‹ Œuvres de Philippe DesportesChapitre 14 sur 259 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Je vous oflGre ces vers qa'-Amour m'a fkit escrire, I>e vos yeux, ses flambeaux, ardemmoit agité, Non pour sacrer ma peine à Fimmortalite; Car à si haut loyer ma jeunesse n'a^ire.

Cest le but de mes vceux, que Je voua fluae lire Le variable estât de ma captiTité, Célébrant vos honneurs si je suis bien traité, Accusant vos rigueurs si je sens du martire.

Je n'agrandiray point, ridie d'inventions, Vos beautés, vos dédains, ma foy, mea passions : Il suffira qu'au vray mon crayon se ramiorte.

Et puis je n'escry pas pour gloire en aequérir, Ains plutôt je m'écrie an mal id me transporte, Ainsi qu'un patient qui languit sans mourir.

Le penfier qui m*enchaiite et qui, le plus souvent, Selon ses mouvemens m'attire ou me repousse, Me ravissant au monde, un jour, d'une secousse Jusqu'au troisième ciel m'alloit haut élevant ;

Et comme je tâchoy de voiler plus avant, Amour, qui m'apperçoit, contre moy se courrouce. Et choisit de vos yeux la flamme heureuse et douce, Pour m'empescher l'entrée et se mettre au devant.

Je ne pus passer outre, étonné de la flanmie. Qui de ses chauds rayons brûla toute mon ame. Qui m'esblouyt la vue et me fit trébucher.

Mais, bien que de vos yeux ce malheur me procède, Tousjours je les désire et m'en veux approcher, En la cause du mal recherchant le remède.

Je me laisse brûler d'une flamme couverte. Sans pleurer, sans gémir, sans en faire semblant ; Quand je suis tout en feu, je feins d'estre tremblant. Et, de peur du péril, je consens à ma perte.

Ma bouche, incessamment aux cris d'amour ouverte, FTose plaindre le mal qui mes sens va troublant. Bien que ma passion, sans cesse redoublant. Passe toute douleur qu'autresfois j'ay soufTerte.

Amans, qui vous plaignez de votre ardent vouloir, D'aimer en lieu trop haut, de n'oser vous douloir. N'égalez vostre cendre à ma flamme incognue.

Car je suis tant, par force, ennemy de mon Nen, Que je cache ma peine à celle qui me tue. Et, quand elle me plaint, jedy que ce n'est rien.

Le jour que je tas né, l'impitoyable archer. Amour, à qui le ciel rend humble obéissance. Se trouva sur le point de ma triste naissance, Tenant son arc bandé tout prest à décocher.

Aussi-tost qu'il me vit, il se mit à lâcher Un trait envenimé de toute sa puissance, Et m'atteignit au cœur de telle violanoe, Qu'il eust pu de ce coup percer tout un rochnr.

LITRE I

M'ayant ainsi blessé, tout joyeux, il s'adresse A la crainte, aux regrets, au dueU, ft la tristesse, Qui m'assistèrent tous à ce malheureux point.

« Voilà, ditril, pour vous; Je tous le recommande; Suivez-le tout par tout, ne Tabandonnes point, Et faites que touijjours il soit de tostre bande. »

Yoicy du gay printans l'heureux advenement. Qui fut que l'hyver morne à regret se retire :, Déjà la petite herbe, au gré du doux x^hyre, Navré de son amour, branle tout doucement.

Les forests ont repris leur vert accoustrement. Le ciel rit, l'air est chaud, le vent mollet soupire; Le rossignol se plaint, et des accords qu'il tire. Fait pâmer les esprits d'un doux ravissement.

Le dieu Mars et l'Amour sont parmi la campagne; L'un au sang des humains, l'autre en leurs pleurs se bagne; L'un tient le coutelas, l'autre porte les dars..

Suive Mars qui voudra, mourant entre les annesl Je veux suivre l'Amour, et seront mes allarmes. Les courroux, les soupirs, les pleurs et les regars.

0 grand démon volant, arreste la meurtrière Qui fuit devant mes pas, car pour moy je ne puis ; Ma course est trop tardive, elt plut je la poursuis, Et plus elle s'avance, en me laissant derrière.

ÙVL fay que son vouloir s'accorde à ma prière. Ou ne me laisse plus en Testât que je suis ; Rends moy comme j'estois, sans dame et sans ennuis, Et délivre ma vie, en ses yeux prisonnière.

Si tu es juste. Amour, tu me dois délier*,' Ou par un doux eCTort ceste dure plier ; Mais, las I que mon attente est folle et misérable!

J'importune un tyran, qui de nos maux se plaist. Qui s'abreuve de pleurs, qui d'ennuis se repaist. Et plus il est prié, moins il est pitoyable.

0 lict ! s'il est afaisi que tu sois inventé Pour prendre un doux repos, quand la «nict ait venue, D'où vient que dedans toy ma doaleiir oonthroe,

Il DIAKE.

Le penser qui m*enchaiite et qui, le plus souvent, Selon ses mouvemens m*attire ou me repousse, Me ravissant au monde, un jour, d'une secousse Jusqu'au troisième ciel m'alloit haut élevant ;

Et comme je tâchoy de voiler plus avant. Amour, qui m'apperçoit, contre moy se courrouce. Et choisit de vos yeux la flamme heureuse et douée, Pour m'empescher l'entrée et se mettre au devant.

