CONTRE UNE NCICT TROP CLAIRE
0 Nuict ! jalouse Nnict, contre mo^ eoxqurée, Qui renlTammes le ciel de nouvelle clarté, T'ay-je donc aujourd'huy tant de fois detirée.
Pour estre si contraire à ma félicité?
Pauvre moy ! je pensoy qu'à ta brune rencontre Les cieux d'un noir bandeau deussent estre voilez ; Mais, comme un jour d'esté, claire tu fais ta monstre. Semant parmy le ciel mille feux estoilez.
Et toy, sœur d'Apollon, vagabonde courriere. Qui pour me découvrir flambes si^airement, Allumes-tu la nuict d'aussi grande lumière, Quand sans bruit tu descens pour baiser ton amant?
Helas I s'il t'en souvient, amoureuse déesse, El si quelque douceur se cueille en le baisant, Maintenant que je sors pour baiser ma maistresso, Que l'argent de ton front ne soit pas si luisant.
Ah ! la fable a menty, les amoureuses flammes N'échauffèrent jamais ta fVoide humidité; Mais Pan, qui te conneut du naturel des femmes, T'offrant une toison, vainquit ta chasteté.
Si tu avois aimé, comme on nous fait entendre. Les beaux yeux d'un berger, de long sommeil touchez. Durant tes chauds désirs tu aurois peu apprendre Que les larcins d'amour veulent estre cachez.
Mais flamboyé à ton gré, que ta corne argentée Fasse de plus en plus ses rais estinceler : Tu as beau découvrir, ta lumière empruntée Mes amoureux secrets ne pourra déceler.
Que de fâcheuses gens, mon Dieu ! quelle coustume De demeurer si tard dans la rué à causer I Ostez-vous du serein, craignez-vous point le rheume? La nuict s'en va passée, allez vous reposer.
Je vay, je vien, je fuy, j'escoute et me promeine, Tournant tousjours mes yeux vers le lieu désiré; Mais je n'avance rien, toute la rue est pleine De jaloux importuns, dont je suis esclairé.
Je voudrois estre roy pour faire une ordonnance Que chacun deust la nuict au logis se tenir ; Sans plus les amoureux auroient toute licence: Si quelque autre failloit, je le feroy punir. •
0 somme 1 ô doux repus des travaux ordinaires, Charmant ])ar ta douceur les pensera ennemis. Charme ces yeux d'Argus, qui me sont si contraires Et retardent mon bien, faute d'estre endormis.
Mais je perds, malheureux, le tans et la parole, Le somme est assommé d'un dormir ocieuz ; Puis, durant mes regrets, la nuit pronte s'envole, Et l'aurore desjà veut defermer les cieux.
Je m'en vay pour entrer, que rien ne me retarde.
ZSf) DIVERSES AMOURS.
Je veux de mon manteau mon visage boucher ; Mais las! je m'aperçois que chacun me regarde, Sans estre découvert je ne puis approcher.
Je ne crains pas pour moy, j'ouvrirois une année Pour entrer au séjour qui recelle mon bien ; Mais je crains que ma dame en pust estre blasmée, Son repos mille foi^^'est plus cher que le mien.
Quoi? m'en iray-je donc ? mais que voudrois-je faire ? Aussi bien peu à peu le jour s'en va levant. 0 trompeuse espérance ! llcureux cil qui n'espcrc Autre loyer d'amour que mal en bien servant!
Qui l'eust jamais pensé qu'une femme de ville, Avec sa modestie et ses douces façons, M'eust apris d'un regard tant de doctes leçons. Et rendu mon esprit de sujets si fertile?
Le sou-ris de Venus tant d'amours ne distile; Sa voix et ses propos tendent des hameçons, Et n'y a si vieux cœur remparé de glaçons. Qui ne soit pénétré de flame si subtile.
Ses attraits nonchalans pleuvent mille trespas, Et croiriez, vous tuant, qu'elle n'y pense pas; Bref, tout son artifice est la mesme nature.
Le doux feu de ses yeux brûle sans consumer. Mais, ô mon bon démon, garde-moy de l'aimer I Tous ses coups vont au cœur, mortelle est leur pointure.
DIALOGUE
Ah Dieu ! que c'est un eslrangc martire Que d'endurer un ennuy sans le dire !
Et quand il faut tellement se contraindre, QuKl n'est permis en mourant de se plaindre.
Le feu couvert a plus de violance Que n'a celuy qui ses flammes élance ; L'eau qu'on arreste en est plus irritée, Et bruit plus fort plus elle est arrestée.
