‹ Œuvres de Philippe DesportesChapitre 162 sur 259 · DIVERSES AMOURS — BERGERIES ET MASQDABADES EPITAPHES · texte numérisé non relu

DIVERSES AMOURS — BERGERIES ET MASQDABADES EPITAPHES

PLAINTE

Seroit-il bien possible? ô Dieu! qu*ay-je entendu? Celle à qui les destins et mes yeux m'ont rendu, Qui viYoit toute en moy, dont j*estoy la pensée, Nostre amour a faussée.

0 foy I foy, dont le nom est si grand en vertu, S*il est ynj que tu sois, où te retires-tu? Abl tu m'as abusé! j'esprouve à mon donmiage Que tu n'es que langage.

Il n'y a dans les cœurs ny foy ny yerité; Il n'y a point de dieux, c'est un conte inventé, Et ne se trouve au ciel ny raison ny justice Pour l'humaine malice.

Si les dieux estoient vrays, qu'elle a tant invoquez! Us ne souffriroient pas d'avoir esté mooquez, Et qu'ainsi de leur nom elle se fùst servie Pour abuser ma vie.

Seuls les dieux reclamei ne m'ont point abusé; 11 a fallu s'aider de maint geste embrasé;

DIVERSES AMOIIKS. 1

Les pleurs y ont eu part, les soupirs cl les plaintes, Et les œillades feintes.

Avec tant d'ennemis qui n'eust esté don té? Mais, ô le beau laurier qu'elle aura mérité, Ayant sceu décevoir un amoureux fidelle, Qui ne croyoit qu'en elle!

11 n'estoit grand besoin de s'en travailler tant : Un seul trait de ses yeux, tous mes sens encliantanl, Ne suffisoit que trop pour me forcer à croire Que la neige estoit noire.

Oluy qui maintenant s'en pense estre adoré, Comment de son amour peut-il vivre asseuré, Puis qu'on ne peut trouver d'assez ferme cordage Pour une ame volage?

S'il se fle aux sermens, les sermens m'ont deceu ; S'il croit à ses regards, d'eux mon mal est issu; S'il voit pleurer ses yeux, en nos amours premières Ils versoient des rivières.

L'air, tant que son esprit n'est propre aux changemens ; Ce qu'elle a luy déplaist, et se sert des amans Comme l'on fait des fleurs, qui ne nous semblent belles Qu'estans toutes nouvelles.

Sa parole et son cœur sont tousjours differans. C'est un astre vrayment, mais c'est des plus errans, Et la lune est tardive en sa course pressée Auprès de sa pensée.

Son infidélité l'hellébore sera, Qui du cerveau troublé ma fureur chassera. Et comme un autre Âchil' guarira salutaire Le coup qu'elle a sceu faire.

Qu'elle n'espère donc me pouvoir ratraper ; Deux fois un mesme lieu ne me fait point choper ; Contre tous ses attraits et sa force magique J'ay l'anneau d'Angélique.

Dieux! que de tourbillons, de gresie et de nuages 1 Que je sens en l'esprit un tonnerre grondant! Est-il en la Sicile un fourneau plus ardant? Les marteaux de Vulcan forgent-ils tant d'orages?

Yeux plus traistres que beaux, qui faisiez les messages D'une ame ingrate et feinte, à ma mort prétendant, Si je le pensoy bien, je gaigne en vous perdant;'

MESLANGES

COXTBHANS LES

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