‹ Œuvres de Philippe DesportesChapitre 173 sur 259 · STANCES DU MARIAGE · texte numérisé non relu

STANCES DU MARIAGE

De toutes les fureurs dont nous sommes pressez, De tout ce que les cieux ardemment courroucez Peuvent darder sur nous de tonnerre et d'orage, D*angoisseuses langueurs, de meurtre ensanglanté. De soucis, de travaux, de faim, de pauvreté, Hien n'approche en rigueur la loy de mariage.

Dure et sauvage loy, nos plaisirs meurtrissant, Qui, fertile, a produit un hydre renaissant De mespris, de chagrin, de rancune et d'envie; Du repos des humains l'inhumaine poison. Des corps et des esprits la cruelle prison, La source des malheurs, le fiel de nostre vie !

On dit que Jupiter, ayant pour son péché, Sur le dos d'un rocher Promethée attaché, Qui scrvoit de pasture à l'aigle insatiable, N'eut le cœur assouvy de tant de cruauté. Mais voulut, pour monstrer qu'il estoit despité, Rendre le genre humain de tout point misérable.

11 envoya la femme aux mortels icy-bas,

iâO DIVERSES ANOUKS.

Ayant dedans ses yeux mille amoureux appas,

Et portant en la main une bouëtte féconde

Des semences du mal, les procez, le disconi,

Le soucy, la douleur, la vieillesse et la mort.

Bref, pour douaire elle avoit tout le malheur du monde.

Venus dessus son front mille beautez sema, Pithon d'autant d'attraits sa parole anima, Vulcan forgea son cœur. Mars luy donna Taudace; Bref, le del rigoureux si bien la déguisa. Que l'homme épris de flamme aussi-tost Tespousa, Plongeant en son malheur toute l'humaine race.

he là le mariage eut son commencement, Tyran injurieux, plein de commandement, Que la liberté fait comme son adN-ersaire; Plaisant à l'abordée, à l'œil doux et riant, liais qui sous beau semblant, traistre nous va liant Vun lien que la mort seulement peut desCaii-e.

11 tient dessous ses pies le repos abalu» De coi-dage et de fers son corps est revestu ; i^ soin est à costé, le travail le regarde, La peur, la jalousie et le mal inconnu, iMal par opinion) qui rend l'homme cornu ; Ihiis vient le repentir, chef de l'arrierc-garde.

Le dueil et les courroux après le vont suivant. Amour fuit, le voyant, léger comme le vaut, Bien que le nom d'amour masque sa tyrannie. Car ce puissant vainqueur et des dieux et des rois (Magistrat souverain) n'est point sujet aux loix. Et de toute sa cour la contrainte est bannie.

llelub I grand Jupiter, si l'homme avoit erré. Tu lu devois punir d'un mal plus modéré, Et plnstost l'assommer d'un éclat de tonnerre, Que le faire languir durement enchaisné. lloste de mille ennuis, au dueil abandonné. Travaillant son esprit d'une immortelle pierre*

DIVERSES AMOURS. 4i1

On parle dcis enfers oi\ les maux sont punis,

Un cruel magazin de tourmens infinis, |

Du chien tousjours béant, des sœurs pleines de rage, ;

Des douleurs de Titye et des autres esprits; \

Mais je ne puis penser que ce soit rien au prix, |.

Ne qu'il y ait enfer si grand que mariage. i

Languir toute sa vie en obscure prison, I

Passer mille travaux, nourrir en sa maison Une femme bien laide et coucher auprès d'elle ; En avoir une belle et en estre jaloux, Craindre tout, l'espier, se gesner de courroux, Y a-t-il quelque peine en enfer plus cruelle?

Je lais tant de regrets, de soucis et d'ennuis. Tant de jours ennuyeux, tant de fascheuses nuits. Tant de rapports semez, tant de plaintes ameres Qui les pense nombrer, aura plustost conté Les fleurettes de may, les moissons de l'esté Et des plaines du ciel les flambeaux ordinaires.

Hé ! donc, parmy ces maux que n'avons-nous des yeux Tour connoistre en autruy la vengeance des dieux. Evitant sagement nostre perte asseurée?

Mais au fort du péril nous nous allons ruer, Nous forgeons (malheureux) le fer pour nous tuer, Et beuvons la poison par nos mains préparée.

Si d'un sommeil de fer nos yeux n'estoient pressez, I.a nopce seulement nous apprendroit assez Quel heur et quel repos son lien nous appreste : Le son des tabourins, les flambeaux allumez. L'appareil, la rumeur, les bruits accoutumez. N'est-ce un présage seur de prochaine tempesle^

Escoutez ma parole, ô mortels égarez ! Qui dans la servitude aveuglément courez.

Mi DIVERSES AMOURS.