Vous qui sçavoz la fureur qui me dente,
S'il n'est permis que mon mal je vous conte, Helas ! jugez si je suis en mal-aise, Quand, vous voyant, il faut que je me taise.
Vous qui savez l'amour que je vous porte, M'estimez point ma peine estre moins forte ; Mais puisqu' Amour nos deux âmes assemble. C'est liien raison que nous souffrions ensemble.
0 vain penser 1 ô folle outrecuidance, Qui veut qu'Amour cède à son ordonnance, Qui dans les cœurs pense esteindre les flamcs, Et captiver la liberté des âmes !
Geste rigueur désormais pourra faire Qu'aucun propos la langue ne profère, Gesner nos sens, bâillonner nostre bouche. Mais aux esprits sa deffense ne touche.
Au moins déesse, au lieu de la parole. Que de vos yeux le rayon me console; Et d'une œillade, aux jaloux desrobée.
Voyez la peine où mon ame est tombée.
Et vous, mon cœur, usez-en de la sorte, Ressuscitant mon espérance morte; Parlez des yeux et me donnez courage. De vos regards j'enten bien le langage.
CHANSON gç
Doncques ce tyran sans mercy.
Qui pour moy n'eut jamais des ailes, N'a point maintenant de soucy Des vassaux qui lui sont fldelles?
Doncques ceux qui plus vivement Ont de son feu l'aroe saisie.
Il laisse outrager durement Par l'envie et la jalousie ?
Rien, rien ne profite la foy.
T»i DIVERSES AMOURS
L'ardeur, le zèle et le inartire ; D'autres qu'Amour donnent la loy, Et faut à leur gré se conduire.
Ce dieu qui veit au tans passé Sous luy toute force asservie, Maintenant luy-mesroe est forcé Par les jaloux et par l'envie.
Las'! il faut mon pié retarder D'aller où le désir me porte, Mon œil n'ose plus regarder L'objet qui seul me réconforte ; Ma main tremble et n'ose tracer' L'image qu'au ciel j'ay choisie, Et voy tous mes vers effacer Par l'envie et la jalousie.
Je me deffens de respirer, De peur d'éventer ma tristesse, Ma bouche un mot n'ose tirer, Craignant de nommer ma maistressc ; Et pour rendre moins découverts Les feui qui saccagent ma vie.
J'erre sauvage en ces déserts.
Fuyant les jaloux et l'envie.
Mais, si les propos envieux, 0 ma claire et céleste flame !
Séparent mes yeux de vos yeux, lis n'en séparent point mon amc ; Tousijours vostre unique beauté M'est présente en la fantaisie :
Tel bien ne me peut estre osté Par l'envie et la jalousie.
Car, si vostre chaste froideur, Et vos rigueurs pleines de glace N'ont rien peu contre mon ardeur, Moins y peut toute autre menace ; Plus d'ennuis s'iront élevans.
Mieux de mSy vous serez servie.
Toufijours ferme aux flots et aux vans Tant des jaloux que de l'envie.
DIALOGUE
Doncques ces yeux bien A la fin se sont armez
blVËKSES AMOliUS. 3H3
De feux, d'esclaii*s et d'orage ?
Donc pour ne voir le tourment, Qui me presse ii^justement.
Vous destoumez le visagtt?
Dieux ! que la femme est pronte à changer de courage !
Donc pour loyer d'amitié, 0 cœur plein de mauvaisetié 1 Tu te plais quand tu m'abuses ?
Et couvrant ta fausseté, Tu penses que ma bonté Tou^jours se paye d'excuses?
Mais pour te croire plus je connoy trop tes mses. m
llelas! où prenez-vous ce courroux véhément (Contre un qui ne veut rien que vous rendre servie?
D. Mais toy-mesmeoù prens-tu ce nouveau changcmcnl, S'il est vray que je t'aime et que tu sois ma vie ?
A bon droit les siècles vieux Nous ont peint Amour sans yeux, Monstrans comme il se doit croire; Trop d'ardeur le plus souvant, Nos sentimens décevant, En rapporte la victoire, Et fait juger le blanc estre une couleur noire.
L'ardeur ne m'aveugle en rien, Ce qui est je le voy bien :
Je trouve chaude la flame, Le jour me semble luisant.
Et ne faux point en disant Qu'Amour ne loge en ton ame, Ou, s'il te va brûlant, c'est pour une autre dame.
Peussé-je à descouvert mon cœur vous faire voir ! Yostre image sans plus s'y trouveroit empreinte.
