‹ Œuvres de Philippe DesportesChapitre 151 sur 259 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

11 estoit nvùct fermée, et les hommes lasses Reposoient sans soucy d'un fort sommeil presses; Oiseaux, bestes, poissons, sous l'horreur solitaire, Recevoient la faveur du repos ordinaire; Les vens comme endormis leurs soupirs retenoient. Et les feuilles des bois sans branler se tenoient. Bref, tout se reposoit. Olympe, au cœur blessée, Est seule qui ne sent repos en sa pensée. Les beautez d'Eurylas luy sont devant les yeux, Ses vertus, sa grandeur, ses faits victorieux, Et ses plaisans regards, qui mille amours recellent. De l'un de ses pensers cent autres renouvellent, Qui reblessent son ame, et ce doux souvenir Fait sa nouvelle ardeur plus forte devenir. Or* il luy prend vouloir de chasser toute crainte. Pour découvrir le mal dont son ame est attainte, Et or' elle a désir de se laisser brûler, Sans que l'on puisse Toir sa flamme estinceler! Ardant amour la pousse, et la peur la retire: L'un luy donne plaisir et l'autre la martire; Et de tant de pensers son cœur est agité, Qu'elle flotte incertaine en cette extrémité. Ores de cette part, or' de l'autre poussée. Comme une foible nef par les vagues forcée. Ou comme un vieux sapin combatu rudement Par deux vens ennemis, soufflans diversement. Encor en ses assauts ce qui plus l'importune. C'est qu'elle n'a pouvoir de plaindre sa fortune. Le faix de ses ennuis luy seroit plus léger, S'elle osoit d'un soupir sa poitrine alléger ; Mais elle sent, helas I son jaloux auprès d'elle (Indigne de toucher une chose si belle) Qui la fait contenir sans mouvoir ny gémir. Car elle a tousjours peur qu'il feigne de dormir.

Ainsi durant l'effort de tant de durs allarmes. Retenant ses soupirs, son recours est aux larmes. Tant que la nuit dura de pleurer n'a -cessé, En fin le foible esprit du travail oppressé, Peu à peu défaillit, et, vaincu, donna place Au sommeil gracieux, qui les ennuis efface.

Desjà le point du jour peu à peu s'avançoit, Et la femme à Tithon son chemin commençoit, Chassant du flrmament la grand' troupe estoilée. Quand Olympe en dormant fut toute consolée Par un songe amoureux que Venus luy flst voir. Messager du plaisir qu'elle devoit avoir.

Puis je m'en veux servir pour une autre entreprise. Olympe ainsi que luy ma puissance mesprise; Qu'ils se blessent l'un l'autre et, sans scavoir comment, Leurs deux cœurs soient navrez par un trait seulement.

Amour de tes propos les efifets s'ensuivirent, Car, dès le jour suivant que ces amans se veirent, Frappez du pront esclair qui sort de leurs beautez, Ils demeurent surpris, esperdus, transportez. Lors comme un qui choisit lieu propre à sa vengeance, Tu sors de ton embusche et, d'extrême puissance, Delaschant un trait d'or, qui bruit au décocher, Tu traverses deux cœurs aussi durs qu'un rocher. Chacun sent aussi-tost cette blessure estrange. Ils font sans y penser de leurs cœurs un eschange : Ce n'est qu'un vouloir mesme, et leurs regars légers Des* nouvelles amours sont piteux messagers. Chacun d'eux est surpris de crainte et de merveille; Leur teint ores est pasle, or' de couleur vermeille. Ils sentent un plaisir tout meslé de rigueur, Et de secrets soupirs ils esvantent leur cceur. Mais Olympe, à la fin quelque peu revenue. Craint d'avoir trop rendu cette amitié connue (Grande estoit l'assemblée), et croit asseurément Que chacun s'apperçoit de ce pront changement ; Se reprend de sa faute et tasche à se contraindre. Mais son ardant désir est trop grand pour le faindre. Desjà son nouveau mal paroist dessus son front. Puis ses brûlans soupirs et son penser profond. Ses yeux mal asseurez, son inconstant langage, Monstrent les passions qui troublent son courage ; Et plus elle met peine à cacher fa douleur. Plus la fièvre d'amour renforce sa chaleur. Quel moyen? quel conseil? Pauvre, que fiera-teUe Pour ne découvrir point sa blessure mortelle, Mesme aux yeux d'un mary jaloux et deftiant, Qui va, nouvel Argus, de cent yeux l'épiant. Cadenasse sa chambre et l'y tient enfermée, La presche incessamment de bonne renommée. Contrôle ses regards, ses habits, ses propos. Et ne laisse jamais son esprit en repos, Troublé des flots mutins d'une aspre jalousie, Dont son ame égarée est tellement saisie. Qu'il cherche les devins, aux sorciers a recours? Tous les dieux infernaux il appelle au secours, Pour luy garder sa femme, et n'a pas connoissanee Que les enchantemens contre Amour n'ont paiManoe.

