ALLANT BR P0L0R6NE
Puis que j'en bien le cœur de me séparer d'elle, Voyant ses deux beaux yeux si chaudement pleurer, Je l'auray bien aussi pour me désespérer. Et finir par ma mort mon angoisse immortelle.
Mourons donc, et monstrons, en ce dernier outrage. Qu'il est tousjours en nous d'échapper le malheur; Si le coup de la mort me fait quelque douleur, Celuy de mon départ m'en fit bien davantage.
Mais quel fleuve de sang peut laver mon offence Et l'erreur que j'ay faite en m'esloignant de vous? Il n'est point de trespas qui ne me fust trop doux; Il faut qu'un plus grand mal m'en fasse la vengeance.
Entre cent mille horreurs je veux traîner ma vie, Troublé, désespéré, travaillé sans cesser; Et le dur souvenir d'avoir peu vous laisser Sera de mon esprit l'étemelle furie.
Tauray pour me gesner tousjours en la mémoire Les bieils que j'ay perdus, vos beautez, vos discours, Tant d'estroites faveurs, tant de nuicts, tant de jours, Qu'Amour ne m'espargnoit un seul point de sa gloire !
0 devoir rigoureux I grande est la tyrannie Que si superbement tu exerces en moy, Puis que ces doux plaisirs n'ont rien peu contre toy, Et que pour t'obeïr toute amour j'ay bannie I
Bannie, helas ! nenny ! quand et moy je la porte : C'est le sang et l'esprit dont je suis composé. Et le cruel devoir qui me rend maistrisé, Au lieu de l'affoiblir, la fait tousjours plus forte. Il est vray qu'il a peu ceste fois me contraindre, liais c'est ce qui l'augmente, irritant son effort ; Amour n'est rien que flamme, et la flamme ard plus fort Quand par une closture on la pense restraiodre.
J'accuse mon devoir d'une erreur que fay faite, Moy qui par trop d'égard me suis veu décevoir; Car falloit-il connoistre en terre autre devoir Qu'estre tousjours auprès de beauté si parfaite?
Mais, qu'eust-on dit de moy? J'eusse laissé mon maistre, Serviteur inûdelle, ingrat et malbeureux. Ah I j'ay trop de raison pour un homme amoureux I Avec tant de respects Amour ne sçauroit estre.
Ce dieu sur tous les dieux n'auroit pas la maistrisé, Si tousjours par sagesse il se laissoit guider; Pour ne connoistre rien l'amant se doit bander, Et faut que toutes loix pour sa dame il mesprise. Ceux qui ne sont touchez de l'amoureuse flame. Dont le sang est moins chaud et le poil plus grison, Gardent seuls le devoir, l'honneur et la raison : Je dois tout violer pour complaire à ma dame. Et puis mon jeune roy n'a pas Tame sauvage, Amour assez de fois l'a soumis à sa loy; Quand il eust sceu mon mal, prenant pitié de moy. Il m'eust bien dispensé d'un si fascheuz voyage.
Aussi bien je le suy séparé de moy-mesme, Sans cœur et sans esprit qu'en vos yeux j'ay laissé, Et n'ay plus que le corps, tout palle et tout glacé, Animé seulement de ma douleur extrême.
Mais que le fier destin à son gré me promeine D'un et d'autre costé, par les tans plus divers. Sous l'ourse, en la Scythie, entre cent mille hyvers, Tousjours de vostre amour mon ame sera pleine.
Mes yeux pourront bien voir maiute chose admirable, Autre ciel, autre terre, autre peuple indonté;
Mais ils ne verront point, loin de vostre beauté, D'objet qui les contente et leur soit agréable.
ODE
Cependant que Thonnesteté Retenoit ta jeune beauté Empreinte au plus vif de mon ame; Quand je sentoy brûler mon cœur, Je me plaisoy en ma langueur, Et nommois heureuse ma flame.
Les iilés de tes blonds cheveux, Primes, frisez, retors en nœux De cent mille façons nouvelles, Serroient tellement mes esprits.
Que jamais je n'eusse entrepris De rompre des chaisnes si belles.
Ton œil, qui les dieux émouvoit, Contraignant tout ce qui vivoit Sous l'amoureuse obéissance, Et l'esclat brillant de ton teint M'avoient si vivement atteipt.
