‹ Œuvres de Philippe DesportesChapitre 161 sur 259 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Je chante une beauté des beautez la première, Le paradis des yeux et la vive lumière, Qui comme un clair soleil icy-bas s'espandoit, . Du tans que Charlemagne aux François commandoit; Celle qui receloit des attraits pour surprendre Les braves, qui pensoient contre Amour se deflèndre. Qui surmonta Renaud, Ferragut et Roland; Mais, sans aucun soucy de leur mal violant, Ni de tant de combats qu'ils avoient eus pour elle. Se fist tou^'ours connoistre aussi fiere que belle.

Race des dieux de France, honneur de l'univers, Mon prince, mon seigneur, le support de mes vers, Laissez un peu la charge où vostre esprit s'applique, Pour ouyr les regrets de la belle Angélique,

5o8 ANGELIQUE.

Et la grié^e douleur qui son ame oppressa, Quand ingrat et jaloux son Medor la laissa, Medor qui tenoit seul sa pensée asservie, Son cœur, son petit œil, son idole et sa vie.

Amour voulant un jour punir ses cruautez, Ml vanger les amans qu'elle avoit mal traitez, Luy tira droit au cœur une (lèche divine. Et rompit le glaçon qui gcloil sa poitrine; Lui fist aimer Medor, un jeune homme inconnu, Un mignon qui fut seul pour amant retenu. Et qui jouyt tout seul de la despouille aimée, Itecueillant la moisson par tant d'autres semée. Trop rare et digne prix de ce nouvel amant. Qui des travaux d'autruy reccut le payemant!

0 paladin Roland ! ô roy de Circassie I 0 valeureux Renaud ! que vous sert, je vous prie, De vous cstre aux hazards si librement trouvez. Et d'avoir tant de fois les dangers esprouvez. Rendant en mille endroits vostre vertu notoii'c, Puis qu'im beau Ganymede en remporte la gloiiv. Et que ce qui vous est si justement acquis Est sans aucun travail par un autre conquis? Un autre qui triomphe en hem'euse abondanco, Et vous autres, chetifs, en mourez d'indigeancc !

Or ce jeune Adonis, d'Angélique adoré.

Eut le chef tout couvert d'un petit poil doré. Qui flotte mollement quand le vent qui s'y jOuê, Ravi de sa beauté doucement le secoué.

Une toison subtile au menton luy naissoit, (>ui comme un blond duvet mollement paroissoil. Prime, douce et frisée, et nouvellement creuê. Comme petits flocons de soye bien menue.

De coral fut sa bouche, et son œil grossissant Trcssailloit de clarté comme un nouveau croissant ; Il eut le teint de lys et d'œillets mis ensemble. Ou comme la couleur d'une rose qui tremble. Nageant tout lentement dessus du laicl caillé; Rref, il semble à le voir d'un pré bien émaillé. Qui découvre au soleil mille beautez nouvelles, Quand la verde saison rend les campagnes belles. Amour n'est point si beau, Angélique n'eust sçcu Se gai-der d'enflammer aux rais d'un si beau fcii; Aussi, la pauvre amante au fond du cœur bleaiéc, Rien plus que son Medor ne loge en sa pensée. Elle est tousjours auprès, et ne pouiroit durer, S'il falloit tant soit peu de luy se séparer.

ANGliLIQUK. 359

C'est son dieu, c'est son tout, c'est l'ame de son ame;

Et luy qui sent au cœur une pareille flame,

IS'a plaisir qu'à la voir et à se contenter

De toutes les douceurs qu'un amant peut gousler.

Soit quand Phœbus revient de ki marine source, Soit quand il a fourny la moitié de sa course, Ou soit quand il descend de ses chevaux lassez, Il voit presque tousjours cey amans embrassez. Oies dans son giron Angélique est couchée. Ores dedans sa main tient la teste penchée Et se mire en ses yeux, et or* en se haussant Elle va son esprit sus la lèvre suçant; Elle languit dessus sans dire une parole,

Et à peu que son ame en ces jeux ne s'envole. ^

Son cœur est tout esmeu d'amoureux trerableinenl; ]

Et luy qui la regarde en ce doux mouvement D'un œil à demy clos, tout ravy s'esmerveille De voir tant de beautez sur sa bouche vermeille, Et de mille baisers longs et délicieux Va repaissant son ame et sa langue, et ses yeux. 11 passèrent deux mois en ceste douce guerre, Jouyssans à souhait d'un paradis en terre. Au logis d'un pasteur, où leur contentement Et leur parfaite amour eut son commencement.

Or il advint un jour qu'Angélique eust envie, Pour mieux continuer cette agréable vie. De revoir son royaume et de s'en retourner, •

Pour faire son Medor nouveau roy couronner.