Mais peussé-je aussi-tost guarison recevoir Au mal que tu me fais, comme je s^y ta feinte 1
r>8i DIVERSES AMOURS
L'ardeur, le zèle et le martire; D'autres qu'Amour donnent la loy, Et faut à leur gré se conduire.
Ce dieu qui veit au tans passé Sous luy toute force asservie, Mainlenant luy-mesme est forcé Par les jaloux et par l'envie.
Las'! il faut mou pié retarder D'aller où le désir me porte.
Mon œil n'ose plus regarder L'objet qui seul me reconforte ; Ma main tremble et n'ose tracer' L'image qu'au ciel j'ay choisie, Et voy tous mes vers effacer Par l'envie et la jalousie.
Je me deffens de respirer, De peur d'éventer ma tristesse, Ma bouche un mot n'ose tirer, Craignant de nommer ma maistressc ; Et pour rendre moins découverts Les feui qui saccagent ma vie.
J'erre sauvage en ces déserts.
Fuyant les jaloux et l'envie.
Mais, si les propos envieux, 0 ma claire et céleste flame !
Séparent mes yeux de vos yeux, Us n'en séparent point mon aine ; Tousijours vostre imique beauté M'est présente en la fantaisie :
Tel bien ne me peut estre osté Par l'envie et la jalousie.
Car, si vostre chaste froideur.
Et vos rigueurs pleines de glace N'ont rien peu contre mon ardeur, Moins y peut toute autre menace ; Plus d'ennuis s'iront élevans, Mieux de mSy vous serex servie.
Toufijours ferme aux flots et aux vans Tant des jaloux que de l'envie.
DIALOGUE
Doncques ces yeux bien aimei A la fin se sont armex
blVEKSES AMOliUi». 383
De feux, d'esclaii*s et d'orage ?
Donc pour ne voir le tourment, Qui me presse ii^justement.
Vous destoumez le visagtt?
Dieux ! que la femme est pronte à changer de courage !
Donc pour loyer d'amitié, 0 cœur plein de mauvaisetié !
Tu te plais quand tu m'abuses ?
Et couvrant ta fausseté, Tu penses que ma bonté Tousjours se paye d'excuses?
Mais pour te croire plus je connoy trop tes i-uses. m
llelas! où prenez-vous ce courroux véhément (!lonlre un qui ne veut rien que vous rendre servie?
Mais toy-mesmeoù prens-tu ce nouveau changcmcni, S'il est vray que je t'aime et que tu sois ma vie ?
A bon droit les siècles vieux Nous ont peint Amour sans yeux, Monstrans comme il se doit croire; Trop d'ardeur le plus souvant, Nos sentimens décevant, En rapporte la victoire, Et fait juger le blanc estre une couleur noire.
L'ardeur ne m'aveugle en rien, Ce qui est je le voy bien :
Je trouve chaude la flame, Le jour me semble luisant.
Et ne faux point en disant Qu'Amour ne loge en ton ame, Ou, s'il te va brûlant, c'est pour une autre dame.
Peussé-je à descouvert mon cœur vous faire voir ! Yostre image sans plus s'y trouveroit empreinte.
Mais peussé-je aussi-tost guarison recevoir Au mal que tu me fais, comme je s^y ta feinte 1
Quelle preuve, ou quelle foy Vous puis-je donner de moy, Qui ces créances efface?
Rien ne sçauroit m'asseurer, Car quelle foy peut jurer Un cœur si plein de fallacc, Kn qui jamais l'amour ny la foy n'eurent place?
La mort que je sens venir, Pour mes angoisses finir, Vous rooDstrera le contraire.
Ah 1 trompeur ! tu vas pensant Que ce propos soit puissant Pour adoucir ma colère?
Je connoy ta feintise et ta ruse ordinaire.
Puissé"je donc mourir si j'aime autre que vous I
Les sermens amoureux ne font moindre l'ofiànce.
Qui peut donc appaiser vostre injuste courroux?
Le désir espéré d'une pronte vengeance.
Modérez cette fureur,
Il n'y a si grande erreur
Qu'une forte amour n'oublie.
Mais il n'est amour si fort Quand souvent on luy fait tort, Qui ne se change en furie.
(jiande amour en grand* haine est souvent convertie.
Les courroux des vrais amans
Font par leurs embrascmans Que l'amour plus fort s'entlame.
Helas ! je Tesprouve assez !
Car tant d*outrages passez, Au lieu d'esteindre ma flame, La font plus violente et plus vive en mon ame.