Que je tremble encor quand j'y panse.
Bref, ingrate, j'estois tant tien, Que je mettois mon plus grand bien A te peindre en ma fantaisie.
Pleine de tant de raritez.
Que mesme les divinitez S'en esmouvoient de jalousie.
Quantesfois une froide peur M'a gelé le sang et le cœur !
Combien de fois mon ame attainte A craint que le maistre des diaux Encor un coup quittast les cieux.
Touché de ton œillade sainte ! .
Toutesfois or' en un moment Je ne sens plus tant de tourment.
Mon ame n'est plus si craintive.
Ton poil ne me semble si beau.
Ton œil ne me sert de flambeau, Ny ta couleur ne m'est plus vive.
Sçay-tu pourquoy? c'est pour avoir Ainsi manqué de ton devoir.
Engageant ta gloire estimée; Car ton honneur qui reluisoit.
Plus que la beauté me plaisoit.
Tauray pour me gesner tousjours en la mémoire Les bieils que j'ay perdus, yos beautez, vos discours, Tant d'estroites faveurs, tant de nuicts, tant de jours, Qu'Amour ne m'espargnoit un seul point de sa gloire !
0 devoir rigoureux I grande est la tyrannie Que si superbement tu exerces en moy, Puis que ces doux plaisirs n'ont rien peu contre toy, Et que pour t'obeïr toute amour j'ay bannie !
Bannie, helas! nenny I quand et moy je la porte : C'est le sang et l'esprit dont je suis composé, Et le cruel devoir qui me rend maistrisé, Au lieu de l'affbiblir, la fait tousjours plus forte. Il est vray qu'il a peu ceste fois me contraindre, liais c'est ce qui l'augmente, irritant son effort ; Amour n'est rien que flamme, et la flamme ard plus fort Quand par une closture on la pense restraiodre.
J'accuse mon devoir d'une erreur que j'ay faite, Moy qui par trop d'égard me suis veu décevoir; Car falloit-il connoistre en terre autre devoir Qu'estre tousjours auprès de beauté si parfaite?
Mais, qii'eust-on dit de moy? J'eusse laissé mon maistre. Serviteur infidelle, ingrat et malheureux. Ah I j'ay trop de raison pour un homme amoureux ! Avec tant de respects Amour ne sçauroit estre.
Ce dieu sur tous les dieux n'auroit pas la maistrisé. Si tousjours par sagesse il se laissoit guider; Pour ne connoistre rien l'amant se doit bander. Et faut que toutes loix pour sa dame il mesprise. Ceux qui ne sont touchez de l'amoureuse flame, Dont le sang est moins chaud et le poil plus grison, Gardent seuls le devoir, l'honneur et la raison : Je dois tout violer pour complaire à ma dame. Et puis mon jeune roy n'a pas Tame sauvage, Amour assez de fois l'a soumis à sa loy; Quand il eust sceu mon mal, prenant pitié de moy, Il m'eust bien dispensé d'un si fascheux voyage.
Aussi bien je le suy séparé de moy-mesme, Sans cœur et sans esprit qu'en vos yeux j'ay laissé, Et n'ay plus que le corps, tout palle et tout glacé, Animé seulement de ma douleur extrême.
Mais que le fier destin à son gré me promeine D'un et d'autre costé, par les tans plus divers. Sous l'ourse, en la Scythie, entre cent mille hyvers, Toujours de vostre amour mon ame sera pleine.
Mes yeux pourront bien voir mainte chose admirable. Autre ciel, autre terre, autre peuple indonté;
Mais ils ne verront point, loin de vostre beauté, D'objet qui les contente et leur soit agréable.
ODE
Cependant que l'honnesteté Retenoit ta jeune beauté Empreinte au plus vif de mon ame; Quand je sentoy brûler mon cœur.
Je me plaisoy en ma langueur, Et nommois heureuse ma flame.
Les iilés de tes blonds cheveux, Primes, ftrisez, retors en nœux De cent mille façons nouvelles, Serroient tellement mes esprits.
Que jamais je n'eusse entrepris De rompre des chaisnes si belles.
Ton œil, qui les dieux émouvoit, Contraignant tout ce qui vivoit Sous l'amoureuse obéissance, Et l'esclat brillant de ton teint M'avoient si vivement atteint.