Du soleil tout voyant la vermeille couniere '

Chassoit l'humide nuict par sa vive lumière, 1

D'une couleur dorée enrichissant les cieux. Quand ces jeunes amans partirent de ces lieux, Prenans congé devant des gracieux ombrages. Des antres, des rochers, des prez et des rivages. Et laissans pour témoins de leurs plaisirs passez Sur l'escorcc des bois leurs noms entrelacez. Tandis la renommée, hastive messagère, Met ses ailes aux pieds, voilant prontc et légère Aux quatre parts du monde, et par tout en passant Va de ce nouveau fait la merveille annonçant, Et crie à pleine voix qu'Angélique la belle, C(>lle qui se monslroit si hautaine et rebelle, A changé sa rigueur en douce privauté, Et qu'un pauvre soldat jouyst de sa beauté,

Un More bas de race et i»lu8 bas de courage, ,

Pour je ne S(;ay quel fard qui luit en son visage.

ôo8 ANGELIQUE.

Et la grièxe douleur qui son aine oppressa, Quand ingrat et jaloux son Medor la laissa, -Medor qui tenoit seul sa pensée asservie, Son cœur, son petit œil, son idole et sa vie.

Amour voulant un jour punir ses cruautez, Et vanger les amans qu'elle avoit mal traitez, Luy tira droit au cœur une flèche divine, Kt rompit le glaçon qui geloit sa poitrine; Lui fist aimer Medor, un jeune homme inconnu, L'n mignon qui fut seul pour amant retenu. Et qui jouyt tout seul de la dcspouille aimée, Itecucillant la moisson par tant d'autres semée. Trop rare et digne prix de ce nouvel amant, Qui des travaux d'autruy receut le payemant!

0 paladin Roland ! ô roy de Circassie ! 0 valeureux Renaud I que vous sert, je vous prie. De vous cstre aux hazards si librement trouvez, Et d'avoir tant de fois les dangers esprouvez, Rendant en mille endroits vostre vertu notoire, Puis qu'un beau Ganymede en remporte la gloirt-. Ht que ce qui vous est si justement acquis Est sans aucun travail par un autre conquis? Un autre qui triomphe en heureuse abondance, Et vous autres, chetifs. en mourez d'indigeancc !

Or ce jeune Adonis, d'Angélique adoi'é.

Eut le chef tout couvert d'un petit poil doré. Qui flotte mollement quand le vent qui s'y jOuë, Ravi de sa beauté doucement le secoué.

Une toison subtile au menton luy naissoit, (]ui comme un blond duvet mollement paroissoil, Prime, douce et frisée, et nouvellement creuê. Comme petits flocons de soye bien menue.

De coral Ait sa bouche, et son œil grossissant Trcssailloit de clarté comme un nouveau croissant ; 11 eut Ia teint de lys et d'œillets mis ensemble, Ou comme la couleur d'une rose qui tremble, Nageant tout lentement dessus du laict caillé; Urcf, il semble à le voir d'un pré bien émaillé. Qui découvre au soleil raille beautez nouvelles, Quand la verde saison rend les campagnes belles. Amour n'est point si beau, Angélique n'eust sçeu Se ganler d'enflammer aux rais d'an si beau feu; Aussi, la pauvre amante au fond du cœur blenêc, Rien plus que son Medor ne loge en sa pensée. Elle est tousjours auprès, el ne pourroit durer, S'il fulloit tant soit peu tic luy se séparer.

ANGIiLlQUK. 359

C'est son dieu, c'est son tout, c'est l'ame de son ame;

Et luy qui sent au cœur une pareille flame,

N*a plaisir qu'à la voir et à se contenter

De toutes les douceurs qu'un amant peut gouster.

Soit quand Phœbus revient de la marine source, Soit quand il a fouiny la moitié de sa course, Ou soit quand il descend de ses chevaux lassez, 11 voit presque tousjours cev'amans embrassez. Ores dans son giron Angélique est couchée. Ores dedans sa main tient la teste penchée Et se mire en ses yeux, et or' en se haussant Elle va son esprit sus la lèvre suçant; Elle languit dessus sans dire une parole, Et à peu que son ame en ces jeux ne s'envole.

Son cœur est tout esmeu d'amoureux trerablenienl; ^

Et luy qui la regarde en ce doux mouvement '

D'un œil à demy clos, tout ravy s'esmerveille De voir tant de beautez sur sa bouche vermeille, Et de mille baisers longs et délicieux Va repaissant son ame et sa langue, et ses yeux. 11 passèrent deux mois en ceste douce guerre, Jouyssans à souhait d'un paradis en terre, Au logis d'un pasteur, où leur contentement Et leur parfaite amour eut son commencement.

Or il advint un jour qu'Angélique eust envie. Pour mieux continuer cette agréable vie. De revoir son royaume et de s'en retourner, \

Pour faire son Medor nouveau roy couronner.