Quelle preuve, ô mon bien! m'en peut rendre assairé? Comment croiray-je, helas! que vostre ire est passée?
Vous redonnant mon cœur que j'avois retiré, Et n'aimant rien que vous, qui m'aviez deslaissée.
Quand je pense aux douleurs dont j'estoy tourmenté, Durant que je vivoy sous l'amoureux empire, Ce penser me transporte et fait que je soupire. Touché du souvenir de ma captivité.
« C'est en vain, dis-je alors, que quelque autre beauté Entreprend désormais de me penser réduire; Car, en me souvenant de mon passé martire. Je sçauray mieux garder ma chère liberté. »
Voilà ce que j*asseure et que je pense faire; Mais, voyant vos beautez, je croy tout le contraire, Et cours aveuglément au malheur préparé*
Adieu donc, liberté, tu m'as assez suivie ! Je ne redoute plus le travail enduré; En si belle prison je veux perdre la vie.
CHANSON
Que m'a servy de vous avoir servie Sept ans entiers, à mon mal conjuré, Le phis souvent de vos yeux séparé.
Non de vos yeux, mais de ma propre vie?
Que m'a servy d'avoir perdu mon ame, Mes pleurs, mon tans, mon repos, ma raison, Et que vostre œil ait séché par sa flame Les belles fleurs de ma jeune saison?
Que m'a servy cette allégresse fainte, Qui seurement ma douleur recelo^,
386 DlVEBSES AMOUHS.
Et quand l'amour plus ardant me brûloit, ITestre gardé de lascher une plainte?
Que m'a servy cette libre apparance, Dont j*abusoy vos valets curieux, Et pour chasser toute leur defflance Avoir donné tant de loix à mes yeux?
Que m'a servy la peine que j'ay prise A gouverner un mary roal-plaisant, Et, tant de jours avec luy m'amusant, Perdre à l'ouyr le peu de ma franchise?
Que m'ont servy ces mespris ordinaires, Qui l'empeschoient de devenir jaloux, Ces libériez et ces feintes colères, Dont quelquefois vous entriez en courronx ?
Que m'ont servy tant d'errantes pensées, Qui m'égaroient loin des gens et du bruit? Que m'ont servy, ^us l'horreur de la nuit. Tant de sanglots et de larmes versées?
Helas ! de rien ; tout me porte nuisance. Et mes respects vous rendent sans pitié! Car vous croyez qu'en telle patience J'ay peu de mal et fort peu d'amitié.
Si j'aimoy bien, je ne pourroy connoistre Tant de dangers que je vay évitant.
Un fort desii' tout conseil va doutant, Avec l'amour la raison ne peut estre.
De tels propos, tyrans de mon courage.
Vous me blasmez au lieu de m'estimer:
Qui voit si clair et qui demeure sage (Ce dites-vous), ne sçauroit bien aimer.
Ah! je l'advouê et tiens pour véritable Que loin d'Amour la sagesse s'enfuit ; Ten sers de preuve, aimant ce qui me nuit Et bannissant ce qui m'est profitable.
Respondez-moy, ma mortelle déesse.
Vous qui m'avez en rocher transmué :
Est-ce monstrer d'avoir quelque sagesse Que d'adorer vos yeux qui m'ont tué?
Quelle fureur peut estre tant extrême, Qu'estre tousjours de soucis agité, Pour l'appétit chasser la volonté.
Aimer un autre et se haïr soy-mesme?
N'estre jamais une heure en mesme sorte, Pallir, rougir, espérer et douter, Aux ennemis laisser libre la porte.
Et pour les sens la raison rejeter?
DIVERSES AMOUBS.
Mais plus encor, insensé, je m*outrage ; Car, en pouvant mon ardeur modérer Par mes soupirs, je ne veux soupirer Ny me douloir, pour brûler davantage.
C'est peu de cas qu'un mal qui se peut dire, Auprès du mal dans Tesprit retenu, Quand en son dueil on est contraint de rire, Le conservant pour le rendre inconnu.
Si toutesfois vous croyez le contraire.
Et que je pense, en faisant autrement, Vous asseurer d'aimer plus ardamment.
Bien je suivray la coustume ordinaire.
Mes passions ne seront plus contraintes, En tous endroits nostre amour se dira ; L'air refrappé ne bruira que mes plaintes, Et sur mon front ma douleur se lira.
Sans nul égard par tout je vous veux suivre, J'ay trop long-tans languy loin de vos yeux; N'espèrent plus les propos envieux Me séparer du bien qui me fait vivre !