Je ne pus passer outre, étonné de la flanmie. Qui de ses chauds rayons brûla toute mon ame. Qui m'esblouyt la vue et me fit trébucher.

Mais, bien que de vos yeux ce malheur me procède, Tousjours je les désire et m'en veux approcher, En la cause du mal recherchant le remède.

Je me laisse brûler d'une flamme couverte, Sans pleurer, sans gémir, sans en faire semblant ; Quand je suis tout en feu, je feins d'estre tremblant. Et, de peur du péril, je consens à ma perte.

Ma bouche, incessamment aux cris d'amour ouverte, FTose plaindre le mal qui mes sens va troublant. Bien que ma passion, sans cesse redoublant. Passe toute douleur qu'autresfois j'ay soufTerte.

Amans, qui vous plaignez de votre ardent vouloir. D'aimer en lieu trop haut, de n'oser vous douloir, PTegalez vostre cendre à ma flamme incognue.

Car je suis tant, par force, ennemy de mon Bien, Que je cache ma peine à celle qui me tue, Et, quand elle me plaint, je dy que ce n'est rien.

Le jour que je tas né, l'impitoyable archer, Amour, à qui le ciel rend humble obéissance. Se trouva sur le point de ma triste naissance, Tenant son arc bandé tout prest à décocher.

Aussi-tost qu'il me vit, il se mit à lâcher Un trait envenimé de toute sa puissance, Et m'atteignit au oceor de telle violanoe, Qu'il eust pu de ce coup percer tout un rodier.

M'ayant ainsi blessé, tout joyeux, il s'adresse A la crainte, aux regrets, au dueil, à la tristesse. Qui m'assistèrent tous à ce malheureux point.

« Voilà, dit-il, pour vous ; je vous le recommande ; Suivez-le tout par tout, ne l'abandonnez point, Et faites que tousjours il soit de vostre bande. »

Voicy du gay printans l'heureux advenement, Qui fait que l'hyver morne à regret se retire : Déjà la petite herbe, au gré du doux zéphyre. Navré de son amour, branle tout doucement.

Les forests ont repris leur vert accoustrement, Le ciel rit, l'air est chaud, le vent mollet soupire; Le rossignol se plaint, et des accords qu'il tire. Fait pâmer les esprits d'un doux ravissement.

Le dieu Mars et l'Amour sont parmi la campagne; L'un au sang des humains, l'autre en leurs pleurs se bagne; L'un tient le coutelas, l'autre porte les dars.

Suive Mars qui voudra, mourant entre les armes! Je veux suivre l'Amour, et seront mes allarmes. Les courroux, les soupirs, les pleurs et les regars.

0 grand démon volant, arreste la meurtrière Qui fuit devant mes pas, car pour moy je ne puis ; Ma course est trop tardive, et plus je la poursuis, Fit plus elle s'avance, en me laissant derrière.

Ou fay que son vouloir s'accorde à ma prière, Ou ne me laisse plus en Testât que je suis ; Rends moy comme j'estois, sans dame et sans ennuis, Et délivre ma vie, en ses yeux prisonnière.

Si tu es juste. Amour, tu me dois délier;' Ou par un doux effort ceste dure plier ; Mais, las I que mon attente est folle et misérable!

J'importune un tyran, qui de nos maux se plaist. Qui s'abreuve de pleurs, qui d'ennuis se repaist. Et plus il est prié, moins il est pitoyable.

0 lict ! s'il est ainsi que tu sois inventé Pour prendre un doux repos, quand la nuict est venue, D'où vient que dedans toy ma douleur continue,

DIAKE.

Le penfier qui m*enchaiite et qui, le pins souvent, Selon ses mouvemens m'attire ou me repousse, Me raTissant au monde, un jour, d'une secousse Jusqu'au troisième ciel m'alloit haut élevant ;

Et comme je tâchoy de voiler plus avant. Amour, qui m'apperçoit, contre moy se courrouce, Et choisit de vos yeux la flamme heureuse et douce, Pour m'empescher l'entrée et se mettre au devant.

Je ne pus passer outre, étonné de la flamme. Qui de ses chauds rayons brûla toute mon ame. Qui m'esblouyt la vue et me fit trébucher.

Mais, bien que de vos yeux ce malheur me procède, Tousjours je les désire et m'en veux approcher. En la cause du mal recherchant le remède.

Je me laisse brûler d'une flamme couverte, Sans pleurer, sans gémir, sans en faire semblant ; Quand je suis tout en feu, je feins d'estre tremblant. Et, de peur du péril, je consens à ma perte.

Ma bouche, incessamment aux cris d'amour ouverte, FTose plaindre le mal qui mes sens va troublant. Bien que ma passion, sans cesse redoublant. Passe toute douleur qu'autresfois j'ay soufTerte.

Amans, qui vous plaignez de votre ardent vouloir. D'aimer en lieu trop haut, de n'oser vous douloir. N'égalez vostre cendre à ma flamme incognue.

Car je suis tant, par force, ennemy de mon ftien. Que je cache ma peine à celle qui me tue. Et, quand elle me plaint, je dy que ce n'est rien.

Le jour que je fus né, l'impitoyable archer. Amour, à qui le ciel rend humble obéissance. Se trouva sur le point de ma triste naissance, Tenant son arc bandé tout prest à décocher.