Du soleil tout voyant la vermeille courriere l

Chassoit l'humide nuict par sa vive lumière, l

D'une couleur dorée enrichissant les deux, Quand ces jeunes amans partirent de ces lieux, Prenans congé devant des gracieux ombrages. Des antres, des rochers, des prez et des rivages. Et laissans pour témoins de leurs plaisirs passez Sur l'escorce des bois leurs noms entrelacez. Tandis la renommée, hastive messagère.

Met ses ailes aux pieds, voilant pronte et légère Aux quatre parts du monde, et par tout en passant Va de ce nouveau fait la merveille annonçant, l'U crie à pleine voix qu'Angélique la belle, Celle qui se monstroit si hautaine et rebelle, A changé sa rigueur en douce privauté.

Et qu'un pauvre soldat jouyst de sa beauté, Un ilore bas de race et j)lus bas de courage, Pour je ne sray quel fard qui luit en son visage.

Si jamais amoureux ont esté travaillez, Estans de jalousie et d'amour tenaillez, Les amans d'Angélique à ceste fois le furent, Lors que sans y penser ces nouvelles ils sceurent. Ce ne sont que regrets et soupirs enflammez. Ce ne sont que sanglots sur l'arenc semez, L'air retentit par tout de leurs cris pitoyables ; Ils invoquent la mort, recours des misérables; L'œil jamais ne leur seiche, et de propos cuisans Blasphèment la fortune et les astres nuisans. Mais comme leur amour fut de diverse sorte. Ils sentirent aussi de leur passion forte Les effets differcns, et cet aspre courroux Aux uns estoit extrême et aux autres plus doux. Car, selon qu'ils aimoient d'amour grande ou petit(>. Fureur petite ou grande au dedans les irrite.

Or le premier de tous, qui ce fait entendit. Fut le comte Roland, un jour qu'il se perdit. Cherchant un chevalier; car sa triste advanturc L'égara dans un pré tout fleury de verdure. Auprès de la fontaine où les amans heureux Cueilloient de leurs amours tant de fruits savoure'ux.

Là fut-il assailly d'une ardante tristesse, Reconnuissant le nom de sa fiere maistresse Et celuy de Medor, engravez par endroits De la main d'Angélique en l'érorce des bois; Mais c'estoit peu de cas, et la jalouse flame Ne prenoit comme point de vigueur en son amc, N'eust esté le pasteur, hoste des deux amans. Qui luy flst les discours de leurs contentemans, Et comme leur amour avoit là pris naissance. Dont sans l>eaucoup languir ils eurent jouyssaucc. Ce fut lors que le comte, ardamment allumé, Eut de mille cousteaux l'estomach entamé; Ce fut lors qu'il ouvrit à son dueil la carrière, Ce fut lors qu'il maudit la céleste lumière; Ses cris furent de rage et de fUreur guidez. Et ses yeux furent faits deux torrens débordez. Qui couloient nuit et jour d'une ](Higue entresaite, Laschant maints tourbillons de sa poitrine cuite. En fin luy défaillant le vent pour soupirer. Ne pouvant plus du cœur une plainte tirer Et de ses tristes yeux la source estant tarie, Sa débile raison fist place à la furie; Bref, il courut les champs du mal qui l'agitoit, Pies nuds, estomach nud, ignorant qu'il estoit

Renaud \^ sceut après, mais ayant connoissance Long-tans auparavant, par longue experiance, De l'amour féminine et de sa fermeté, 11 creut fort aisément cette légèreté, Et la dissimula d'une façon plus sage, Bien qu'il sentist au cœur de grand's pointes de rage; Il se plaignit pourtant, mais ce fut tellement Qu'on ne penetroit point son ennuy véhément. Ni le poignant despit qui blessoit sa pensée, Car il tenait sa langue et sa lèvre pressée, Soupirant sans mouvoir comme tout espeixlu, Et parlant dans le cœur sans qu'il fust entendu; Puis quand il eut fait trêve à sa douleur terrible, Et qu'elle l'eut remis en estât plus paisible : a Sera-t-il vray, dit-il, que j'aille plus suivant Une ingrate, muable aussi-tost que le vaut. Qui de flamme nouvelle à toute heure est saisie. Suivant pour tout conseil sa seule fantaisie. Sans foy, sans jugement? qui a mis en mespris Tant de grands chevaliers de ses beautés espris. Pour suivre un estranger inconnu par le monde. Qui n'a rien qu'un beau teint et la perruque blonde? » Ainsi parloit Renaud, et sur l'heure il sentit Un dédain violant qui sa flamme amortit; 11 n'a plus dans le cœur l'affection première. Sa volonté n'est plus de l'Amour prisonnière, Sa dame luy déplaist, et ne trouve plus beaux Ses yeux qui luy sembloient deux célestes flambeaux; 11 juge pallissant le coral de sa joué. Et ne sçauroit souffrir que personne la loué ; Mais en s'appellant sot, il nomme malheureux L'an, le mois et le jour qu'il devint amoureux.

