LIVRE II
.uand, avec un penser plaisant et soucieux, Jlympe se reveille, entr' ouvrant ses beaux yeux. Doucement tout autour la veuê elle a tournée, Puis se tint sans mouvoir comme toute estonnée ; En lin pleine d'amour son chet elle haussa, Et ces mots, l'œil au ciel, bassement prononça : Fille de Jupiter, ô divine Cytherel Qui, sous le voile ombreux de la nuit solitaire, M'as daigné consoler, je te suy désormais. Et ma belle jeunesse en tes mains je remets. Loin, loin fable d'honneur, qui m'a tenue en crainte! Arrière, ô vains respects! vous m'avez trop contrainte, Je ne redoute plus les propos envieux.
Et toy, mary jaloux, d'un œil trop curieux. Invoque tes esprits, veille après moy sans cesse ; J'auray pour mon secours l'amoureuse déesse, Qui me délivrera de ta captivité.
Débile est un mortel contre la deîlé.
De mille autres propos, chauds d'amoureuse flame. Olympe atteinte au vif s'asseuroit en son ame, Et se donnoit courage, aûn de mieux oser Pour sa belle entreprise hardiment exposer. Elle en parle à Camille et le songe luy conte, Camille ausî^ soudain à ses désirs est pronte; Amour luy donnoit cœur, le fait luy semble aisé, Puisque de Venus mesme il est favorisé. Tousjours de plus en plus ce désir continué. Et leur tarde beaucoup que l'heure soit venue, Biais ce ne fut pas tout : Olympe qui sçavoit Qu'au sang de Fleurdelys Amour ses traits lavoit. Ayant en mille endroits sa poitrine enserrée Par les divins attraits du gracieux Mirée, Compagnon d'Eurylas, veut que pareillement Elle soit leur compagne en ce contentement.
Olympe, que fais-tu? les amoiureux mystères Sont tousjours plus sacrez, plus ils sont solitaires. Ne t'avises tu point que c'est trop entrepris? Tu passes le conseil de la belle Cypris, D'accroistre ainsi le nombre et mettre en la partie La jeune Fleurdelys, sans l'avoir advertie.
Car vous la fustes prendre, et feignant la mener Pour passer la journée avec vous pourmener, Vous partez toutes trois. Tu marchois la première, La honte aucunesfois te fait tourner arrière, Ton pié douteux chancelle et n'oses plus passer. Mais l'Amour aussi-tost te contraint advance^.
Mi ELEGIES.
Amour servoit de guide en ce secret voyage,
Qui chassoit toute crainte et luy donnoit courage.
Elle va Tœil au guet, pas à pas, doucement,
Et tressant coup sur coup d'amoureux tremblement.
Si test qu'au vieux palais sans bruit furent entrées,
Des trois jeunes amans elles sont rencontrées,
Qui, douteux jusqu'alors, sentoient dedans le cœur
Un combat incertain d'espérance et de peur.
Fleurdelys qui les voit reste toute esbahie,
S'enflamme de courroux, se plaint d'estre trahie.
Parle haut, se tourmente et, d'un cœur despité,
Blasme la belle Olympe et sa témérité.
Les amans tous confus ne sçavent que luy dire :
L'un fait mille sermens, l'autre esperdu soupire.
Et l'autre, d'un parler triste et passionné,
S'eflforce d'amollir ce courage obstiné.
La pauvre Olympe mesme à jointes mains la prie,
L'appelle son désir, sa lumière et sa vie,
La serre estroitement, embrasse ses genoux,
Puis quelquefois se fasche et luy parle en courroux.
Hé quoy ! luy disoit-elle, où est vostre asseurance? Où sont tous ces propos si pleins de véhémence. Que vous me soûliez dire afin de m'enflammer. Avant que deux beaux yeux m'eussent forcé d'aimer? Quel charme ou quel démon maintenant vous travaille Qu'au besoin laschement le courage vous faille? Comme un soldat craintif, qui bien loin du danger Ne boiit que de combats, de forcer, d'assiéger. Parle haut des couards, leur lascheté reproche, Puis fuit honteusement quand l'ennemy s'approche ; Vous fuyez tout ainsi d'un cœur lasche et peureux. Bien que vostre ennemy ne soit pas rigoureux.
Ainsi parloit Olympe, à bon droit couiToucée; Vais pourtant Fleurdelys ne change de pensée. Son esprit mal-contant ne peut estre appaisé; Nirée en vain la prie, ardamment embrasé. Remonstre son amour, descouvre sa constance, Se plaint de ses rigueurs, perd toute patiance. Car il n'avance rien : ce courage endurci Ne se peut condescendre à luy donner mercy. Pendant qu'il parle à elle, ardant de mille fiâmes, Les amans désireux et les deux jeunes dames Entrent au paradis tant de fois souhaité. Agréable séjour de leur félicité.
0 jeune enfant Amour, le seul dieu des liesses! Toy seul pourrois conter leurs mignardes caresses,