Aussi-tost qu'il me vit, il se mit à lâcher Un trait envenimé de toute sa puissance. Et m'atteignit au oceor de telle violanoe, Qu'il eust pu de ce coup percer tout un rodier.

LITRE I

Fayant ainsi blessé, tout joyeux, il s'adresse A la crainte, aux regrets, au dueil, à la tristesse, Qui m'assistèrent tous à ce malheureux point.

« Voilà, ditrll, pour vous; je yous le recommande; Suivez-le tout par tout, ne raband<HUies point, Et faites que tomijours il soit de vostre bande. »

Toicy du gay printans l'heureux advenement, Qui fait que Thyver morne à regret se retire : Déjà la petite herbe, au gré du doux xéphyre, Navré de son amour, branle tout doucement.

Les forests ont repris leur vert accoustrement. Le ciel rit, l'air est chaud, le vent mollet soupire; Le rossignol se plaint, et des accords qu'il tire, Fait pâmer les esprits d'un doux ravissement.

Le dieu Mars et l'Amour sont parmi la campagne; L'un au sang des humains, l'autre en leurs pleurs se bagne; L'un tient le coutelas, l'autre porte les dars..

Suive Mars qui voudra, mourant entre les ànnesl Je veux suivre l'Amour, et seront mes allarmes, Les courroux, les soupirs, les pleurs et les regars.

0 grand dém<»i volant, arreste la meurtrière Qui fuit devant mes pas, car pour moy je ne puis ; Ma course est trop tardive, elt plut je la poursuis, Fit plus elle s'avance, en me laissant derrière.

Ou fay que son vouloir s'accorde à ma prière. Ou ne me laisse plus en Testât que je suis ; Rends moy comme f estois, sans dame et sans ennuis, Et délivre ma vie, en ses yeux prisonnière.

Si tu es juste. Amour, tu me dois déliei^,' Ou par un doux effort oeste dure plier ; Mais, las I que mon attente est folle et misérable!

J'importune un tyran, qui de nos maux se plaist. Qui s'abreuve de pleurs, qui d'emiuis se repaist. Et plus il est prié, moins il est pitoyable.

0 lict ! s'il est ainsi que tu sois inventé Pour prendre im doux repos, quand !t «uict ait venue, D'où vient que dedans toy ma donleor oonthroe,

16 DIAKE.

Et que je sens par toy mon toui^ment augmentée

Je ne fay que tourner d'un et d'autre costé, Je choisi tous tes coings, je cherche et me remue ; Et mon cceur qui ressemble à la marine * esmûe. D'ennuis et depensers^st tousjours agité.

J'assemble bien souvent mes paupières lassées, rinvoque le sommeil pour guarir mes pensées, Mais il fuit de mes yeux, et n'y veut demeurer.

D'un seul bien, ô mon lict ! mes langueurs tu consoles, Je m'ouvre tout à toy, faits, pensers et paroles, Et je n'osé autre part seulement respirer*.

Si la foy plus certaine en une ame non feinte, Un désir téméraire, un doux languissement^ Une erreur volontaire, et sentir vivement, Avec peur d'en guarir, une profonde atteinte;

Si voir une pensée au front toute dépeinte. Une voix ëmpeschée, un morne estonnement, De honte ou de frayeur naissans soudainement. Une pasle couleur, de lis et d'amour teinte;

Bref, si se mespriser pour une autre adorer. Si verser mille pleurs, si toujours soupirer, Faisant de sa douleur nourriture et breuvage;

^, loin estre de flamme, et de près tout transi, Sont cause que je meurs par défaut de mercy, L'offense en est sur vous, et sur moy le dommage.

Dés le jour que mon ame, amoureuse insensée, Se rendant à vos yeux, les fist Roys de mon cœur, Il n'y a cruauté de barbare vainqueur, «iu'amour n'ait dedans moy fièrement exercée.

Las ! je tire mon feu d'une roche glacée. Qui n'a ny sentiment, ny pitié, ny rigueur : Elle ignore sa force et ma triste langueur. Et du mal qu'elle fait n'a soucy ny pensée.

« Mer.

• Imitù d'un sonnet italien qui commence par cette slroplie

Lelto, se per quiète e doke pace Trovato fosti da Pingegno humano Hor perche il corpo mio li colca in vano, E senza requie in le tue piume giare?

LIVllE I. il

Elle est toute de marbre, aucun trait ne la point, Elle verse la flamme et ne s'échauffe point, Et, n'ayant point d'amour, elle en peuple la terre.

0 beauté, dont les traits sont si victorieux. Apprenez par ma mort les efforts de vos yeux. Et voyez désormais à qui vous faites guerre !

Je suis chargé d'un mal qui sans fin me travaille ; Quelque part que je tourne, il me suit obstiné : Tout conseil, tout secours sans profict m'est donné. Car tousjours plus au vif sa rigueur me tenaille.

Le lict en mes pensers est un champ de bataille ; Si je saute du lict, j'en suis plus mal mené ; Si je sors, le tyran, qui me tient enchaisné, A toutes les fureurs pour conduite me baille.

Ici Tardant désir m'anime à bien aimer. Plus près le desespoir me veut faire abismer ; Je suis en mesme tans tout de flamme et de glace.

Sans fm mesmes discours je refaits et desfaits. 0 misérable esprit ! quel amour, quelle paix D'un chaos si confus débrouillera la masse?

