‹ Œuvres de Philippe DesportesChapitre 172 sur 259 · STANCES DU MARIAGE · texte numérisé non relu

STANCES DU MARIAGE

De toutes les fureurs dont nous sommes pressez, De tout ce que les cieux ardemment courroucez Peuvent darder sur nous de tonnerre et d'orage, D*angoisseuscs langueurs, de meurtre ensanglanté. De soucis, de travaux, de faim, de pauvreté, lUen n'Approche en rigueur la loy de mariage.

Dure et sauvage loy, nos plaisirs meurtrissant, Qui, fertile, a produit un hydre renaissant De mespris, de chagrin, de rancune et d'envie; Du repos des humains l'inhumaine poison, Des corps et des esprits la cruelle prison, La source des malheurs, le fiel de nostre vie !

On dit que Jupiter, ayant pour son péché, Sur le dos d'un rocher Promethée attaché, Qui scrvoit de pasture à l'aigle insatiable, N'eut le cœur assouvy de tant de cruauté, Mais voulut, pour monstrer qu'il estoit despité, Dendrc le genre humain de tout point misérable.

11 envoya la femme aux mortels icy-bas,

4IS blVËKSËS AMOUlfb.

Si j'eii.veux approcher, recaler je la voy; Si je vay au devant, elle fuit en arrière, Et dit que c'est en vain que d'elle je pretcn:«

Secours en mon dommage; Car les dieux, qui ne sont de mes malheurs contons,

M'en gardent davantage.

Ils veulent que je vive, afin de faire voir Toute rire du ciel dans un homme assemblée. Et tout ce que l'enfei* dedans soy peut avoir Tour tourmenter une ame et la rendre troublée; Car l'étemelle nuit ne couve point d'horreur.

De tourmens et de flames, De pleurs, de peurs, de morts, de remords, de fureur

Qui ne loge en mon ame.

Je ne sçay qui je suis, je ne me connoy point, Sinon que pour un homme où tout malheur abon'ic. Las! je me sens réduit à un si piteux point, Que, me faschant de moy, je fasche tout le mondr. Et ce qui plus me trouble et me fait blasphémer

Nature et la fortune, C'est que je ne sçauroy seulement exprimer

L'ennuy qui m'importune.

Il faut que je le cou\Te et l'estouffe au dedans, Pour ne le pouvoir pas assez tristement plaindre, Dont je viens à sentir mille charbons ardans. Que larmes et soupirs n'ont puissance d'cstaindrc^ Seulement je me plais, me mettant à penser

Que tel est mon martire, Que, quand le ciel voudroit plus fort se courroucer,

Je ne puis avoir pire.

S'il advient quelquefois qu'outre ma volonté Du logis où je suis j'abandonne la porte. Je chancelle à tous pas d'un et d'autre costé. Tant l'excez du malheur hors de moy me transporte; Je ne parle à personne et chemine incertain,

Comme il plaist à ma rage ; Si quelqu'un me rencontre, il me prend tout soudain

Pour un mauvais présage.

Bien que je sois comblé de toute afiliction. Et que mon juste dueil par le tans ne s'appaise, Mes amis seulement n'en ont compassion, Et semble qu'en mon mal tout le monde se plaise ; Mesme aux plus durs assauts de ma calamité,

J'entr'oy comme un murmure De ceux qui vont disant que j'ay bien mérité

Le tourment que fendurp.

blVKKSËS AUUUftSi 419

C'est trop^'est trop languy, sans espoir de sccouiv! Tour finir ma douleur il faut que je me tue ; Je veux haster la An de mes malheureux jours, M 'outreperçant le cœur d'une lame pointue. Mais, helas ! je ne sçay si par ce doux trespas

J'auray banny mes paines, Et crains de les porter (maudite ombre) là-bas

Tousjours plus inhumaines.

C'est assez, ma complainte, il est tans de cesser Kt d'arreslcr le cours de ton dueil larmoyable. Mais en m'abandonnant, où te puis-je addresser, S'il ne s'en trouve un seul tant que moy misérable? Va donc où tu voudras, et me laisse endurer

La douleur qui m'affolle; Aussi bien c'est en vain que je veux espérer

Que ton chant me console.

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