‹ Œuvres de Philippe DesportesChapitre 153 sur 259 · LIVRE II. %ih · texte numérisé non relu

LIVRE II. %ih

Leurs soupirs, leurs regards, leurs doux rayissemens,

Et ces petits refus suivis d*einbrasseinens,

Ces propos enflammez, ces agréables plaintes,

Ces désirables morts et ces colères faintes.

Tu les peux bien conter, car tu 7 fus tousjours,

Ayant avecque toy mille petits Amours,

Les uns forgeans des traits, les autres de leurs ailes

Esventant doucement leurs flammes immortelles;

Les autres, voletans, tout autour s'amassoient,

Et les autres de fleurs ton carquois remplissoient,

Dont couvrois ces amans comme d'un grand nuage,

Puis voloient dans leurs yeux et baisoient leur visage,

Chacun à qui mieux mieux se monstrant désireux

De les rendre en ce lieu contans et bien-heureux.

Helas! pourquoy si tost finit cette journée? Pourquoy n*eust-elle au moins la longueur d*une année? Certes le clair Phebns, cessant de luire aux deux, Monstra bien qu'il estoit sur leur aise envieux. Et fist haster la nuit plus tost que de coustume, Remplissant leurs esprits d'angoisseuse amertume, Et leur faisant connoistre, à ce dur partement. Combien Theur des mortels s'enfuit légèrement.

ADVANTCRE SECONDE

CLBOPHON

Rigoureux point d'honneur, qui de si chaudes fiâmes Poursuis les jeunes cœurs et les plus belles âmes. Qui romps leur plus doux somme, et leur fais mespriser L'aise et l'heur de la vie afin de s'exposer, Et, sous l'espoir d'un bruit d'honorable durée, Volontaires, courir à la mort asseurée, Des malheurs que Pandore en la terre sema. Quand contre Promethé Jupiter s'anima Et rendit nostre race en vivant misérable, Tu es le plus cruel et le plus dommageablb! Il falloit aux mortels des corps de diamant, Pour contre tes efforts résister seurement, Sans en si foible lieu loger tant de courage. Et voir perdre en un rien le plus céleste ouvrage. Mais, las ! si ta rigueur rendit oncques desfaits De nature et du ciel deux chefs-d'œuvre parfaits, Ces vers le feront voir, qu'entre cent mille allarmes D'ennuis et de sanglots, j'ay traeez et mes larmes.

Mi ELEGIES.

Amour servoit de guide en ce secret voyage,

Qui chassoit toute crainte et luy donnoit courage.

Elle va Tceil au guet, pas à pas, doucement.

Et tressant coup sur coup d'amoureux tremblement.

Si tost qu'au vieux palais sans bruit furent entrées,

Des trois jeunes amans elles sont rencontrées.

Qui, douteux jusqu'alors, sentoient dedans le cœur

Un combat incertain d'espérance et de peur.

Fleurdelys qui les voit reste toute esbabie.

S'enflamme de courroux, se plaint d'eslre trahie,

Parle haut, se tourmente et, d'un cœur despité,

Blasme la belle Olympe et sa témérité.

Les amans tous confus ne sçavent que luy dire :

L'un fait mille sermens, l'autre esperdu soupire.

Et l'autre, d'un parler triste et passionné,

S*efforce d'amollir ce courage obstiné.

La pauvre Olympe mesme à jointes mains la prie,

L'appelle son désir, sa lumière et sa vie,

La serre estroitement, embrasse ses genoux,

Puis quelquefois se fasche et luy parle en courroux.

Hé quoy ! luy disoit-elle, où est vostre asseurance? Où sont tous ces propos si pleins de véhémence, Que vous me soûliez dire afin de m'enflammer. Avant que deux beaux yeux m'eussent forcé d'aimer? Quel charme ou quel démon maintenant vous travaille Qu'au besoin laschement le courage vous faille? Comme un soldat craintif, qui bien loin du danger Ne bout que de combats, de forcer, d'assiéger, Parle haut des couards, leur lascheté reproche, Puis fuit honteusement quand Tennemy s'approche ; Vous fuyez tout ainsi d'un cœur lasche et peureux. Bien que vostre ennemy ne soit pas rigoureux.

Ainsi parloit Olympe, à bon droit couiToucée; Vais pourtant Fleurdelys ne change de pensée. Son esprit mal-contant ne peut estre appaisé; Nirée en vain la prie, ardamment embrasé. Remonstre son amour, descouvre sa constance, Se plaint de ses rigueurs, perd toute patiance. Car il n'avance rien : ce courage endurci Ne se peut condescendre à luy donner mercy. Pendant qu'il parle à elle, ardant de mille fiâmes, Les amans désireux et les deux jeunes dames Entrent au paradis tant de fois souhaité, Agréable séjour de leur félicité.

0 jeune enfant Amour, le seul dieu des liesses! Toy seul pourrois conter leurs mignardes <

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