Du bel œil de Diane est ma flamme empruntée, En ses nœux blonds dorez mon cœur est arresté, Sa main victorieuse a pris ma liberté.

Et sa douce parole a mon ame enchantée.

Son œil rend la splendeur des astres surmontée, Ses cheveux du soleil ternissent la beauté. Sa main passe l'y voire, et la divinité De SCS sages discours à bon droit est vantée.

Son bel œil me ravit, son poil * doré me tient, La rigueur de sa main mes douleurs entretient. Et par son doux parler je sens croistre ma flame.

Ainsi tourne ma vie, et n'ai plus de repos Depuis l'heure qu'amour m'engrava dedans l'ame Son œil, son poil, sa main, et ses divins propos.

XU

Vallon, ce Dieu tyran, qui me fait endurer Tant de vivantes morts, qu'immortel je supporte,

• Chevelure.

Et que je sens par toy mon tourment augmenté?

Je ne fay que tourner d'un et d'autre costé, Je choisi tous tes coings, je cherche et me remue; Et mon cceur qui ressemble à la marine * esmîie, D'ennuis et depensers-est toujours agité.

rassemble bien souvent mes paupières lassées, rinvoque le sommeil pour guarir mes pensées, Mais il fuit de mes yeux, et n'y veut demeurer.

D'un seul bien, ô mon lict ! mes langueurs tu consoles, Je m'ouvre tout à toy, £sdts, pensers et paroles, £t je n'ose autre part seulement respirer*.

Si la foy plus certaine en une ame non iSeinte, Un désir téméraire, un doux languissement. Une erreur volontaire, et sentir vivement, Avec peur d'en guarir, une profonde atteinte;

Si voir une passée au ûront toute dépeinte. Une voix ëmpeschée, un morne estonnement, De honte ou de firayeur naissans soudainement. Une pasle couleur, de lis et d'amour teinte;

Bref, si se mespriser pour une autre adorer, Si verser mille pleurs, si toujours soupirer, Faisant de sa douleur nourriture et breuvage;

Si, loin estre de flamme, et de près tout transi, Sont cause que je meurs par défaut de mercy, L'oifense en est sur vous, et sur moy le dommage.

Dés le jour que mon ame, amoureuse insensée, Se rendant à vos yeux, les fist Roys de mon cœur, Il n'y a cruauté de barbare vainqueur, «iu'amour n'ait dedans moy fièrement exercée.

Las ! je tire mon feu d'une roche glacée. Qui n'a ny sentiment, ny pitié, ny rigueur : Elle ignore sa force et ma triste langueur. Et du mal qu'elle fait n'a soucy ny pensée/

• Mer.

•-' Imitô d'un sonnet italien qui conunence par cette slroplie

Letto, se per ouiete e dolce pace Trovato fosti aa Tingegno humano Hor perche il corpo nuo ti colca in vano. E sema requie in Je tue piume giace?

LIVllE I.

Elle est toute de marbre, aucun trait ne la point, Elle verse la flamme et ne s'échauffe point, Et, n'ayant point d'amour, elle en peuple la terre.

0 beauté, dont les traits sont si victorieux. Apprenez par ma mort les efforts de vos yeux, Et voyez désormais à qui vous faites guerre !

Je suis chargé d'un mal qui sans fin me travaille ; Quelque part que je tourne, il me suit obstiné : Tout conseil, tout secours sans profict m'est donné. Car tousjours plus au vif sa rigueur me tenaille.

Le lict en mes pensers est un champ de bataille ; Si je saute du lict, j'en suis plus mal mené ; Si je sors, le tyran, qui me tient enchaisné, A toutes les fureurs pour conduite me baille.

Ici Tardant désir m'anime à bien aimer. Plus près le desespoir me veut faire abismei* ; Je suis en mesme tans tout de flamme et de glace.

Sans fin mesmes discours je refaits et desfaits. 0 misérable esprit ! quel amour, quelle paix D'un chaos si confus débrouillera la masse?

Du bel œil de Diane est ma flamme empruntée, En ses nœux blonds dorez mon cœur est arresté, Sa main victorieuse a pris ma liberté, Et sa douce parole a mon ame enchantée.

Son œil rend la splendeur des astres surmontée, Ses cheveux du soleil ternissent la beauté. Sa main passe l'yvoire, et la divinité De SCS sages discours à bon droit est vantée.

Son bel œil me ravit, son poil * doré me tient, La rigueur de sa main mes douleurs entretient, Et par son doux parler je sens croistre ma flame.

Ainsi tourne ma vie, et n'ai plus de repos Depuis l'heure qu'amour m'engrava dedans l'ame Son œil, son poil, sa main, et ses divins propos.

XU

Vallon, ce Dieu tyran, qui me fait endurer Tant de vivantes morts, qu'immortel je supporte,

« Chevelure.

liianc

Nous a tous deux rangez presque en la mesme sortf . Et presqu*un mesme mal nous contraint soupirer.

Aimant comme tu fais, tu ne dois espérer Qu'aucun allégement tes ennuis reconforte ; Aimant comme je fay, mon espérance est morte : Car ce n'est aux mortels d'y penser aspirer.

Tous deux nous endurons mille et mille destresscs, Tous deux nous adorons en esprit nos maistresses, N'osans leur découvrir nos soucys rigoureux.

