‹ Œuvres de Philippe DesportesChapitre 130 sur 259 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

L ne vas moissonnant, pour fruit de tes labeurs, ,iue regrets espineux et poignantes douleurs.

Hé bien! qu'y veux-tu faire? Il faut t'aider toy-mesme, T'endurcir, t'obstlner et, d'un courage extrême, Résister au tourment, bien qu'il soit rigoureux, Et cesser désormais d'estre plus amoureux. Il est vray qu'une amour, qui de matière forte S'est bastie en six ans, pour un vent ne s'emporte. Entre tes passions le combat sera grand. Mais rien n'est impossible à qui bien entreprand. Si tu veux, ce grand feu sera moins que fumée. Et presque ignoreras que tu l'ayes aimée.

0 dieux ! qui de nos faitâ règlement disposez, Et des plus affligez les ennuis appaisez. Si j'ay tousjours vescu sans fraude et sans malice. Tendez à mes soupirs vostre oreille propice, Et prenez à mercy mon esprit repentant. Je ne demande pas que son cœur inconstant M'aime comme autresfois, ny ne souhaite qu'elle (Impossible souhait) cesse d'estre infldelle. Pour lin de mes désirs, je requiers seulement Que chassiez loin de moy cet assoupissement. Et ce morne regret qui trop ferme s'y fonde, El me fait sembler triste aux yeux de tout le monde. Privez-moy de mémoire, afin qu'à l'advenir Je ne garde en l'esprit d'elle aucun souvenir, Et lors que le hazard fera que je la voye. Mon cœur ne soit esmeu de douleur ny de joye; Qu'aucun reste de flamme en moy ne soit trouvé. Et que plus à ce joug je ne sois captivé; Accordez ma prière, ô dieux pleins de clémence ! Tant pour vostre bonté que pour mon innocence.

ELEGIE III

Je ne refuse point qu'en si belle jeunesse De mille et mille amans vous soyez la maistresse. Que vous n'aimiez par tout et que, sans perdre tans. Des plus douces faveurs ne les randiez contans; La beauté florissante est trop soudain sechée Pour s'en oster l'usage et la tenir cachée; Mais je crevé de rage, et supporte au dedans Des glaçons trop serrez et des feux trop ardans. Quand en despit de moy vous faites que je sçache Ive mal, qui n'est point mal lors (|ue bicp on le cache.

t^ ELEGIES.

M'est-ce pas grand regret, quand sans le rechercher, Fuyant pour n'en rien voir, on me le fait toucher, On nie le dit par force et, ce qui plus me tuê, On le crie en la cour, au palais, en la rue? J'en entens le succez dés qu'il est advenu. Si vous faites un pas, vostre coche est connu. Vos pages, vos laquais et ces lieux ordinaires, Qui vous servent de temple aux amoureux mystères.

Pour n'en connoistre rien, fussé-je aveugle et sourd l Ou bien, lasl que plustost le commun bruit qui court, Ke vient-il à moy seul, sans que la renommée. L'éventant çà et là, vous rende diffamée? Si seul je le sçavoy, que je seroy contant 1 Le mal qu'on dit de vous ne m'iroit despitant. Et. lisant de mes yeux vostre faute notoire. Pour me réconforter je n'en voudroy rien croire.

Je diroy que les sens se peuvent abuser. Et senliroy mon cœur d'heure en heure eîoabraser, Voyant vostre beauté de chacun poursuivie; Car j'aime fort un bien dont plusieurs ont envie. Mais le bruit que de vous le commue va semant Fait qu'un homme de cœur se hait en vous aimant. Et dresse à meilleur but le trait de son attente. Car nostre opinion seule ne nous contente, Et ce qui rend plus fort un esprit embrasé, C'est de voir que son choix de chacun est prisé. Pour Dieu ! prenez-y garde, et devenez discrette; Ke soyez pas plus chaste, ains soyez plus secrette. Faites les mesmes tours et plus, si vous pouvez. Joignez d'autres amans à ceux que vous avez, Et donnez, non ingrate, à tous la recompanse. Mais qu'esl-il de besoin qu'on en ait connoissance? Prenez-en le plaisir, fuyez-en le renom, Celle ne pèche point qui peut dire que non.

ELEGIE lY

Je reconnoy ma faute et ma lourde ignorance. Bien que je fusse appris par mainte experiance Que l'amour d'une femme est pronte au changemâdt, Et que la mieux bastie a l'air pour fondement; Bien que panny les cris et les poignantes rages I><» ceux qui, chacun jour, les esprouvent volages, Je me creusse entre tous sage et fort advisé D'avoir si tost connu leur esprit dcsguisé,

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