‹ Œuvres de Philippe DesportesChapitre 15 sur 259 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

Je ne me plains de vostre cruauté A mes désirs injustement contraire; Je ne me plains que tout me desespère, Ny que le tans cède à ma loyauté.

Je ne me plains du vol que j'ay tenté, Jeune Dédale, aux périls téméraire; Quoy qu'il en soit, j'auray de quoi me plaire, Fondant aux rais d'une telle beawté.

Je ne me plains que l'effort des jaloux De moy me prive en me privant de vous; Je ne me plains que tout me Tasse craindre;

Mais, en souffrant tant de punitions.

De desespoirs, de morts, d'afflictions.

Las I je me plains que je ne m'ose plaindre!

Si c'est aimer que porter bas la vue, Que parler bas, que soupirer souvant.

Que s'égarer solitaire en rêvant.

Brûlé d'un feu qui point ne diminue;

Si c'est aimer que de peindre en la nue, Semer sur l'eau, jetter ses cris au vant. Chercher la nuîct par le soleil levant. Et le soleil quant la nuict est venue;

Si c'est aimer que de ne s'aimer pas, Haïr sa vie, embrasser son trespas.

Tous les amours sont campez en mon ame ;

Mais nonobstant, si me puis-je louer Qu'il n'est prison, ny torture, ny flame. Qui mes désirs me sçeust feir avouer.

Laâl que me sert, quand la douleur me blesse, Et que mon feu me cuit plus vivement.

Que je proteste et jure incessamment De jamais plus ne revoir ma princesse !

Si chaud désir m'aiguillonne et me presse, Quittant ses yeux, trop beaux pour mon tourment, (Qu'oubliant tout, et douleurs et serment, Je cours au lieu que jamais je ne laisse.

Des jeunes cœurs, l'enchanteur dangereux

ti DIAKE.

Ce mesme trait dont vous m'aviez touché, Dans mon esprit grava vostre figure.

Vous n'avez rien de rare et de caché.

De beau, de saint, du ciel et de nature, Qu'Amour subtil n'ait partout recherché.

Pour faire en moy vostre vive peinture.

Bref, mon esprit, ardant d'afl'ections.

Est un miroir de vos perfections.

Où vous pouvez vous voir toute dépeinte.

Si ma foy donc ne vous peut enflam^r, A tout le moins, vous me devez aimer Pour le respect de vostre image sainte.

Mon Dieu ! mon Dieu ! que j'aime ma déesse Et de son chef les trésors précieux !

Mon Dieu ! mon Dieu ! que j'aime ses bejiux yeux , Dont l'un m'est doux, l'autre plein de rudesse !

Mon Dieu ! mon Dieu ! que j'aime la sagesse De ses discours, qui raviroient les Dieux, Et la douceur de son ris gracieux.

Et de son port la royale hautesse!

Mon Dieu I que j'aime à me ressouvenir Du tans qu'Amour me flst serf devenir ! Toiyours depuis j'adore mon servage.

Mon mal me plaist plus il est violant; Un feu si beau m'égaye en me brûlant, Et la rigueur est douce en son visage.

XXYII

Elle pleuroit, tonte palle de crainte, Lors que la MmI sa moitié menaçoit.

Et tellement l'air de cris remplissoit.

Que la Mort mesme à pleurer eust contrainte.

Helas I mon Dieu, que sa grâce étoit sainte ! Que beau son tant, qui les lys effàçoitl Le trait d'Amour oepoidant me blessoit.

Et dans mon ame engravoit sa complainte.

L'air, en pleurant, sa douleur témoigna. Le beau soleil de pitié s'éloigna, Les vens esmeus retenoient leurs haleines ;

Et sur la terre où tombèrent les pleurs De ses beaux yeux, amoureuses fontaines, Tout s'émailla de verdure et de fleurs.

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