Et voyez quelle femme au moins vous devez prendre. Si vous l'espousez riche, il se faut préparer De servir, de souffrir, de n'oser murmurer, Aveugle en tous ses faits et sourd pour ne l'entendre.

l-esdaigneuse et superbe elle croit tout scavoir, Son mary n'est qu'un sot trop heureux do l'avoir ; En ce qu'il entreprend elle est tousjours contraire, Ses propos sont cuisans, hautains et rigoureux ; le forçat misérable est beaucoup plus heureux A la rame et aux fei*s d'un outrageux corsaire.

Si vous la prenez pauvre, avec la pauvreté Vous espousez aussi mainte incommodité, I.a charge des enfans, la peine et l'infortune ; Le mespris d'im chacun vous fait baisser les yeux. Le soin rend vos esprits chagrins et soucieux. Avec la pauvreté toute chose importune.

Si vous l'espousez belle, asseurez-vous aussi De n'estre jamais franc de crainte et de soucy; L'œil de voslre voisin comme vous la regarde, Un chacun la désire; et vouloir l'empescher, C'est égaler Sisiphe et monter son rocher. Une beauté parfaite est de mauvaise garde.

Si vous la prenez laide, .adieu toute amitié ! L'esprit, tenant du corps, est plein de mauvaistié. Vous aurez la maison pour prison ténébreuse, Le soleil désormais à vos yeux ne luira : Bref, on peut bien penser s'elle vous desplaira, Quand la plus belle femme en trois jours est fiischeusc.

Celuy n'avoit jamais les nopces esprouvé, Qui dit qu'aucun secourt contre Amour n'est trouvé, Depuis qu'en nos espriU il a fait sa racine; Car quand quelque beauté vient nos cœurs embraser» La voulons-nous haïr? 11 la faut espooaer. Qui veut guarir d'Amour, c'en es^ la médecine.

DIVERSES ANOURS. 4^

Mille fois Jupiter, d*amour tout égaré, Pour les yeux de sa sœur a plaint et soupiré; Toutesfois il la hait dés quMl Ta espousée, tt luy desplaist si fort, que, pour s'en estranger. Eu beste et en oyseau ne feint de se changer, Ne trouvant rien fascheux pour la rendre abusée.

C'est un estrange cas, que le palais des dieux Ne s'est peu garantir des débats furieux Naissans du mariage, autheur de toi|tes plaintes, l.t que ce Jupiter, que tout l'univers craint, Aguetté de Junon, c^nt fois s'est veu contraint Do couvrir sa grandeur sous mille estranges faintes !

La nopce est un fardeau si f:\cheux à porter. Qu'elle fait à un dieu son empire quitter : Elle luy rend le ciel un enfer de tristesse; Et trouve en ses liens tant d'infelicité. Qu'il aime mieux servir en terre une beauté, Que jouyr dans le ciel d'une espouse déesse.

A l'exemple de luy, qui doit estre suivy. Tout homme qui se trouve en ses laqs asservy, Doit par mille plaisirs alléger son martire, Aimer en tous endroits sans esclaver son cœur, It chasser loin de luy toute jalouse peur : Plus un homme est jaloux, plus sa femme on désire.

0 supplice infernal ! en la terre transmis Pour gesner les humains, gesne mes ennemis ! Qu'ils soient chargez de fers, de tourmens et de liâmes ! Mais fuy de ma maison, n'approche point de moy. Je hay plus que la mort ta rigoureuse loy, * Aimant mieux espouser un tombeau qu'une femme.

lia ! je vous entens bien, ces propos gracieux, Ces regards desrobez, cet aimable sou-rire,

iS-i DIVERSES AMOCRS.

Sans me les déchiflBrer je sçay qu'ils veulent dire, r.'est qu'à mes ducatons tous faites les doux yeux.

Quand je conte mes ans, Tithon n'est pas si vieux, Je ne suis désormais qu'une mort qui respire; Toutesfois vostre cœur de mon amour soupire. Vous en faites la triste et vous plaignez des ctenx.

Le peintre estoit un sot dont l'ignorant caprice Nous peignit Cupidon un enfant sans malice, Garni d'arc et de traits, mais nu d'accoustreroens.

11 falloit pour carquois une bourse luy pendre, L'abiller de clinquans et luy faire respandrc Rubis à pleines mains, perles et diamans.

Qarice aux blonds cheveux, qui sembloit estre née Pour ravir les autels et la gloii*e à Cypris, Chère prison des cœurs, doux brasier des esprits, Est nouvelle Angélique à Tourque * abandonnée.

Ce sont de tes beaux jeux, ô meschant hymenée. Qui remplis les amans de sanglots et de cris ! Le mérite et l'amour par luy sont à mespris. Et la volonté libre en triomphe est menée.