Que je tremble encor quand j'y panse.
Bref, ingrate, j'estois tant tien, Que je mettois mon plus grand bien A te peindre en ma fantaisie, Pleine de tant de raritez. Que mesme les divinitez S'en esmouvoient de jalousie.
Quantesfois une froide peur M'a gelé le sang et le cœur !
Combien de fois mon ame attainte A craint que le maistre des diMix Encor un coup quittast les cieux.
Touché de ton œillade sainte ! .
Toutesfois or' en un moment Je ne sens plus tant de tourment.
Mon ame n'est plus si craintive.
Ton poil ne me semble si beau.
Ton œil ne me sert de flambeau, Ny ta couleur ne m'est plus vive.
Sçay-tu pourquoy? c'est pour avoir Ainsi manqué de ton devoir, Engageant ta gloire estimée; Car ton honneur qui reluisoit.
Plus que la beauté me plaisoit.
Qui n'est sans honneur que Année.
Encor si la longue amitié Eust fléchy ton cœur à pitié, Teusse moins senty cet outrage; Mais en la fleur de son printans Se vendre à beaux deniers contans, Cest n'ayoir amour ny courage.
Liberté précieuse, en mes yœuz adorée, Qui depuis si long-tans m*avois voulu laisser. Te puy-je donc encore, ô déesse embrasser. AfiOranchi des liens qui mon ame ont serrée?
Tayant trop follement en la France égarée Depuis tant de saisons, eussé-je peu penser Que si loing en Pologne il follust m'adresser, Pour voir sons ta faveur ma firancfaise asseurée?
J'estoy serf doublement; mon roy me retenoit, Et l'œil d*une beauté mille loix me donnoit; J'ay congé de mon prince, et ma dame me laisse.
Car depuis mon départ son cœur elle a changé; 0 moy trois fois heureux! qui me voy déchargé D'un coup, i mon honneur, de nudstre et de mtistresse.
Je ne veux plus aimer un cerveau si volage. Fantastique, incertain, qui n'a rien d*arresté; J*ay trop souffert d'ennuis par sa légèreté, J'ay trop fermé les yeux à mon propre dommage.
Et si pour l'advenir il faut que je m'engage Aux attraits enchanteurs de quelque autre beauté. Devant que mo» esprit rentre en captivité, Je voudroy voir le cœur plustost que le visage.
J*ay bien servy quatre ans, et n'ay rien avancé; Maintenant que l'esprit m'a du tout délaissé. Au plus fort de mon mal ma guarison j'e^nreuve.
De ce pront changement je scay que vous rirei, Mais pourtant quelquefois vous me confessera Qu'un tel amant que moy tous les jours ne se treuve.
Je l'aime bien pour la douce puissance Pe ces beaux yeux, si pronts à déeocfaer,
Pour tant d*attrait8 dont je n'ose approcher, Pour ses propos tant vrais en apparance;
Mais je la hay pour sa grande inconstance, Pour tant d'amours qu'elle ne peut cacher, Pour se laisser à chacun rechercher, Et des amans ne faire differance.
On ne voit point au ciel tant de clartez, Ni tant de fleurs en avril par les plaines, Que son visage est orné dé beautez.
Il n'y a point aux enfers tant de paines, Ni sur la mer tant de flots despitez, Qu'elle refait et fait d'amours soudaines.
Comme un chien que son maistre a long-tans caressé. S'il advient qu'à la Ibngue il change de nature, S'enfuit, puis s'en revient, espérant qu'il ne dure, Et pour six coups de fouet ne peut estre chassé;
En fln d'ardante soif et de faim trop pressé, Se voyant défaillir faute de nourriture, Est contraint autre part chercher son avanture, Changeant pour un nouveau celny qui l'a laissé ;
J'en ay fait tout ainsi, dédaigné de ma dame : J'ay couru, j'ay tourné, pensant fléchir son ame, J'ay demandé pardon, triste et déconforté;
Mais puis qu'en ces courroux si ferme elle demeure, Je me pourchasse ailleurs de peur que je ne meure. Non par mon inconstance, ains par nécessité*.
VILLANELLE
M'ostant le fhiit de ma fldelle attente, On veut, helas I que je sois un rocher, Que je me taise et que rien je ne sente ; Mais si grand dueil, que je ne puis cacher, Fend ma poitrine et fait que je m'escrie: Il est aisé de tromper qui se fie !