Il reste Sacripant, lequel ne sent encore La brûlante poison qui les autres dévore. Mais trop plus que jamais a le cœur enflammé; Chetif, qui meurt d'amour et qui n'est point aimé| Toutesfois il le pense, et son mal il soulage. Croyant que pour le moins nul ne l'est davantage.

C'estoit en la saison que les prez sont couverts, Les forests et les champs, d'accoustremens |ou8 verds. Que l'air est chaud d'amour, et que le doux zephyre Navré d'un poignant trait si bassement soupire. Lors que les petits bleds seulement verdoyans S'enflent au gré du vent, comme flots ondoyans ; Que Progné se lamente et que le bois resonne Des accords de sa sœur, qui ses plaintes entonne.

Si jamais amoureux ont esté travaillez, Estans de jalousie et d'amour tenaillez, Les amans d'Angélique à ceste fois le furent, Lors que sans y penser ces nouyellcs ils sceurent. Ce ne sont que regrets et soupirs enflammez. Ce ne sont que sanglots sur l'arenc semez, L'air retentit par tout de leurs cris pitoyables; Ils invoquent la mort, recours des misérables; L'œil jamais ne leur seiche, et de propos cuisans Blasphèment la fortune et les astres nuisans. Mais comme leur amour fut de diverse sorte. Ils sentirent aussi de leur passion forte Les effets differcns, et cet aspre courroux Aux uns estoit extrême et aux autres plus doux, Car, selon qu'ils aimoient d'amour grande ou petite Fureur petite ou grande au dedans les irrite.

Or le premier de tous, qui ce fait entendit. Fut le comte Roland, un jour qu'il se perdit. Cherchant un chevalier; car sa triste advanturc L'égara dans un pré tout fleury de verdure. Auprès de la fontaine où les amans heureux Cueilloient de leurs amours tant de fruits savoureux.

Là fut-il assailly d'une ardante tristesse, Reconnaissant le nom de sa fiere maistresse Et celuy de Nedor, engravez par endroits De la main d'Angélique en l'érorce des bois; Nais c'estoit peu de cas, et la jalouse flame Ne preuoit comme point de vigueur en son ame, K'eust esté le pasteur, hoste des deux amans. Qui luy flst les discours de leurs contentemans, Et comme leur amour avoit là pris naissance. Dont sans beaucoup languir ils eurent jouyssaucc. Ce fut lors que le comte, ardamment allumé. Eut de mille cousteaux l'estomach entamé; Ce fut lors qu'il ouvrit à son dueil la carrière, Ce fut lors qu'il maudit la céleste lumière; Ses cris furent de rage et de ftireur guidez. Et ses yeux furent faits deux torrens débordez. Qui couloient nuit et jour d'une longue entresaite, Laschant maints tourbillons de sa poitrine cuite. En tin luy défaillant le vent pour soupirer, Ne pouvant plus du cœur une plainte tirer Et de ses tristes yeux la source estant tarie. Sa débile raison fist place à la fVirie ; Bref, il courut les champs du mal qui l'agitoit, Pies nuds, estomach nud, ignorant qu'il estoit.

a:<G£Lique. 36

Renaud Ip sceut après, mais ayant connoissance Long-tans auparavant, par longue experiance, De l'amour féminine et de sa fermeté, II creut fort aisément cette légèreté, Et la dissimula d'une façon plus sage, Bien qu'il sentist au cœur de grand's pointes de rage; Il se plaignit pourtant, mais ce fut tellement Qu'on ne penetroit point son ennuy véhément. Ni le poignant despit qui blessoit sa pensée, Car il tenait sa langue et sa lèvre pressée, Soupirant sans mouvoir comme tout esperdu. Et parlant dans le cœur sans qu'il fust entendu; Puis quand il eut fait trêve à sa douleur terrible, Et qu'elle l'eut remis en estât plus paisible-; a Sera-t-il vray, dit-il, que j'aille plus suivant Une ingrate, muable aussi-tost que le vant, Qui de flamme nouvelle à toute heure est saisie. Suivant pour tout conseil sa seule fantaisie, Sans foy, sans jugement? qui a mis en mespris Tant de grands chevaliers de ses beautés espris, Pour suivre un estranger inconnu par le monde. Qui n'a rien qu'un beau teint et la perruque blonde? » Ainsi parloit Renaud, et sur l'heure il sentit Un dédain violant qui sa flamme amortit; 11 n'a plus dans le cœur l'affection première. Sa volonté n'est plus de l'Amour prisonnière, Sa dame luy déplaist, et ne trouve plus beaux Ses yeux qui luy sembloient deux célestes' flambeaux; Il juge pallissant le coral de sa joué, Et ne sçauroit souffrir que personne la loué ; Mais en s'appellant sot, il nomme mallieureux L'an, le mois et le jour qu'il devint amoureux.

