‹ Œuvres de Philippe DesportesChapitre 154 sur 259 · LIVRE II. 3i · texte numérisé non relu

LIVRE II. 3i

Leurs soupirs, leurs regards, leurs doux ravissemens,

Et ces petits refus suivis d'embrassemens.

Ces propos enflammez, ces agréables plaintes,

Ces désirables morts et ces colères feintes.

Tu les peux bien conter, car tu y fus tousjours,

Ayant avecque toy mille petits Amours,

Les uns forgeans des traits* les autres de leurs ailes

Esventant doucement leurs flammes immortelles;

Les autres, voletans, tout autour s*amassoient,

Et les autres de fleurs ton carquois remplissoient.

Dont couvrois ces amans comme d'un grand nuage,

Puis voioient dans leurs yeux et baisoient leur visage.

Chacun à qui mieux mieux se monstrant désireux

De les rendre en ce lieu contans et bien-heureux.

Helas! pourquoy si tost finit cette journée? Pourquoy n'eust-elle au moins la longueur d*une année? Certes le clair Phebus, cessant de luire aux deux, Monstra bien qu'il estoit sur leur aise envieux, Et fist haster la nuit plus tost que de coustume, Remplissant leurs esprits d'angoisseuse amertume. Et leur faisant connoistre, à ce dur partement, Combien Theur des mortels s'enfuit légèrement.

ADVANTCRE SECONDE

CLBOPRON

Rigoureux point d'honneur, qui de si chaudes flames Poursuis les jeunes cœurs et les plus belles âmes, Qui romps leur plus doux somme, et leur fais mespriser L'aise et l'heur de la vie afin de s'exposer. Et, sous l'espoir d'un bruit d'honorable durée, Volontaires, courir à la mort asseurée.

Des malheurs que Pandore en la terre sema. Quand contre Promethé Jupiter s'anima Et rendit iiostre race en vivant misérable, Tu es le plus cruel et le plus dommageable ! Il falloit aux mortels des corps de diamant, Pour contre tes efforts résister seurement, Sans en si foible lieu loger tant de courage. Et voir perdre en un rien le plus céleste ouvrage. Mais, las ! si ta rigueur rendit oncques desfaits De nature et du ciel deux chefs-d'œuvre parfaits, Ces vers le feront voir, qu'entre cent mille allarmes D'ennuis et de sanglots, j'ay traeez et mes larmes.

Damon et Lycidas, deux astres de ce tans, Deux Achilles nouveaux, deux aimables Printans, Qui semoient comme fleurs les amours par la terre, Et blessoient tous les cœurs par une douce guerre, b'aimoient uniquement. Ce n'esloit qu'un vouloir : En eux un seul esprit deux corps faisoit mouvoir. Jamais l'œil de Phœbus ne veit telle jeunesse ; Cestoit toute vertu, douceur, grâce et prouesse. De^à leur clair renom flamboit en divers lieux, Mars logeoit en leur ame et l'Amour en leurs yeux.

Cleophon, qui partout fait reluire sa gloire, Grand prince et grand guerrier d'immortelle mémoire, Dont le clair jugement jamais ne se déçoit. De ces deux entre tous la valeur cherissoit. Eux, qui de ses vertus ont l'ame toute pleine, N'adorent rien que luy; c'est leur joye et leur peine, Et n'ont plus grand plaisir que de luy faire voir Ce que peut ai leurs cœurs l'honneur et le devoir. Advient qu'un soir tout seul Damon se délibère. Ondoyant des grands flots d'une jeune colère, Pour appaiser son cœur bouillant et généreux. De tenter le péril d'un combat rigoureux. Lycidas, qui l'entend, de courroux se transporte, Et, plein d'un beau despit, l'accuse en cette sorte :

Tu me veux donc ftiïr, ô mon plus cher soucy! Donc ma ferme amitié se voit payer ainsi. Qu'en l'essay périlleux d'une belle entreprise, Comme peu valeureux, ta vertu me mesprise? A qui plus désormais pourray-je avoir de foy, Si ce qui m'est plus cher se sépare de moy? Non, il n'en sera rien ; l'amour qui nous assemble Veut qu'au bien et au mai nous ayons part ensemble. Face le sort cruel ce que faire il pourra, Lycidas, ô Damon I jamais ne te lairra. Je te suivray partout, mon ame ardante et pronte De ce fragile corps sçait bien ne faire conte.

Damon repond ces mots : 0 mon plus doux penser, Ainsi victorieux te puissé-je embrasser.

Sans qu'aucun accident nostre amour diminué 1 Comme assez clairement ta valeur m'est connue, Ce nVsl pour cet égard que je t'avoy laissé ; Mais si l'aveugle sort, ou le ciel courroucé. Rendent là de mes jours la carrière achevée. Je vouloy que mon ame en toy fust conservée. Car, bien que le destin me fasse aller devant, .e ne croiray mourir si tu restes vivant;

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