Gonsole-toy, Vallon, comme je me console; Encor est-ce un confort à l'homme malheureux, D'avoir un compagnon au malheur qui l'affole.

Durant les grand's chaleurs, j'ai vu cent mille fois, Qu'en voyant un éclair flamboyer en la nue, Soudain comme transie et morte devenue, Tu perdois tout à coup la parole et la vois.

De pouls ny decouleiu* tant soit peu tu n'a vois, Et, bien que de Vetùroy tu fusses revenue. Si n'osois-tu pourtant dresser en haut la vue, Toire un long-tans après parler tu ne pouvois.

Donc si, quand un propos devant toy je commence, Tu me vois en tremblant changer de contenance, Demeurer sans esprit, pasle et tout hors de moy :

Ne t'en estonne point, belle et cruelle dame, Cest lorsque les éclairs de tes beaux yeux je voy, Qui m'esbloûissent tout de leur perçante flame *

Las ! qui languit jamais en si cruel martire, En si pénibles nuicts, en si malheureux jours? Qui s'égara jamais dans si confus destours? Qui jamais recognut si rigoureux empire?

Je souffre un mal présent, j'en doute * encor un pire. Je voy renfort de guerre, et n'attens nul secours; Mes maux sont grans et forts, mes biens foibles et cours, Et plus je vay avant, plus ma douleur s'empire.

A toute heure, en tous lieux, de tout je me déplais, La nuict est mon soleil, le discord est ma pais, Je cours droit au naufrage et fiiys ce qu'il faut suivre;

Je me fâche en fâchant les hommes et les dieux

Jr suis las de moy-inei>me et me suis udieux; Bref, je ne puis mourir, et si je ne puis vivre.

Un jour l'aveugle Amour, Diane et ma maistresse, Se pouvans s'accorder de leur dextérité. S'essayèrent de l'arc à un but limité, Et mirent pour le prix leur plus belle richesse.

Amour gaigea son arc, et la chaste déesse Qui commande aux forests, sa divine beauté ; Ma maistresse gaigea sa (1ère cruauté, Qui me fait consommer en mortelle tristesse.

Las ! ma dame gaigna, remportant pour guerdou La beauté de Diane et l'arc de Cupidon, • Et la dure impitié dont son ame est couverte.

Pour essayer ses traits, elle a percé mon cœui" ; Sa beauté m'esbloûit, je meurs par sa rigueur : Ainsi sur moy, chétif, tombe toute la perte.

Ayant (brûlé d'amour) gémi, crié, pleuré, Sans que vostre froideur s'en peust voir attiédie, J'iuvoquay tant la mort, qu'une aspre maladie S'oUie à me délivrer du maitire enduré.

J'avoy l'œil et le teint cave et défiguré; J'avoy perdu l'esprit, la parole et l'ouïe, Et m'eslimois heureux que la fin de ma vie Doiuiast iln aux rigueurs d'un mal si desplorë.

Mais vous, belle tyranne, aux Nerons comparable, Feignant un œil piteux de me voir misérable, Me rendistes l'esprit pour revivre au toui-ment.

Las ! si quelque pitié peut en vous trouver place, (Consentez à ma mort, je la requiers pour grâce : f Le tyran est bénin qui meurtrit * prontemenl. »

Je le sçay trop, qu'il ne faut que j'espère, Brûlant pour vous, de me voir alléger ; Et toulesfois je ne veux m'estranger De vos beaux yeux, ainçois de ma miserez

Le desespoir m'a rendu téméraire,

I Tue, assassine

Je voy le gouflî'e et je m'y vay plonger : « Quand on ne peut éviter un danger, Cest le meilleur d'y courir volontaire. »

Sentant au cœur l'amoureuse poison, Je serois fol d'espérer guarison, Vu de quel trait ma poitrine est attainle;

Puis des malheurs qui sont prédestinez, Le seul remède aux cœurs déterminés.

C'est de n'avoir espérance ny crainte.

Ny les dédains de son jeune courage S Moqueur d'Amour et de sa deïté ; Ny mon désir trop hautement porté, Ny voir ma mort escrite en son visage;

Ny mon vaisseau prest à faire naufrage, Le mast rompu, sans voile et saps clarté ; Ny les soucis dont je suis agité, Ny la fureur du feu qui me saccage ;

Ny tant de pleurs sans profit respandus, Ny ses propos qui me sont deffendus, Ny de mon mal avoir la cognoissance ;

Ny la rigueur d'un triste éloignement Me sortiront de son obéissance :

« Douce est la mort qui vient en bien aimant *. »

Las ! que me sert de voir ces belles plaines ~ Pleines de fruits, d'arbrisseaux et de fleurs. De voir ces près bigarrez de couleurs.

Et l'argent vif des bruyantes fontaines ?

Cest autant d'eau pour reverdir mes peines, D'huile à ma braise, à mes larmes d'humeur:*. Ne voyant point celle pour qui je meurs. Cent fois le jour, de cent morts inhumaines.

Las ! que me sert d'estre loin de ses yeux Pour mon salut, si je porte en tous lieux

Cœur.

'■ Imité d'un sonnet italien qui débute de cette maniàre :

Ne di selvaggio cuor féroce sdegno, >p crude voghe nel mio danno accorte, No il veder già le mie speranze morte, Ne il Itingo airanno lacriinoso e' ndcgno, etc.