II reste Sacripant, lequel ne sent encore La brûlante poison qui les autres dévore. Mais trop plus que jamais a le cœur enflammé; Chetif, qui meurt d'amour et qui n'est point aimé| Toutesfois il le pense, et son mal il soulage, Croyant que pour le moins nul ne l'est davantage.

C'estoit en la saison que les prez sont couverts, Les forests et les champs, d'accoustremens |ou8 verds, Que l'air est chaud d'amour, et que le doux zephyre Navré d'un poignant trait si bassement soupire. Lors que les petits bleds seulement verdoyans S'enflent au gré du vent, comme flots ondoyans ; Que Progné se lamente et que le bois resonne Des accords de sa sœur, qui ses plaintes entonne.

56i A.NGELIUL'E.

II c:itoit Tort liaute heure, et le soleil bien haut Pour la saison si douce estoit ardant et chaud. Quand ce gentil amant, dont la gloire évantée Estoit en mille endroits par sa vertu plantée, Se trouva dans un bois de sommeil aggravé, Ayant long-tans devant maint haut fait achevé : Un bois que la nature avoit fait pour complaire, Où couluit en serpent une eau luisante et claire. D'arbrisseaux et de fleurs ombragée à l'entour. Dont le flot tremblotant sembloit parler d'amour. L'air rit à l'emiron, et les halaines douces Des zopliyres mollets d'agréables secousses Font branler le feuillage, et vont rafiraichissant Celuy qui travaillé s'y repose en passant. Sacripant y demeure, et, couché sur l'herbage. Pense à se reposer au frais de ce rivage Du travail et du chaud, et de l'amour cruel Qui luy ronge le cœur, vautour perpétuel.

Ah! chetif, que fais-tu? fuy ce lieu, je te prie; Car, bien qu'il soit plaisant, que Thcrbe y soit fleurie, Le feuillage agréable et le \ent adoucy. Si ne dois- tu pourtant y demeurei' ainsi. Las ! ne l'entends-tu point? ce ruisseau qui murmure. Pleure et plains de pitié ta prochaine adventure. Mais je parle à un sourd : l'archer malicieux L'a privé de l'ouye aussi bien que des yeux.

Ce roy s'arresta là, n'ayant en la pensée Que l'unique beauté dont son ame est blessée; 11 en fait cent discours en son entendement, U se dit bien-heureux d'aimer si hautement; Voire est si hors d'esprit en ses amours, qu'il peus<^ Que l'honneur du tourment luy sert de récompense.

Mais, comme il est ainsi songeant et ravassaut. De l'un de se^ pensers un autre renaissant, Survient un messager, qui entre en ce bocage Pour y passer le chaud et se mettre à l'ombrage. Sacripant se retourne en le voyant venir (Las ! on ne peut fuir ce qui doit advenir M Il l'enquiert d'où il est, quel chemin il veut prendre. Et qui luy fait ainsi son voyage entreprendre.

Le courrier qui le juge à son geste hautain Quelque grand chevalier : « Je suis (dit-il soudain) N Messager d'Angélique, et ce mot vous sufHse, Une que le ciel mesme admire, honore et prise, Qui sert de jour au monde, et dont l'ceil gracieux llcccle tous les traits qui surmontent les dieux ;

ANGELIQUE. ofô

C'est-elle q\ii m'envoye en diver? lieux estranges

Pour annoncer sa gïoire et ses dignes louanges ;

Et pour faire scavoir qu'un Cupidon nouveau,

Un petit dieu (Taniour tout céleste et tout beau,

La rend de ses beautez douceroent embrasée,

Et que vrayment heureuse elle est son espousée.

C'est un dieu pour certain digne d'estre adoré.

Mais voyez, ce dit-il, son portrait figuré.

Et luy faites honneur; c'est une chose sainte.

Car du pinceau d'Amour cette image est dépaintc. «

Ainsi dit le courrier, dépliant de la main Un parchemin couvert qu'il portoit dans le sein, Où se voyoit au vif la belle portraiture Du bien-heureux Medor, chef-d'œu>Te de nature. Ah 1 Dieu I que de beautez s'esbatoient là-dedans I Que d'appas, que de traits, que de flambeaux ardans ! Que de lys, que d'oeillets, que d'amoureuses grâces. Que d'agréables morts, de douceurs et d'audaces ! L'œil y restoit perdu, l'esprit tout estonné, Et le corps plein de feu de cœur abandonné.