Je m'asseuroy, plein d'amoureuse flamme, Sur des sermens qui souvent m'ont deceu,
' Imité d'un sonnet italien qui commence par cette stropbe :
Corne fido animal, ch' al suc signore Venut* è in odio, ora si fugge, or riede, E sebben fero grido o verga el fiede.
Non vorria uscir del doice albergo ftiore.
Qui n*est sans honnenr que Année.
Encor si la longue amitié Eust fléchy ton cœur à pitié, Teusse moins senty cet outrage; Mais en la fleur de son printans Se vendre à beaux deniers contans, Cest n'avoir amour ny courage.
Liberté précieuse, en mes vœux adorée, Qui depuis si long-tans m'avois voulu laisser, Te puy-je donc encore, ô déesse embrasser. AfiOranchi des lieus qui mon ame ont serrée?
Tayant trop follement en la France égarée Depuis tant de saisons, eussé-je peu penser Que si loing en Pologne il follust m'adresser» Pour voir sons ta faveur ma firancfaise asseurée?
J*estoy serf doublement; mon roy me retenoit, Et l'oeil d'une beauté mille loix me domimt; J'ay congé de mon prince, et ma dame me laisse.
Car depuis mon départ son ccenr elle a changé; 0 moy trois fois heureux ! qui me voy dédiargé D'un coup, i mon honneur, de maistre et de mtistrasse.
Je ne veux plus aimer un cerveau si volage. Fantastique, incertain, qui n'a rien d'arresté; J'ay trop souffert d'ennuis par sa légèreté, J'ay trop fermé les yeux à mon propre dommage.
Et si pour l'advenir il faut que je m'engage Aux attraits enchanteurs de quelque autre beauté. Devant que num esprit rentre en captivité. Je voudroy voir le cœur plustost que le visage.
J'ay bien servy quatre ans, et n'ay rien avancé; Maintenant que l'esprit m'a du tout délaissé, Au plus fort de mon mal ma guarison j'e^nreuve.
De ce pront changement je scay que vous rirei, Mais pourtant quelquefois vous me confessera Qu'un tel amant que moy tous les jours ne se treuve.
Je l'aime bien pour la douce puiasanœ Pe ces beaux yeux, si pronts à déeocfaer,
Pour tant d'attraits dont je n'ose approcher, Pour ses propos tant vrais en apparance;
Mais je la hay pour sa grande inconstance, Pour tant d'amours qu'elle ne peut cacher. Pour se laisser à chacun rechercher, Et des amans ne faire dififerance.
On ne voit point au ciel tant de clartez, Ni tant de fleurs en avril par les plaines, Que son visage est orné dé beautez.
Il n'y a point aux enfers tant de paines, Ni sur la mer tant de flots despitez, Qu'elle refait et fait d'amours soudaines.
Comme un chien que son maistre a long-tans caressé, S'il advient qu'à la Ibngue il change de nature, S'enfuit, puis s'en revient, espérant qu'il ne dure, Et pour six coups de fouet ne peut estre chassé;
En fln d'ardante soif et de faim trop pressé. Se voyant défaillir faute de nourriture, Est contraint autre part chercher son avanture, Changeant pour un nouveau celuy qui Ta laissé ;
J'en ay fait tout ainsi, dédaigné de ma dame : J'ay couru, j'ay tourné, pensant fléchir son ame, J'ay demandé pardon, triste et déconforté;
Mais puis qu'en ces courroux si ferme elle demeure, Je me pourchasse ailleurs de peur que je ne meure. Non par mon inconstance, ains par nécessité *.
YILLANELLE
M'ostant le fruit de ma fldelle attente, On veut, helas I que je sois un rocher, Que je me taise et que rien je ne sente; Mais si grand dueil, que je ne puis cacher, Fend ma poitrine et fait que je m'escrie: Il est aisé de tromper qui se fie I
Je m'asseuroy, plein d'amoureuse flamme, Sur des sermens qui souvent m'ont deceu,
' Imité d'un sonnet italien qui commence par celle strophe :
Corne fido animal, ch' al suo signore Venut' è in odio, ora si fugge, or riede, E sebben fero grido o verga el fiede.
Non vorria uscir del doice albergo ftiore.