LIVRB I. 11

De 868 regards les sagettes* meurtrières? Autre pentar dans mon cœur ne se tient: Comme celuy qui la ilevre soustient.

Songe toujours des eaux et des riirières.

L'aspre ftireur de mon mal véhément Si hors de moy m'étrange et me retire, Que je ne sçay si c'est moy qui soupire, Ny sous quel del m*a jeeté mon tourment.

Sui»-je mort? Non; j*ay trop de sentiment, Je suis trop vif et passible au martire. Suis-je vivant? Las ! je ne le puis dire Loin de vos yeux par qui j'ay mouvement f

Seroit-cé un feu qui me brûle ainsi Famé? Ce n'est point feu : j'eusse estefait toute flame Par le torrent que mon dueil rend si fert

Comment, Belleau *, feut-il que je l'appelle? Ce n'est point feu que ma peine cruelle. Ce n'est point vie, et si ce n'est point mort.

CHANSON

Ceux qui peignent Amour sans yeux N'ont pas bien sa ferce cognue; II voit plus clair qu'aucun des IHeux : Las I j'ai trop essayé sa vue!

Souvent, en pensant me sauva*.

Je m'égare aux lieux solitains; Mais il ne feut A me trouver Dans les phis sauvages rq[Mdres.

Quoy que je coure incessamment Par déserts» montagnes et plaines, Il ne m'éloigne aucunement*, Et me Jkit souilHr miUe peinies.

Helas! a-Uil mauvais regard?

De cent mille traits qu'il m'adresse,

< Flèches.

* Rémi BeHeau, pofite Ikineax, né à Kogent-Mtotrou, «i ISM. ie awrqais dVlbeof, géiiènd des galères de France, l'emoMM en IlsHeeoaMM précepteur de son fils. 11 devint une des sept étoiles de laPlHsJB,st aenhln marquer une préférence pour les descriptions de la ailare. 0 tradoisil en vers les 04m d'Aaacréon, les PiMnomAms d'Aratus. te M dsk OM des phiN anciennes pièces de notre théâtre, la Jbsomiaf nemr. Il aoucut Fa— ée wftne où on llmprima, on lin.

s 11 ne reste jBflBois en arriére, jBflBois loin dssMi.

20 DIASE.

Je voy le gouflî'e et je m'y vay plonger ; « Quand on ne peut éviter un danger, Cest le meilleur d*y courir volontaire. >

Sentant au cœur ramoureuse poison, Je serois fol d'espérer guarison, Vu de quel trait ma poitrine est attainle;

Puis des malheurs qui sont prédestinez, Le seul remède aux cœurs déterminés.

C'est de n'avoir espérance ny crainte.

Ny les dédains de son jeune courage S Moqueur d'Amour et de sa deîté ; Ny mon désir trop hautement porté, Ny voir ma mort escrlte en son visage;

Ny mon vaisseau prest à faire naufrage. Le mast rompu, sans voile et ss^us clarté ; Ny les soucis dont je suis agité, Ny la fureur du feu qui me saccage ;

Ny tant de pleurs sans profit respandus, Ny ses propos qui me sont deffendus, Ny de mon mal avoir la cognoissance ;

Ny la rigueur d'un triste éloignement Me sortiront de son obéissance :

« Douce est la mort qui vient en bien aimant *.

Las ! que me sert de voir ces belles plaines ~ Pleines de fruits, d'arbrisseaux et de fleurs, De voir ces près bigarrex de couleurs.

Et l'argent vif des bruyantes fontaines ?

Cest autant d'eau pour reverdir ihes peines, D'huile à ma braise, à mes larmes d'humeur^, Ne voyant point celle pour qui je meurs. Cent fois le jour, de cent morts inhumaines.

Las ! que me sert d'estre loin de ses yeux Pour mon salut, si je porte en tous lieux

' Cœui'.

'■ Imité d'un sonnet italien qui débute de cette manière :

Ne di selvaggio cuor féroce sdegno, Np crude voglie nel mio danno accorte, Ne il veder già le mie speranze morte, Ni> il liingo airaimo lacriuioso e' ndegno, etc.

LIVRB I. 11

De 868 regards les stgettes* meurtrières? Autre penser dans mon cœur ne se tient: Comme celuy qui U ilevre soustient.

Songe toujours des eaux et des riirières.

L'aspre ftureur de mon mal véhément Si hors de moy m*étrange et me retire, Que je ne sçny si c'est moy qui soupire, Ny sous quel ciel m*a jeeté mon tourment.

Sui»-je mort? Non; j*ay trop de sentiment, Je suis trop vif et passible au martire. Suis-je \1vant? Las ! je ne le puis dire Loin de vos yeux par qui j*ay mouvement f

Seroit-cé un feu qui me brûle ainsi Famé? Ce n'est point feu : j'eusse estefait toute flame Par le torrent que mon dueil rend si fort.

Comment, Belleau*, feut-il que je l'appelle? Ce n'est point feu que ma peine cruelle. Ce n'est point vie, et si ce n'est point mort.

Ceux qui peignent Amour sans yeux N'ont pas bien sa force co^pnie; II voit plus clair qu'aucun des Dieux : Las ! j'id trop essayé sa vue !

Souvent, en pensant me sauver.

Je m'égare aux lieux solitaires ; Mais il ne feut A me trouver Dans les phis sauvages rq[Mdres.