Si tost que Sacripant y eut jette la veuë, 11 la sent aussi-tost couverte d'unS nuê; Une froide sueur par les membres luy court, il perd les sentimens, muet, aveugle et sourd; Son cœur enflé de rage au dedans se mutine. Et pour sortir dehors combat dans sa poitrine ; Sa joué est toute tainte en mortelle couleur. Son ame est languissante en extrême douleur, D'amertume et de fiel sa bouche est toute plaine. Et tombe dessus l'herbe, ayant perdu l'halainc.

Qui a veu quelquesfois un qui n'y pense pas. Par un pront accident conduit près du trespas. Qui perd les mouvemens, la parole et l'ouye. Et ne monstre d'une heure aucun signe de vie? 11 a veu Sacripant de son long estendu. Ayant avec l'esprit tout sentiment perdu. Il ne respire point et reste en telle sorte. Qu'on ne peut l'estimer qu'une personne morte; En lin les yeux baignez vers le ciel élevant, Par un ardant soupir monstre qu'il est vivant. Lors il ouvre la bonde à ses larmes brûlantes. Il fait de ses deux yeux deux rivières coulantes. Et de son estomach, sans cesser haletant, De grands flots de soupirs coup sur coup vont sortant. Il reprend le pourtrait, tout privé de soy-mesrtc, Et tremble en le voyant de passion extrême,

Ô6i A^GELlgtE.

Il cstoit fort haute heure, et le soleil bien haut Pour la saison si douce estoit ardant et chaud, Quand ce gentil amant, dont la gloire évantée Estoit en mille endroits par sa vertu plantée, Se trouva dans un bois de sommeil aggravé, Ayant long-tans devant maint haut fait achevé ; Un bois que la nature avoit fait pour complaire. Où couluit en serpent une eau luisante et claire, D'arbrisseaux et de (leurs ombragée à l'entour, Dont le tlot tremblotant sembloit parler d'amour. L'air rit à l'environ, et les halaines douces Des znphyres mollets d'agréables secousses Font branler le feuillage, et vont rafiraichissant Celuy qui travaillé s'y repose en passant. Sacripant y demeure, et, couché sur l'herbage. Pense à se reposer au frais de ce rivage Du travail et du chaud, et de l'amour cruel Qui luy ronge le cœur, vautour perpétuel.

Ah ! chelif, que fais-tu? fuy ce lieu, je te prie; Car, bien qu'il soit plaisant, que Fherbe y soit lleurio, Le feuillage agréable et le \ent adoucy, Si ne dois- tu pourtant y demeurei* ainsi. Las ! ne l'entends-tu point? ce ruisseau qui murmure, Pleure et plains de pitié ta prochaine adventure. Mais je parle à un sourd : l'archer malicieux L'a privé de l'ouye aussi bien que des yeux.

Ce roy s'arresta là, n'ayant en la pensée Que l'unique beauté dont son ame est blessée; 11 en fait cent discours en son entendement, 11 se dit bien-heureux d'aimer si hautement; Voire est si hors d'esprit en ses amours, qu'il pense Que l'honneur du tourment luy sert de récompense.

Mais, comme il est ainsi songeant et ravassant. De l'un de se^ pensers un autre renaissant, Survient un messager, qui entre en ce bocage Pour y passer le chaud et se mettre à l'ombrage. Sacripant se retourne en le Toyant venir (Las! on ne peut fuir ce qui doit advenir I) 11 l'enquiert d'où il est, quel chemin il veut prendre, Et qui luy fait ainsi son voyage entreprendre.

Le courrier qui le juge à son geste hautain Quelque grand chevalier : « Je suis (dit-il soudain) N Messager d'Angélique, et ce mot vous suffise, Une que le ciel mesme admire, honore et prise, Qui sert de jour au monde, et dont l'cail gracieux Iieccle tous les traits qui surmontent les dieux;

ANGELIQUE. otiù

C'est-elle qui m'envoye en divers lieux estranges

Pour annoncer sa gloire et ses dignes louanges ;

Et pour faire scavoir qu'un Cupidon nouveau,

Un petit dieu (Tamour tout céleste et tout beau,

La rend de ses beautez doucement embrasée,

Et que vrayment heureuse elle est son espousée.

C'est un dieu pour certain digne d'estre adoré.

Mais voyez, ce dit-il, son portrait figuré.

Et luy faites honneur; c'est une chose sainte.

Car du pinceau d'Amour cette image est dépainte. «

Ainsi dit le courrier, dépliant de la main Un parchemin couvert qu'il portoit dans le sein. Où se voyoit au vif la belle portraiture Du bien-heureux Medor, chef-d'œu>Te de nature. Ah ! Dieu ! que de beautez s'esbatoient là-dedans ! Que d'appas, que de traits, que de flambeaux ardans ! Que de lys, que d'œillets, que d'amoureuses grâces. Que d'agréables morts, de douceurs et d'audaces ! L'œil y restoit perdu, l'esprit tout estonné. Et le corps plein de feu de cœur abandonné.