Que de pleurs sans profit, que de dieux in\'oqnex, Que de desseins rompus, que d'amours suffoquez! Elle, en ce desespoir, est un marbre immobile.

Reprochant sans parler au ciel sa cruauté, Et débat en son cœur : — Ha ! maudite beauté, Tu m*es bien de nature un présent inutile !

ADIEU A LA POLOIGNE

Adieu, Poloigne, adieu, plaines désertes, Tousijours de neige et de glace couvertes, Adieu, pays, d'un étemel adieu!

Ton air, tes mœurs, m'oul si fort sçeu desplaire. Qu'il faudra bien que tout me soit contraire, Si jamais plus je retourne en ce lieu.

Adieu, maisons d'admirable structure, Poisles, adieu, qui dans vostre closture îlille animaux pesle-mesle entasses.

Filles, gardons, veaux et bœufs tout ensemble I

* Monstre marin, dragon, tarasque ; des mots italiens «rft et §mu qui ont tous les deux le raèroe sens, à pea de chose près. .

DIVERSES AMOURS. A%j

Un tel mesnagn h l'âge d'or ressemble, Tant regretté par les siècles passez.

Quoy qu'on me dis t de vos mœurs inciviles, De vos habits, de vos meschantes villes. De vos esprits pleins de légèreté, Sarmates fiers, je n'en voulois rien croire, Ny ne pensoy que vous peussiez tant boire ; L'eussé-je creu sans y avoir esté?

Barbare peuple, arrogant et volage, Vanteur, causeur, n'ayant rien que langage, Qui, jour etnuict dans un poisle enfermé, Pour tout plaisir se joué avec un verre. Ronfle à la table ou s'endort sur la terre. Puis comme un Mars veut estre renommé.

Ce ne sont pas vos grand's lances creusées *, Vos peaux de loup, vos armes desguisées, Où maint plumage et mainte aile s'estend. Vos bras charnus ny vos traits redoutables. Lourds Polonnois, qui vous font indomlables ; La pauvreté seulement vous deffend.

Si vostre terre estoit mieux cultivée.

Que l'air ftist doux, qu'elle fust abreuvée De clairs ruisseaux, riche en bonnes citez, En marchandise, en profondes rivières, Qu'elle eust de^ vins, des ports et des miniere.s, Vous ne seriez si long-tans indomtez.

Les Othomans, dont l'ame est si hardie. Aiment mieux Cypre ou la belle Candie, Que vos déserts presque tousjours glacez; Et l'Alemand, qui les guerres demande, Vous dédaignant, court la terre Flamande, Où ses labeurs sont mieux recompensez.

Neuf mois entiers pour complaire à mon maistro, Le grand Henrt, que le ciel a fîlit naistre, Comme un bel astre aux humains flamboyant. Pour ce désert j'ay la France laissée, Y consumant ma pauvre ame blessée.

Sans nul confort, sinon qu'en le voyant.

Fasse le ciel que ce valeureux prince Soit bien-tost roy de quelque autre province, Riche de gens, de citez et d'avoir; Que quelque jour h l'empire il parvienne, Et que jamais icy je ne revienne.

Bien que mon cœur soit brûlant de le voir,

' Siriéps, c.innelées.

4*26 DIVERSES ASIOURS.

DU POUTRAIT DU SIEUR DE YANDES

UKDEC» DV ROY

ACTHEUR DES FLAMMES SAJXTES

Amour, advisant ce portrail, Tout soudain le perça d'un trait, Pour se vanger des flammes saintes, Qui les siennes a voient estaintes.

«Tu as mon ouvrage dcflait.

Dit le peintre; Amow, qu'as-tu fait, Laissant le vif, et ta sagetle Perdant sur l'image muette ? »

Amour respond : « Je n'y puis rien; Rien n'y sert mon arc, mon lien; Si je l'approche, il faut me rendre.

Pour son art, ses vers et sa voix, Au lieu d'un que je pense prendre, Je deviens esclave de trois. •

A MADEMOISELLE DE GHASTEAUNECF*

Je ne veux désormais m'enquerir davantage Que tu peux avoir fait, larron malicieux, De tant de jeunes cœurs surpris en tant de lieox, Laissant mesmes au ciel marque de ton outrage.

Tu nous les ravissois pour bastir cet ouvrage. Ce royal Cbasteacriuf, ton palais gracieux, Où tu vas reposer, las d'outrager les dieux, Y retirant tes feux, tes traits et ton cordage.

Devant ce Chastbacnecp, pour embellir le fVont, Tu pens les plus beaux cœurs, comme les diasseurs font Des grands cerfît et sangliers qu'à force ils peuvent prendre.

I^ mien s'y fust peu voir au plus haut lieu planté ; Nais pour ce que sans crainte il Tavoit résisté, 0 cruel, par dcspit tu l'as réduit en cendre !

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