Quoy que Je coure incessamment Par déserts» montagnes et plaines, Il ne m'éloigne aueunement*, Et me Jkit souHHr miUe pein«s.

Helas ! a-Uil mauvais regard?

De cent mille traits qu'il m'adresse,

» Flèches.

< Rémi BeBeau, pofite fianeux, né à Kogent-Mtotrou, m tSW. ie awrqais dVbeuf, gteéral des galères de France, remoMM en IlsHe io— ii précepteur de son fils. Il devint une des sept étoiles de lsPlHsJB,st senhln marquer une préférence pour les descriptions de la aalare. 0 tradnifil en versles 04m d'Aaacréon, les ndmomiim d'Aratus. te M dsit OM des phM anciennes pièces ds notrs théâtre, la Jtteomiifsiiisf . 11 aoucut ra—ée wftne où on rfmprima, en lin.

s 11 ne reste jmais en arriére, jaanis Mb ds SMi.

Je voy le goufii« et je m'y vay plonger : « Quand on ne peut éviter un danger, Cest le meilleur d*y courir volontaire. >

Sentant au cœur Tamoureuse poison, Je serois fol d'espérer guarison, Vu de quel trait ma poitrine est attainle;

Puis des malheurs qui sont prédestinez, Le seul remède aux cœurs déterminés.

C'est de n'avoir espérance ny crainte.

Ny les dédains de son jeune courage S Moqueur d'Amour et de sa delté ; Ny mon désir trop hautement porté, Ny voir ma mort escrite en son visage;

Ny mon vaisseau prest à Caire naufrage, Le mast rompu, sans voile et ss^us clarté ; Ny les soucis dont je suis agité, Ny la fureur du feu qui me saccage ;

Ny tant de pleurs sans profit respandus, Ny ses propos qui me sont deffendus, Ny de mon mal avoir la cognoissance ;

Ny la rigueur d'un triste éloignement Me sortiront de son obéissance :

« Douce est la mort qui vient en bien aimant *.

Las ! que me sert de voir ces belles plaines ~ Pleines de fruits, d'arbrisseaux et de fleurs. De voir ces prei bigarrez de couleurs.

Et l'argent vif des bruyantes fontaines ?

Cest autant d'eau pour reverdir mes peines. D'huile à ma braise, à mes larmes d'humeur?. Ne voyant point celle pour qui je meurs. Cent fois le jour, de cent morts inhumaines.

Las ! que me sert d'estre loin de ses yeux Pour mon salut, si je porte en tous lieux

■ Cœur.

'■ Imité d'un sonnet italien qui débute de cette manière :

Ne di selvaggio cuor féroce sdegno, 7<e crude vogKe nel mio danno accorte, No il veder già le mie speranze morte. Ne il liingo a iranno lacniiioso e' ndcgno, etc.

LIVRB I. 11

De 868 regards les sigettes* meurtrières? Autre penser dans mon cœur ne se tient: Comme celuy qui U ilevre soustient»

Songe toujours des eaux et des riirières.

L'aspre ftureur de mon mal véhément Si hors de moy m*étrange et me retire, Que je ne sçay si c'est moy qui soupire, Ny sous quel del m*a jecté mon tourment.

Sui»-je mort? Non; j*ay trop de sentiment, Je suis trop vif et passible au martire. Suis-je \ivant? Las I je ne le puis dire Loin de vos yeux par qui j'ay mouvement f

Seroit-ce un feu qui me brûle ainsi Famé? Ce n'est point feu : fensse esteint toute flame Par le torrent que mon dueil rend si fort.

Comment, Belleau', feut-il que je l'appelle? Ce n'est point feu que ma peine cruelle. Ce n'est point vie, et si ce n'est point mort.

CHANSON

Ceux qui peignent Amour sans yeux N'ont pas bien sa force connue ; II voit plus clair qu'aucun des Dieux : Las I j'ai trop essayé sa \'ue!

Souvent, en pensant me sauva*, Je m'égare aux lieux solitaires; Mais il ne feut A me trouver Dans les plus sauvages rq[Mdres.

Quoy que Je coure incessamment Par déserts, montagnes et plaines. Il ne m'éloligne auennement*, Et me Jkit souHHr mille peines.

Helas ! a-Uil mauvais regard?

De cent mille traits qu'il m'adresse,

» Flèches.

* Rémi BeBeau, pofite ftneux, né à Kogent-Mtotrou, m ISM. ie awrqais dWbeof, gteiral des galères de France, remoMna en IlsHe cosmm précepteur de son fila. Il devint une des sept ètoiiea de laPlHsJB,st semblg marquer une prMïrenee pour les descriptions de la aalare. 0 tradoisil en vers les 04m d'Aaacréon, les PAAioMéiiM d*Aratus. te M dsk OM des phis anciennas pièces ds notre théâtre, la Mmmma^mmt9. UMOucut ri—èe wftne où on rhnprima, en lin.

s II ne reste jaanis en arrière, jaanis loin ds asoi.

Jl ne me frappe eaa. nulle part

Qu'au cœur, où tou^'ours il me blesse.

11 a donc des yeux et voit bien, A quelque but qu'il vueille attaindre; Mais il est sourd et n'entend rien, On a beau soupirer et plaindre.

S'il eust ouy tant de regrets.

De cris, de sanglots et de plaintes, Que je lâche aux lieux plus secrets, Témoins de mes dures attaintes.