39C DIVERSES AMOORS.
Mais quels serments peut jurer une femme Helas ! trop tard pour mon bien je l'ay sceu ! 0 que mon cœur est pressé de furie !
Il est aisé de tromper qui se fie.
Si tu te plains, ame volage et fainte, Du chaud despit mon courroux irritant.
Las I contre toy j'ay bien plus juste plainte ! Tu fais le mal et je le vay sentant.
Cest tout le fruit de t'avoir bien servie; Il est aisé de tromper qui se fie.
Jamais ton nom en mes vers ne se Use, Afin qu'au moins on ne puisse avérer Qui fut l'esprit si remply de feintise: Je t'aimoy trop pour te deshonorer.
En ma douleur il suffit que je die :
Il est aisé de tromper qui se Ile.
Rens moy mon cœur, desloyale maistresse, Ce n'est raison que tu l'ayes à toy; Pour sa bonté trop grande est ta finesse, Il est fidelle et tu n'as point de foy. Assez tu as sa franchise asservie :
Il est aisé de tromper qui se fie 1
Heureux amant, goustant la jonyssance Du fhiit que j'ay tant de fois savouré, Sermens, soupirs, faveurs en abondance, De son amour ne te rende asseuré.
A tels appas elle arresta ma vie; J'en fus trompé, jamais je ne m'y fie.
Non, je ne me plains pas de l'avoir adorée, Ny que pour l'estimer j'aye tout mesprisé; Je me plains seulement que mon cœur peu rusé Ait creu fonder en elle une amour asseurée.
Ahl maudite espérance à mon mal coi^urée. Tu m'as bien cette fois traistrement abusé. Quand après tant de peine en l'aimant endurée, Un nouveau sans mérite est plus favorisé !
J'ay trouvé la fontaine, on m'en oste l'usage ; J'ay cultivé la plante, un autre a lefruitage; On reçoit le pay'ment du tans que j'ay servy.
Destin malencontreux des amans misérables! Que sert d'avoir Neptune et les vens favorables, Si le bien dans le port d'un corsaire est ravy?
Quand vous aurez un cœur plein d'amour et de foy, Pur, entier et constant, pour m'offHr en eschange De celuy si loyal que vous avez de moy, Ne vous desfiez point qu'autre part je me range.
Mais, tandis qu'en m*aimant ou feignant de m'aimer, Je vous verray voiler pour tant d'amours nouvelles, N'espérez, s'il vous plaist, de pouvoir m'enfermer. Car comme vostre esprit le mien aura des ailes.
Je ne suis point de ceux qu'en doute il faut tenir. Afin que leur ardeur dure en sa violance; La seule a£fection peut mon feu maintenir. Qui s'esteint aussi-tost que j'entre en meâfiance.
J'aime mieux peu de bien l'ayant en seureté, Qu'un plus riche thresor prest à faire naufrage; J'aime mieux m'asseurer d'une moindre beauté, Que d'une autre jouyr plus belle et plus volage.
Yostre bouche et vos yeux, riches de mille appas, Méritent bien qu'on meure en leur obéissance, Mais vostre esprit léger ne le iherite pas; A ce que l'un contraint, l'autre nous en dispanse.
Amour est un désir de jouyr et d'avoir Pour soy tant seulement l'objet qui beau nous semble. Jamais de compagnon il ne veut recevoir : Cupidon ne sauroit lier trois cœurs ensemble.
Ne vous estonnez donc que si soudainement, Connoissant vostre humeur, autre part je me jette C'est que je veux bastir sur meilleur fondement, Afin que mon amour au vent ne soit sujette.
A L'iNCOIfSTATCCE
Franc du triste servage où j'ay tant supporté. Qu'un seul des maux soufferts me transitquand j'y pense, Je t'en vien rendre grâce, ô déesse inconstance I Devant à ta faveur Tame et la liberté.
Un songe imaginé, que l'on dit fermeté, M'avoit si bien pipé par sa belle apparance, Qu'abhorrant tout secours j'embrassay ma souffrance, Et renforçoy les fers dont j'estois arresté.
Celle en fin qui servoit à mon feu de matière, Oubliant ses sermens et changeant la première,
39C DIVERSES âMODBS.
Nais quels serments peut jurer une femme Helas ! trop tard pour mon bien je l'ay sceu ! 0 que mon cœur est pressé de furie !