Il estoit nvict fermée, et les hommes lassez Repose ient sans soucy d'un fort sommeil pressez; Oiseaux, bestes, poissons, sous l'horreur solitaire, Recevoient la faveur du repos ordinaire; Les vens comme endormis leurs soupirs retenoient, Et les feuilles des bois sans branler se tenoient. Bref, tout se reposoit. Olympe, au cceur blessée, Est seule qui ne sent repus en sa pensée. Les beautez d'Eurylas luy sont devant les yeux. Ses vertus, sa grandeur, ses faits victorieux, Et ses plaisans regards, qui mille amours recellent. De l'un de ses pensers cent autres renouvellent, Qui reblessent son ame, et ce doux souvenir Fait sa nouvelle ardeur plus forte devenir. Or' il luy prend vouloir de chasser toute crainte. Pour découvrir le mal dont son ame est attainte. Et or' elle a désir de se laisser brûler, Sans que l'on puisse voir sa flamme estinceler! Ardant amour la pousse, et la peur la retire : L'un luy donne plaisir et l'autre la marlire; Et de tant de pensers son cœur est agité, Qu'elle flotte incertaine en cette extrémité, Ores de cette part, or' de l'autre poussée. Comme une foible nef par les vagues forcée. Ou comme un vieux sapin combatu rudement Par deux vens ennemis, soufflans diversement. Encor en ses assauts ce qui plus l'importune. C'est qu'elle n'a pouvoir de plaindre sa fortune. Le faix de ses ennuis luy seroit plus léger, S'elle osoit d'un soupir sa poitrine alléger; Mais elle sent, helas ! son jaloux auprès d'elle (Indigne de toucher une chose si belle) Qui la fait contenir sans mouvoir ny gémir, Car elle a tousjours peur qu'il feigne de dormir.

Ainsi durant l'efi'ort de tant de durs allarmes. Retenant ses soupirs, son recours est aux larmes. Tant que la nuit dura de pleurer n'a cessé, En fin le foible esprit du travail oppressé. Peu à peu défaillit, et, vaincu, donna place Au sommeil gracieux, qui les ennuis efface.

Desjà le point du jour peu à peu s'avançoit, Et la femme à Tithon son chemin commençoit, Chassant du firmament la grand' troupe estoilée. Quand Olympe en dormant fut toute consolée Par un songe amoureux que Venus luy fist voir, tiessager du plaisir qu'elle devoit avoir.

La mere des Amours de sa douleur touchée, Ainsi qu'il luy sembloit, prés d'elle estoit couchée, Sechoit ses larges pleurs, son dueil reconfortoit, Et ce langage doux de sa bouche sortoit :

Beauté plus que mortelle, à mes yeux admirable, Ma compagne, ma fille, aux déesses semblable. Prenez cœur, ma mignonne, et souffrez doucemait Les angoisses d'Amour à ce commencement. Apres beaucoup d ennuis plus douce est la liesse, Et jamais un grand heur n'est acquis sans tristesse, Comme vous connoistrez : car je veux commencer, Lasse de vos douleurs, à vous recompenser. Si vous me voulez croire et chasser toute crainte, Monstrant par vrais effets que vostre amoiu* n'est feinte. O^ez donc le conseil que je vous veux donner. Et qu'un peu de hazard ne vous puisse estonner. Toute chose facile est indigne de gloire; rius grand est le péril, plus belle est la victoire.

Au fond du vieux palais, autresfois le séjour Des demi-dieux de France, est un temple d'Amour ; A nuaux argentez la voûte est toute painte ; Là se voit, à main droite, une figure sainte Du paradis heureux des amans fortunez.

De leurs longues douleurs à la fin guerdonnei. Si tost que le soleil, commençant sa carrière Pour porter aux humains la nouvelle lumière. Sera sur le midy, lorsqu'on n'y pense pas Et que chacun s'attend à prendre son repas, Ayant avecques vous pour compagne fidelle Camille, attainte au vif de Tardante estincelle Des yeux de Floridant, qui meurt pour ses beautez. Choisissez sagement les lieux plus escartez. Et vous rendez sans crainte en cette heureuse place. C'est là que vous sçaurez l'heur que je vous pourchasse, Mes délices, mes jeux, mes gracieux tourmans, Et de quelles douceurs j'enyvre les amans.

Venus, ce luy sembloit, à ces mots l'a baisée, Laissant d'un chaud désir sa poitrine embrasée, Puis disparut légère. Ainsi qu'elle partoit, Le ciel tout rejouy ses louanges chantoit, Los vents à son regard tenoient leurs bouches doses, Lt les petis Amours faisoient pleuvoir des roses. Phebus aux cheveux d'or sur les monts paroissoit, Et la nuit devant luy son grand voille abaissoit; Les flcui-s s'ouvroient au jour, et la gaye arondeUe < ^^aluoit en chantant la lumière nouvelle,

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