Quand il n'eust point eu d'amitié Et qu'il eust tout brûlé de rage.

Je suis seur qu'il eust eu pitié Et qu'il easi changé de courage.

Que me faut-il donc espérer.

Suivant ce Dieu plein de furie?

Il TOit bien pour me mar tirer.

Et n'entend rien quand je le prie.

On ne voit rien qui soit si solitaire Comme je suis, lors que je ne puis voir Ces deux beaux yeux, ma gloire et mon pouvoir, Dont l'orient mes ténèbres éclaire.

Tout éperdu, je ne sçaurois rien faire Que soupirer, me plaindre et me douloir, Blasmant la nuict, qui me fait recevoir De deux soleils une éclipse ordinaire.

Et dy tout bas : t Ah ! ce n'est pas à tort Que l'on te nomme, ô Nuict! sœur de la Mort, Qui tant de ibis as mon ame ravie !

Durant le jour, je voy, j*ay mouvement. Es-tu venue? helas! cruellement, On me ravit ma lumière et ma vie ! »

Eloignant vos beautés^, je vous laisse en ma place Mon cœmr, qui, comme moy, point ne vous laissera : Plustost d'un trait doré Venus vous blessera, Plustost de vos rigueurs s'amollira la glace.

Ne vous attendez pas qu'aucun malheur le chasse, Car, ^upres de vos yeux, rien ne l'oflTensera,

^'éloignant de vos beautés.

LIVAE 1. fi

Veu que, mesme en brûlant, asaei fier il sera Qu'antre feu que du ciel n*ait puny ton audace.

Traitez le bien ou mal, je n'en sertT touché; Car, pour dire le vray, c'est un coeur oébaudié Que le plaisir des sens journellement enyrre:

Quand je veux Fétonner d'un mauvais traitement, Il me repond, helas 1 trop véritablement, Que quiconque vous laisse est indigné de vivre.

Or' que mon beau soleil loin de moy se retire. Que verrez-vous, mes yeux, qui vous puisse éclairer? Il vous faudra tousjours aveugles demeurer, Soit que le jour s'abaisse ou qu'il commence à luire.

Or* que le ciel malin, pour assouvir son ire, Me ravit mon espoir, que pourray-je espérer? De tous contentemens je me veux séparer : Regrets, soucys, travaux, c'est vous que je désire.

On me verra seulet, par les bois écarter. Pour en mille bauts ois tristement m'éclater, Guidé de desespoir et d'amoureuse rage.

Si vous pouviez, mes yeux, me fournir tant de pleurs, Que j'y peusse noyer ma vie et mes douleurs, Helas ! j'auroy tiré profit de mon dommagel

Pour estre absent du bel œil qui me tue, Las I mon désir ne va diminuant ; Mais, dedans moy, tousjours continuant, Plus il me ronge et plus il s'évertue.

Un vain objet se présente à ma vue.

De cent pensers m'affolant et tuant, Et sens Amour perçant et remuant Mon coMir sanglant de sa griffe pointue.

Miséricorde I Amour, je te supply, Fay tant pour moy, que je mette en oubly Geste beauté dont ma douleur procède.

Las ! qu'ay-je dit? Amour, gniie tfen bien : J'ayme trop mieux ne m'alleger en rien : Le mal est grand, mais pire est le remède.

XXY

Lors que \a trait par voa yeui deooebé Rompit le roc de ma poitrine dure,

tl Dum.

Ce mesme trait dont vous m*avies touché, Htm mon esprit gniTa yostre figure.

Tous n*a?ei rien de rare et de cadié, De beau, de saint, du ciel et de nature, Qu*Amour subtû n*ait partout redierdié.

Pour foire en moy yostre irive peinture.

Bref, mon esprit, urdant d'affectioiis.

Est un miroir de vos perfections.

Où TOUS pouTSB TOUS mr toute dépeinte.

Si ma foy donc ne tous peutenflamer, A tout le moins» TOUS me devei aimer Pour le respect de Tostre image sainte.

Mon Dieu! mon Dieu! que j'aime ma déesse Et de son chef les trésors précieux !

Hem Dieu! mon Dieu! que j*aime ses beaux yeux, Dont l'un m*est doux, l'autre plein de rudesse !

Mon Dieu! mon Dieu! que f aime la sagesse De ses discours, qui raviroient les Dieux, Et la douceur de son ris gracieux.

Et de son port la royale hautessel

Mon Dieu! que faime à me ressouvenir Du tans qu*Ainour me flst seact devenir! Toiyours définis fadore mon servage.

Mon mal me plaist plus il est violant; Un feu si beau m*égéye en me brûlant, Et la rigueur est doiioe en son visage.

XXYII

Elle ptourait, toute palle de crainte, Lors que la Mort sa moitié menaçoit.

Et tellement l'air de cris remplirâoit.

Que la Mort mesme à pleurer eust contrainte.

Helas 1 mon Dieu, que sa grâce étoit sainte ! Que beau son tant, qui les lys effeçoitl Le trait d'Amour cependant me blessoit.

Et dans mon ame engravoit sa oomi^ainte.

L'air, en pleurant, sa douleur témoigna. Le beau soleil de pitié s'éloigna.

Les vens esmeus retenoient leurs haleines ;

Et sur la terre où tombèrent les pleurs De ses beaux yeux, amoureuses fontaines, Tout s'émaiUa de verdure et de fleurs.

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