Aucun respect de mary ny de frère Ne me pourra désormais abuser; A tous propos, sans peur de leur desplaii'e. Devant leurs yeux je viendray vous baiser.
Valets fascheux, qui par vostre presance De voir mon bien m'avez tant sceu garder, Ne pensez plus me pouvoir retarder; Bien peu me chault qu'en ayez connoissaucc.
Sur ces beautez j'auroy tousjours la veuê. Mes chauds soupirs plus je ne retiendray. Je baiseray ce bel œil qui me tué, Et de mon mal tout haut je me plaindray.
M'advienne après ce qu'il faut que j'attande De ces hazards, je veux tout endurer; Au moins ma mort pourra vous asseurei* Que non la peur, mais l'amour me commande.
XYII
Je voyoy foudroyer d'un effort incroyable Les murs d'une cité que l'ennemy tenoit; La place estoit en feu, l'air autour resonnoit, Horrible de ftimée et de bruit effiroyable.
Le rebelle ennemy, d'un courage indomtable Canonnant, sans cesser nostre choc soustenoit; L'un couroit à l'assaut, l'autre s'en revenoit.
Remportant pour loyer une playe honorable.
Or, comme je pensois estre hors du danger, Deux yeux, qu'Amour luy-mesme avoit voulu charger, Me vindrent dans le cœur mortellement attaindre.
Las ! les plombs ennemis ne m'a voient point blessé; Les balles de vos yeux sont beaucoup plus à craindre, Qui m'ont en mille endroits cruellement percé.
XYIII
Je la doy bien haïr cette main ennemie, Qui décocha sur moy tant de traits rigoureux, Et du sang de ma playe, encor tout chaloureus, ITescrivit dans le cœur le nom de Parthenie.
Toutesfois je l'adore, et la peine infinie Ifen sçauroit retirer mon oeil trop désireux; Peussé-je luy donner cent baisers amoureux, Pour vanger mon outrage et la rendre punie !
Ce bel amas de neige, excessif en froideur, Pourroit en le pressant rafraichir mon ardeur. Si le secours d'un mal se prend de son contraire.
Mais, puis qu'un si grand prix à ma foy n'est promis, Au moins baisons son gand. 11 est tousjours permis De baiser le dessus d'un sacré reliquaire.
Se peut-il trouver peine en amour si diverse Que ce cruel enfant ne m'ait fait endurer? A-t-il en son royaume une seule traverse, Où je ne me sois veu mille fois égarer?
En mon cœur chaque jour sa rigueur il exerce, Ayant tousijours dequoy mon esprit martyrer; Et croy que sur moy seul, pour me désespérer, De tous les amoureux tous les tourroens il verse.
J'ay demeuré quatre ans vivant en liberté. Sans joye et sans douleur, auprès d'une beauté De tous les dons du del heureusement pourveuë.
Apres un si long-tans il m'en vient enflammer. Et, comme si j'avois une nouvelle veuê, %
Je la sers, je l'adore, et meurs de trop Taimer.
J'ay tant suivy l'Amour sans avoir recompanc J*uy tant pour l'adoucir vainement soupiré,
Que, le reconnoissant conlre moy conjuré, Je dois jusqu'au tombeau luy faire résistance.
Laschement toutesfois, sans me mettre en deffancc, Je me rens pour un trait que vos yeux m'ont tiré; Bien que je voye à l'œil mon malheur préparé, Et que le desespoir soit ma seule espérance.
Mais qui pourroit fuîr le desastre ordonné? L'un meurt dedans son lict, l'autre est prédestiné Pour mourir au combat, l'autre au milieu de l'onde.
De moy, par les effets on peut voir clairement Que le ciel arresta, quand je vins en ce monde. Que je devoy mourir pour aimer constamment.
Six jours, ah 1 dieux, c'est trop ! six jours sans l'avoir vcuë, Plus fascheux à passer qu'un long siècle d'ennuis! Je les appelle jours, c'estoient obscures nuits ; Car mes yeux aveuglez n'ont jour que de sa veuô.
Le mal qui tient au lict ma puissance abatuê Ne m'est grief, que d'autant que voir je ne la puis; Médecins qui jugez du tourment où je suis. Pour Dieu, faites qu'il cesse, ou que tost il me tué I
Vostre art ne sçauroit-il me donner le pouvoir D'aller jusqu'au chasteau seulement pour la voir? Trouvez-raoy ce moyen, ma langueur est finie.
