‹ Œuvres de Philippe DesportesChapitre 158 sur 259 · AU CHANT XXXII DE L A|II08T · texte numérisé non relu

AU CHANT XXXII DE L A|II08T

Doncques sera-t-il vray qu'il faille que je suive Une, helas ! qui me fuit et se cache de moy? Doncque sera-t-il vray qu'il faille que je vive Tousjours désespéré sous l'amoureuse loy? Souffriray-je tousjours l'orgueil qui me maistrise, Riant lors que mon œil plus de larmes espand? Me faut-il estimer celle qui me desprise? Me faut-il reclamer celle qui ne m'entand?

Las ! que mon espérance est douteuse et petite! Celle dont Fceil divin de mon ame est vainqueur, Reconnoist les mortels si peu pour son mérite Qu'il ne faut moins qu'un dieu pour vaincre un si beau cœur. Encor si quelque dieu, poingt d'amour et de gloire, A si digne combat hazardoit son pouvoir, Je suis aussi certain qu'elle auroit la victoire, Comme je suis douteux qu'il la peust esmouvoir.

Elle sçait, la rebelle ingratement hautaine. Si mon cœur, son esclave, est ferme à l'adorer, Et, pour le nom d'amant que mérite ma pâme, Du seul tiltre de serf ne me daigne honorer. Son œil cruel et beau voit le mal qui me presse. F.t ne s'avance point pour me donner confort;

T^ COMPLAINTE

Elle voit que je meurs implorant sa rudesse, Et diffère à m' aider lors que je seray mort !

Arreste, Amour cruel, arreste un peu la belle : 11 semble qu'elle voile, et je ne puis marcher; Ou fay que je retourne en ma saison nouvelle. Quand ses yeux ny tes traits ne m'avoient sceu toucher. Mais, ah ! que mon attente est folle et misérable, De prier un tyran qui s'esgaye aux douleurs! Car plus il est prié, moins il est exorable, Et ne vit que de cris, de sanglots et de pleurs.

Mais dequoy, las ! chetir! dequoy me doy-je plaindre. Fors que de mon désir qui m'élève trop haut Et, me poussant en l'air, jusqu'au ciel veut altaindre, Où il se brûle l'aile et tombe d'un grand saut? Lors un vain espérer des plumes me rattache; Je revole et retombe ainsi que j'avoy fait. Voilà comme en soufiûrant je n'ay point de relascho. Et ce qu'un jour avance un autre le desfait.

J'accuse mon désir, mais de meilleure sorte, En me plaignant de moy, je me dois accuser; Car seul de ma raison je luy trahy la porte. Tant il sceut finement ma simplesse abuser ! Et depuis, à clos yeux, comme il veut il me guide. Et n'y puy résister; car il s'est fait trop fort, Joint que pour l'arrester je n'ay ny firein ny bride; Et si suis tout certain qu'il m'emporte à la mort.

Mais je me plains de moy, qui n'ay point fait de faute Que de vous aimer trop. M'en puis-jc repentir? Certes non. Et, qui plus, ma jeunesse peu caute Des traits de vos regars n'eust sceu se garantir. Devoy-je user de force ou d'un art secourable, Pour ne voir vostre teint à l'aurore pareil. Vos yeux et vostre bouche? « 11 est trop misérable, Qui refuse de voir la clarté du soleil. »

Gesse, ô chant mortuaire I et trouvant l'inhumaine, Qui met toute sa gloire à meurtrir et blesser, Dy-luy qu'elle peut vivre et contente et hautaine. Puis qu'en la mort des siens gist son plus doux penser. Si tu vois au retour que, de fureur contrainte. Ma pamTe ame affligée ait ce corps délaissé, Honoi^ mon trespas d'une petite plainte, Et fay voir que l'Amour m'a mal recompensù.

IMITATION DE L'ARIOSTE

Page 1