Il est aisé de tromper qui se ûe.
Si tu te plains, ame volage et fainte, Du chaud despit mon courroux irritant, Las 1 contre toy j'ay bien plus juste plainte ! Tu fais le mal et je le vay sentant.
Cest tout le Iruit de t'avoir bien servie ; Il est aisé de tromper qui se fie.
Jamais ton nom en mes vers ne se lise, Afin qu'au moins on ne puisse avérer Qui fut l'esprit si remply de feintise: Je t'aimoy trop pour te deshonorer.
En ma douleur il suffit que je die :
Il est aisé de tromper qui se flfe.
Rens moy mon cœur, desloyale maistressc, Ce n'est raison que tu l'ayes à toy ; Pour sa bonté trop grande est ta finesse, Il est fidelle et lu n'as point de foy. Assez tu as sa franchise asservie :
Il est aisé de tromper qui se fiel
Heurewf amant, goustant la jouyssance Du fruit que j*ay tant de fois savouré, Sermens, soupirs, faveurs en abondance, De son amour ne te rende asseuré.
A tels appas elle arresta ma vie; J'en fus trompé, jamais je ne m'y fie.
Non, je ne me plains pas de l'avoir adorée, Ny que pour l'estimer j'aye tout mesprisé; Je me plains seulement que mon cœur peu rusé Ait creu fonder en elle une amour asseurée.
Ahl maudite espérance à mon mal conjurée, Tu m'as bien cette fois traistrement abusé. Quand après tant de peine en l'aimant endurée. Un nouveau sans mérite est plus favorisé !
J'ay trouvé la fontaine, on m'en oste l'usage; J'ay cultivé la plante, un autre a le fruitage; On reçoit le pay'ment du tans que j'ay servy.
Destin malencontreux des amans misérables! Que sert d'avoir Neptune et les vens favorables, Si le bien dans le port d'un corsaire est ravy?
DIVSaSËS AMOURS. 397
CHANSON
Quand vous aurez un cœur plein d*ainour et de foy, Pur, entier et constant, pour m'offrir en eschange De celuy si loyal que vous avez de moy. Ne vous desflez point qu'autre part je me range.
Mais, tandis qu'en m'aimant ou feignant de m'aimer, Je vous verray voiler pour tant d'amours nouvelles. N'espérez, s'il vous plaist, de pouvoir m'enfermer. Car comme vostre esprit le mien aura des ailes.
Je ne suis point de ceux qu'en doute il faut tenir, Afin que leur ardeur dure en sa violance; La seule affection peut mon feu maintenir, Qui s'esteint aussi-tost que j'entre en medAance.
J'aime mieux peu de bien l'ayant en seureté. Qu'un plus riche thresor prest à faire naufrage ; J'aime mieux m'asseurer d'une moindre beauté, Que d'une autre jouyr plus belle et plus volage.
Vostre bouche et vos yeux, riches de mille appas, Méritent bien qu'on meure en leur obéissance, Mais vostre esprit léger ne le mérite pas; A ce que l'un contraint, l'autre nous en dispanse.
Amour est un désir de jouyr et d'avoir Pour soy tant seulement l'objet qui beau nous semble. Jamais de compagnon il ne veut recevoir : Cupidon ne sauroit lier trois cœurs ensemble.
Ne vous estonnez donc que si soudainement, Connoissant vostre humeur, autre part je me jette C'est que je veux bastir sur meilleur fondement, Afln que mon amour au vent ne soit sujette.
A l'inconstance
Franc du triste servage où j'ay tant supporté. Qu'un seul des maux soufferts me transit quand j'y pense, Je t'en vien rendre grâce, ô déesse inconstance I Devant à ta faveur Tame et la liberté.
Un songe imaginé, que l'on dit fermeté, M'avoit si bien pipé par sa belle apparance, Qu'abhorrant tout secours j'embrassay ma souffrance, Et renforçoy les fers dont j'estois arresté.
Celle en un qui servoit à mon feu de matière, Oubliant ses sermens et changeant la première.
U'a fait voir que la foy n'estoit qu'on nom trompeur;
Et mon ame, aussi-tost de toy fiivorisée, A rompu ses liens, sa prison a brisée, Et de toute constance a délivré mon cœur.