Sinon retirez-vous, c'est en vain consulté ; Saignée, herbes, onguens, ne font pour ma santé : Non mal et son remède est l'œil de Parthenie.
COMPLAINTE
Lasl plus je vay avant, plus je suis outragé D'un regret inhumain, qui me tient assiégé Depuis le triste jour que j'ay laissé ma dame, Et que je ne voy plus la clarté de ses yeux, Plaisans flambeaux d'amour, serains et gracieux. Qui. comme un beau soleil, esclairoient à mon ame.
Ce dieu, qui ne veut point mes tristesses flnii*, Réveille mon esprit d'un poignant souvenir. Mettant devant mes yeux tant de faveurs laissées. Tant de rares beautez, tant de contentemens, De discours, de baisers, de doux languissemens. Et tant de brèves nuitcs si doucement passées.
Je connoy maintenant qu'il me faisoit gouster
388 DIVER8ES AMOURS
Remportant pour loyer une playe honorable.
Or, comme je pensois estre hors du danger, Deux yeux, qu'Amour luynnesme avoit voulu charger. Me vindrent dans le cœur mortellement attaindre.
Las! les plombs ennemis ne m'a voient point blessé; Les balles de vos yeux sont beaucoup plus à craindre, Qui m'ont en mille endroits cruellement percé.
XYIII
Je la doy bien haïr cette main ennemie, Qui décocha sur moy tant de traits rigoureux. Et du sang de ma playe, encor tout chaloureux, ITescrivit dans le cœur le nom de Parthenie.
Toutesfois je l'adore, et la peine infinie If en sçauroit retirer mon œil trop désireux; Peussé-je luy donner cent baisers amoureux, Pour vanger mon outrage et la rendre punie !
Ce bel amas de neige, excessif en firoideur, Pourroit en le pressant rafiraichir mon ardeur, Si le secours d'un mal se prend de son contraire.
Mais, puis qu'un si grand prix à ma foy n'est promis, Au moins baisons son gand. 11 est tousjours pennis De baiser le dessus d'un sacré reliquaire.
Se peut-il trouver peine en amour si diverse Que ce cruel enfant ne m'ait fait endurer? A-t-il en son royaume une seule traverse, Où je ne me sois veu mille fois égarer?
En mon cœur chaque jour sa rigueur il exerce. Ayant toujours dequoy mon esprit martyrer; Et croy que sur moy seul, pour me désespérer, De tous les amoureux tous les tourroens il verse.
J'ay demeuré quatre ans vivant en liberté. Sans joye et sans douleur, auprès d'une beauté De tous les dons du del heureusement pourveuê.
Apres un si long-tans il m'en vient enfiammer, Et, comme si j'avois une nouvelle veuê, %
Je la sers, je l'adore, et meurs de trop Taiiner.
J'ay tant suivy l'Amour sans avoir recompanc J'ay iant pour l'adoucir vainement soupiré,
Que, le reconnoissant conlre moy conjuré, Je dois jusqu'au tombeau luy faire résistance.
Laschement toutesfois, sans me mettre en deffancc. Je me rens pour un trait que vos yeux m'ont tiré ; Bien que je voye à l'œil mon malheur préparé, Et que le desespoir suit ma seule espérance.
Mais qui pourroit fuir le desastre ordonné? L'un meurt dedans son lict, l'autre est prédestiné Pour mourir au combat, l'autre au milieu de l'onde.
De moy, par les efifets on peut voir clairement Que le ciel arresta, quand je vins en ce monde. Que je devoy mourir pour aimer constamment.
Six jours, ah ! dieux, c'est trop ! six jours sans l'avoir vcuë, Plus fascheux à passer qu'un long siècle d'ennuis! Je les appelle jours, c'estoient obscures nuits ; Car mes yeux aveuglez n'ont jour que de sa veuë.
Le mal qui tient au lict ma puissance abatué Ne m'est grief, que d'autant que voir je ne la puis; Médecins qui jugez du tourment où je suis, Pour Dieu, faites qu'il cesse, ou que tost il me tuél
Vostre art ne sçauroit-il me donner le pouvoir D'aller jusqu'au chasteau seulement pour la voir? Trouvez-raoy ce moyen, ma langueur est finir.
Sinon retirez-vous, c'est en vain consulté; Saignée, herbes, onguens, ne font pour ma santé : Mon mal et son remède est l'œil de Parthenie.
