ne seroit pas contante. En a-t-elle un acquis, elle en veut un nouveau. Et jamais fermeté n'habite en son cerveau ; Animal plein de ruse, indontable et volage, N'ayant rien dans le cœur qui s'accorde au langage.
Las! je croy que les dieux ardamment courroucez, Un jour que les humains les avoient offensez, Firent naistre icy bas pour punir leur audace Et pour les travailler, la féminine race,
Ainsi que les serpens, les tigres et les loups, Aux mortels mille fois plus courtois et plus doux, Et comme on voit sortir, parmy les bonnes plantes, Des chardons inutils et des herbes méchantes.
Hé pourquoy la nature, et les cieuz n'ont permis Que les hommes par eux, et d'eux mesmes amis, Sans toy, sexe imparfait, peussent avoir naissance, Pour ne te devoir plus ceste reconnoissance? Ainsi que nous voyons qu'un soigneux jardinier Ente sur un prunier les greffes d'un prunier, Un pommier sur un autre, et un chesne sauvage. De ses jeunes rainseaux peupler tout un bocage; Ou comme le phénix, soy-mesme se brûlant. Sans finir par sa fin se va renouvelant. Mais enfin je m'arreste aux effets de nature, Qui tout cet univers conduit à l'avanture. Par hazard, par fortune et par légèreté. Et qui se re^ouyt de sa diversité.
Quelle perfection faut-il espérer d'elle, Puis qu'on sçait que nature est mesme une iSemelle?
Cessez pourtant, cessez, femmes de vous vanter De ce que vous pouvez les hommes oifanter, Et qu'ils naissent de vous, n'en soyez arrogantes; Les lys au teint d'argent naissent d'herbes puantes, On voit sortir des fleurs d'un fumier tout pourri, Et le bouton vermeil sur l'espine est nourri. Sources de tous malheurs, superbes desguisées, D'orgueil, d'ire, de rage et d'envie embrasées, Qui portez dans le cœur l'inconstance pour loy. Sans amour, sans raison, sans conseil et sans foy. Pleines de trahisons, téméraires, cruelles. Et des pauvres humains les pestes étemelles !
Ainsi crioit Philandre, embrasé justement. Donnant air par soupirs à son feu véhément. Et faisant de ses yeux deux bouillantes fontaines. Qui distilloient sa vie en distillant ses paines. Les bestes d'alentour s'arrestoient pour Touyr, Les oiseaux tous ravis demeuroient sans fbfr. Attentifs à ses plaints, et par un doux murmure Les rivages prochains plaignoient son advanture; Les rochers et les monts de pitié se fendoient. Et jusqu'au plus haut ciel ses regrets s'entendoient, Regrets demesurez qui n'avoient point de trêve, Fust au point du matin, quand l'aurore se lève, Fust au plus chaud du jour, quand le soleil aidant, A moitié de son cours, nous brûle en regardant,