LIVRE II. S
liais d'un si puissant trait ma raison est forcée, Que je suy malgré moy la trace commencée, Et sers sans profiter une ingrate beauté, Qui pour aimer autruy n'a plus de liberté.
Or ce dernier confort pour remède j^mbrasse, Que si dans son esprit la raison trouve*pIace, Et qu'un jour le despit justement allumé Fasse mourir l'amour d'un qu'elle a trop aimé, Qu'alors de mes douleurs elle aura connoissance. Payant tant d'amitié de quelque recompanse. Et verra quelle erreur follement l'abusoit. Quand un prince inconstant ses désirs maistrlsoit. L'amour des grands seigneurs est tousjours dommageable Et sert le plus souvent au vulgaire de fable; Nulle discrétion leur fureur ne reçoit, Et dés qu'ils sont espris chaôun s*en apperçoit, Car cent mille espions veillent sur leurs affaires. La grandeur et l'amour sont deux choses contraires.