Las! plus je vay avant, plus je suis outragé D'un regret inhumain, qui me tient assiégé Depuis le triste jour que j'ay laissé ma dame, Et que je ne voy plus la clarté de ses yeux, Plaisans flambeaux d'amour, serains et gracieux. Qui, comme un beau soleil, esclairoient à mon ame.
Ce dieu, qui ne veut point mes tristesses finir, Réveille mon esprit d'un poignant souvenir, Mettant devant mes yeux tant de faveurs laissées, Tant de rares beautez, tant de contentemens, De discours, de baisers, de doux languissemens, Et tant de brèves nuitcs si doucement passées.
Je connoy maintenant qu'il me faisoit gouster
Les plaisirs amoureux, non pour me contenter, M pour pitié qu'il eust de ma pane soufferte, Mais afin qu'en perdant cette félicité, Je fusse puis après aisément emporté Par le grief souYenir d'une si grande perte.
0 mer 1 que j'abandonne avec mille douleurs. Je fay croistre tes eaux par les eaux de mes pleurs, Et fay par mes soupirs éLev&r un orage ! Las! je serois heureux, si la force du Tant Me noyoit à ce bord sans passer plus avant» Afin que mon esprit errast sur ce rivage.
Geluy qui bien au vif d'amour n'est point espris, Abandonnant les yeux dont son cœur est surpris. Appelle oeste absence une aigre départie; Mais de moy je l'appelle un rigoureux tourment. Une angoisse, une rage et un gémissement. Qui n'a point d'autre fin que la fin de la vie.
Las ! je croy que le ciel m'avoit prédestiné Pour souffrir des travaux devant que d'estre né. Et pour n'avoir jamais de repos sur la terre! J'ay couru sur la mer mille et mille dangers, J'ay supporté-, cbelif, aux pays estrangers. Le firoid, le chaud, la faim, les prisons et la guerre;
Mais, pour tant de combats dont j'estois aaaaiUy, Jamais je ne me vey le cœur lasche et fkilly : Tousjours d'un ferme esprit j'y faisoy résistance. Maintenant au besoin le courage me faut. Et, voulant résister à ce dernier assaut. Je perds soudainement l'esprit et la puissance.
Quand celuy qui voyage est surpris de la nuit, Et qu'il s'est égaré du chemin qu'il poursuit, Il a pour son recours la clarté de la lune; Mais, lasl où me feut-il désormais retirer. Suivant l'aveugle Amour qui m'a foit égarer. Puis que je ne voy plus de lumière opportune?
Quand le nautonnier sage est au milieu de l'eau. Et que les vens esmeus combattent son vaisseau, Vers un signe, luisant pour guide, il se retire; Mais, las I que puis-je foire en l'amoureuse mer? Je voy les vens esmeus et les flots escumer. Et si je ne voy plus mon bel astre reluire.
Vivant comme je vy, dolent et soucieux, J'accompare à mon sort ces monts audacieux. Qui semblent faire aux dieux une autre fois la guerre: Us sont voisins du ciel, et mon hautain i Jusqu'au pins haut des deux s'est bien oâé 1
DIVERSES AMOURS. 39i
Pour choisir la beauté que j'adore en la terre.
Us sont couverts de neige en perdant leur soleil : Des que je pers le mien, mon sort est tout pareil, J'ay le cœur tout serré de glace et de firoidure; Ils sont pleins de rochers, et mon dueil véhément M'a privé tout d'un coup d'ame et de sentiment, Et m'a changé l'esprit en une roche dure.
Si je n'eusse eu le cœur en rocher transmué, L'excessive douleur aussi-tost m'eust tué, Par une seule mort mettant ftn à mes paines; J'eusse esté sous le faix mille fois abbattu, Sans durer aux soucis dont je suis combattu, Et souflRrir sans mourir mille morts inhumaines.
Soit de jour, soit de nuict, je ne puis reposer. Car mon juste regret ne se veut appaiser; Mes pensers importuns ne me font point de trêve,* Tant plus je vay avant, plus je suis tourmenté; Je souhaite le jour pendant l'obscurité, Et souhaite la nuict quand le soleil se levé.
J'ay pour tout reconfort un espoir mensonger, Qui veut contre mon gré mes douleurs alléger Par le doux appareil d'un retour désirable; Mais foible est ce recours. Car faut-il espérer Qu'avec tant de tourmens je puisse assez durer. Pour attendre un retour vainement favorable?
COMPLAINTE
ALLANT BN P0L0R6NE
Puis que j'en bien le cœur de me séparer d'elle, Voyant ses deux beaux yeux si chaudement pleurer, Je l'auray bien aussi pour me désespérer, Et finir par ma mort mon angoisse immortelle.