Si tost que Sacripant y eut jette la veuë. Il la sent aussi-lost couverte d'unft nuê; Une froide sueur par les membres luy court, il perd les sentimens, muet, aveugle et sourd ; Son cœur enflé de rage au dedans se mutine. Et pour sortir dehors combat dans sa poitrine; Sa joué est toute tainte en mortelle couleur, Son ame est languissante en extrême douleur, D'amertume et de fiel sa bouche est toute plaine, Et tombe dessus l'herbe, ayant perdu l'halainc.

Qui a veu quelquesfois un qui n'y pense pas. Par un pront accident conduit près du trespas, Oui perd les mouvemens, la parole et l'ouye. Et ne monstre d'une heure aucun signe de vie? Il a veu Sacripant de son long estendu. Ayant avec l'esprit tout sentiment perdu. Il ne respire point et reste en telle sorte, Qu'on ne peut l'estimer qu'une personne morte ; En fin les yeux baignez vers le ciel élevant, Par un ardant soupir monstre qu'il est vivant. Lors il ouvre la bonde à ses larmes brûlantes, Il fait de ses deux yeux deux rivières coulantes, Et de son estomach, sans cesser haletant. De grands flots de soupirs coup sur coup vont sortant. Il reprend le pourtrait, tout privé de soy-mesrtc, Et tremble en le voyant de passion extrême,

364 AMGKLlQUK.

Tient l'ceil fiché dessus, qui coule saus repos. Et demeure long-tans sans dire un seul propos. Mais, Toyant le courrier, il tasche à se contraindre, Et retient au dedans Tennuy qui le fiit plaindre. « Va, mon amy, dit-il; annonce le discours En mille lieux divers des volages amours De ta belle maistresse, helas ! trop variable, Et luy conte au retour, pour nouvelle agréable. Que Sacripant est mort, qu'il est froid et transi. Et que pour bien aimer on le guerdonne ainsi. »

Ayant dit ces propos en voix basse et plaintive. S'égare au fond du bois d'une course hastive. Taxant et maudissant par cris désespérez Les astres sans raison contre luy coujurez. Tout a pitié de luy : les rochers qui l'entendent, Esmeus de ses regrets, par le milieu se fendent, Et les petits oyseaux, de sa douleur touchez, Demeurent tous muets sur les branches perchez.

Le messager, surpris d'une telle merveille, Le suit tant comme il peut de l'ceil et de l'oreille. Pour en sçavoir l'issue, et, s' approchant de prés, Se musse doucement dans un lieu bien espés, D'où sans estre apperceu, faisant un coy sUance, 11 oit tous ses regrets et voit sa contenance, Contenance si triste et pitoyable à voir, Qu'elle eust peu l'enfer mesme à douleur esmouvoir; Car il se laisse aller à ses tristes pensées. Et mille passions contrairement poussées. Le courroux, la douleur, la rage, la pitié, La haine bien conceue et la vraye amitié, Se font guerre en son ame, et ne veulent permettre Qu'à l'une des deux parts il se puisse remettre. Ainsi comme un vieux chesne agité rudement Par deux vents ennemis soufllans diversement, L'air single du grand bruit de leur forte secousse; L'un le pousse deçà, et l'autre le repousse, A l'envy l'un de l'autre, et diriez à les voir Qu'il y a de l'honneur à qui le fera choir.

Durant que ces pensers font guerre ainsi diverse. Le roy, qui n'en peut plus, se jette à la renverse Sur l'herbe, où sans parler demeure longuement. Puis parlant en soy-mesme il dit tout bassement : « Qui donnera conseil à mon ame oppressée ? Doy-je pas, pour vanger mon amour offensée, Aller, non au Catay, mais jusqu'en celle part Où le soleil jamais ses rayons ne d^iart.

Pour trouver l'cnnemy d'où procède ma perte,

Luy fendre l'estomach, voir sa poitrine ouverte,

M'abbreuver de son sang, me nourrir de sa chair,

Et de son cœur indigne Angélique arracher,

Rendant par cet exemple évident témoignage

Combien la jalousie en soy porte de rage?

Mais, las! que dy-je? où suis-je? Ay-je donc projette

D'offenser, trop ingrat, la divine beauté.

Qui me retient si ferme en son obeyssance?

0 dieux ! pardonnez-moy s'il vous plaist cette offance !

Car elle est innocente, et suis tout asseuré

Qu'elle a de mes malheurs mille fois soupiré,

Et qu'elle a grand regret de son amour faussée.

Mais quoy ? le ciel cruel contre moy l'a forcée.

Et luy a fait choisir ce nouvel amoureux.

Hé! que ne peut le ciel malin et rigoureux?

Vy donc en doux repos, ô ma belle déesse !

Que jamais ton Medor pour autre ne te laisse ;

Ayez tousjours un cœur, un vouloir, une foy.

Et tout vostre malheur puisse tomber sur moy! »

Il se faisoit jà tard, et l'œil qui nous éclaire Avoit presque mis fin à son cours ordinaire; Toutesfois sa lumière encore apparoissoit, Mais en se retirant peu à peu s'abaissoit ; L'amant de plus en plus ses sanglots renouvelle, 11 fait sortir du chef une source étemelle, Et pourroit-on juger, voyant couler ses pleurs. Qu'il prétend d'y noyer sa vie et ses malheurs. 11 tient les bras croisez, et tout transi regarde l'hebus, qui de pitié sa carrière retarde, Et, les yeux vers le ciel incessamment fichez, Sort ces derniers regrets de sanglots empeschez :

« Oyseaux qui voletez par ces lieux solitaires, Eaux, chesnes et buissons, mes loyaux secrétaires, Oyez à cette fois ce qui doit m'advenir. Puis de mes actions perdez le souvenir. Vents, cessez un petit, que ma voix espanduê Ne soit point autre part qu'en ce bois entandué; Et toy, luisant soleil, arreste un peu ton cours, Et assiste à la fin de mes malheureux jours. Ce sera bien tost fait, car je veux en peu d'heure Voir la fin de ma vie et du mal que j'endure. Et toy, ciel inhumain, qui tousjours m'as suivy Comme un fier ennemy, sois au moins assouvy De ma mort avancée, et du sang que je tire Par ce fer de mon corps pour appaiser ton ire I »

Câ dit, en se levant de fureur transporté, Se saisit du poignard qu'il portoit au oosté. Le baise en soupirant, puis, d'ardeur violante. Au creux de l'estomach jusqu'aux gardes le plante; Le retire aussi-tost rouge, escumeux et chaud, Puis se laisse tomber, les yeux levez en haut. Le sang va contremont d'une force soudaine, Comme on voit quelquesfois les eaux d'une fontaine R^aillir en bruyant, d'un cours haut élancé, Par le petit pertuis d'un grand tuyau percé.

Le messager y court, qui voit comme il sanglote. Qu'il a les yeux mourans et que son ame flote Sur une mer de sang, qui ne veut s'estancher; Alors en haletant tache à le desseclier. Le roy, qui le connoist, vers luy dresse la face : « Dy comme tu m'as veu, » \dit-il d'une voix basse), Et, voulant achever, un sanglot il tira. Et son esprit en l'air comme vent soupira.

Le ciel commençoit fort d'obscurcir son visage, La clarté peu à peu faisoit place à l'ombrage, Et desjà dans le bois rien plus ne se voyoit , Qu'un grand voile obscurcy, qui les cœurs effiroyoit. Parquoy le messager, qui sent son ame attainte, Ne voulant demeurer toute la nuit en crainte Auprès de ce corps mort, en pleurant le laissa, Et pour gaigner logis autre part s'adressa. Son cœur est tout serré d'un fait si pitoyable, Il doute si c'est songe ou chose véritable ; Et luy tarde beaucoup qu'il ne trouve où loger, Pour, faisant ce récit, son esprit alléger.

Tant que la nuit dura, les nymphes des fontaines. Celles des clairs ruisseaux, celles qui sont aux plainos Et dans les bois sacrez, toutes grosses d'ennuy. Pleurèrent Sacripant et firent dueil sur luy. Honorant à l'envy son obseque dernière.

L'une arrosoit sa playe avec eau de rivière, L'autre essuyoit le sang, l'autre, qui soupiroit, La paupière des yeux doucement luy serroit; L'autre tenoit sa teste en son giron couchée. L'autre amassoit des fleurs et en faisoit jonchée. L'autre en plaignant sa mort la rigueur maudissoil. Et quelqu'une à l'écart l'ceil au ciel addreasoit. Faisant prière ainsi : « Père de toutes choses. Qui as fait, qui maintiens, qui conduis, qui disposes. Qui juges droitement, et qui, plein d'équité. Sou-guignes les ingrats d'an ceil tout deipité.

Voy ce sang d'un martyr qui le requiert vengeance,

Et puny justement d'une ingrate l'oftance;

Ingrate, outrecuidée, et qui n'estime pas

Que tu voyes du ciei les choses d'icy-bas.

Fay, Père, qu'elle porte une peine cruelle,

Pour avoir fait mourir un amant si fidelle;

Ou, si tu ne le fais, à bon droit les humains

Diront qu'en vain tu tiens le tonnerre en tes mains,

Que tu n'as point de soin de ce monde où nous sommes,

Et que c'est pour néant que te craignent les hommes. •

Ainsi prioit la nymphe, et le maistre des dieux Trois fois en se courbant tonna dedans les cieux, Et d'un esclair subtil fit scintiller la nue, Signe que la prière au ciel estoit venue.

MESLANGES

CONTBIIANS LES

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