Mourons donc, et monstrons, en ce dernier outrage. Qu'il est tousjours en nous d'échapper le malheur; Si le coup de la mort me fait quelque douleur, Celuy de mon départ m'en fit bien davantage.
Mais quel fleuve de sang peut laver mon offence Et l'erreur que j'ay faite en m'esloignant de vous? II n'est point de trespas qui ne me fust trop doux; II faut qu'un plus grand mal m'en fasse la vengeance.
Entre cent mille horreurs je veux trainer ma vie, Troublé, désespéré, travaillé sans cesser; Et le dur souvenir d'avoir peu vous laisser Sera de mon esprit l'étemelle furie.
Les plaisirs amoureux, non pour me contenter, Ki pour pitié qu'il eust de ma peine soufferte, Hais afin qu'en perdant cette félicité.
Je fusse puis après aisément emporté Par le grief souYenir d'une si grande perte.
0 mer ! que j'abandonne avec mille douleurs. Je fay croistre tes eaux par les eaux de mes pleurs. Et fay par mes soupirs élever un orage ! Las 1 je serois heureux, si la force du vaut Me noyoit à ce bord sans passor plus avant. Afin que mon esprit errast sur ce rivage.
Geluy qui bien au vif d'amour n'est point espris, Abandonnant les yeux dont son cœur est surpris, Appelle oeste absence une aigre départie; Mais de moy je l'appelle un rigoureux tourment, Une angoisse, une rage et un gémissement, Qui n'a point d'autre fin que la fin de la vie.
Las ! je croy que le ciel m'avoit prédestiné Pour souffrir des travaux devant que d'estre né, Et pour n'avoir jamais de repos sur la terre! J'ay couru sur la mer mille et mille dangers, J'ay supporté-, cbetif, aux pays estrangers. Le firoid, le chaud, la faim, les prisons et la guerre;.
Mais, pour tant de combats dont j'estois aaaaiUy, Jamais je ne me vey le cœur lasche et fkilly : Tousjours d'un ferme esprit j'y faisoy résistance. Maintenant au besoin le courage me faut, Et, voulant résister à ce dernier assaut. Je perds soudainement l'esprit et la puissance.
Quand celuy qui voyage est surpris de la nuit, Et qu'il s'est égaré du chemin qu'il poursuit, 11 a pour son recours la clarté de la lune; Mais, lasl où me feut-il désormais retirer. Suivant Favengle Amour qui m'a dit égarer, Puis que je ne voy plus de lumière opportune?
Quand le nautonnier sage est au milieu de Teau, Et que les vens esmeus combattent son vaisseau, Vers un signe, luisant pour guide, il se retire; Mais, las I que puis-je foire en l'amoureuse mer? Jo voy les vens esmeus et les flots escumer. Et si je ne voy plus mon bel astre reluire.
Vivant comme je vy, dolent et soucieux, J'accompare à mon sort ces monts audacieux, Qui semblent faire aux dieux une autre fois la guerre : lis sont voisins du ciel, et mon hautain i Jusqu'au plus haut des deux s'est bien oâé 1
OIYKRSES AMOURS. 39i
Pour choisir la beauté que j*adore en la terre.
Us sont couverts de neige en perdant leur soleil : Des que je pers le mien, mon sort est tout pareil, J'ay le cœur tout serré de glace et de firoidure; Ils sont pleins de rochers, et mon dueil yeheroent M'a privé tout d'un coup d'ame et de sentiment, Et m*a changé l'esprit en une roche dure.
Si je n'eusse eu le cœur en rocher transmué. L'excessive douleur aussi-tost m'eust tué, Par une seule mort mettant ftn à mes paines; J'eusse esté sous le faix mille fois abbattu. Sans durer aux soucis dont je suis combattu, Et souflRrir sans mourir mille morts inhumaines.
Soit de jour, soit de nuict, je ne puis reposer. Car mon juste regret ne se veut appaiser; Mes pensers importuns ne me font point de trêve; Tant plus je vay avant, plus je suis tourmenté; Je souhaite le jour pendant l'obscurité, Et souhaite la nuict quand le soleil se levé.
J'ay pour tout reconfort un espoir mensonger, Qui veut contre mon gré mes douleurs alléger Par le doux appareil d'un retour désirable; Mais foible est ce recours. Car faut-il espérer Qu'avec tant de tourmens je puisse assez durer. Pour attendre un retour vainement favorable?
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