A MADEMOISELLE DE BR]SSAC
JEAXNE DE COSSÉ
Comme quand il advient que l'humaine pensée, Compagne d'un désir vainement curieux, Entreprend de voler jusqu'au plus haut des deux Pour voir des deïlez la grand' troupe amassée.
Alors qu'elle présume estrc bien avancée, C'est lors qu'elle connoist son vol audacieux ; Car tousjours le chemin s'esloignc de ses yeux, Et ne voit point de fin à l'œuvre commencée.
Tout ainsi qui voudra, plein de témérité, S'essayer de trouver fin à l'infinité Des grâces, qui vous font divinement reluire,
En pensant s'avancer ses labeurs accroistront ; Car d'un sujet finy cent mille autres naistront. Et faudra qu'à la fin tout court il s*en retire.
A MADEMOISELI^ DE LA CHASTAlGxNERAYE
BBUITTE DB TIV<«MB
0 beaux cheveux châtains d'une qui ce nom porte» Ondez, crespes et longs, où les Jeux inconstans Et les petits Amours, comme oiseaux voletans. S'emprisonnent l'un l'autre en mainte et mainte sorte,
0 bel œil, qui d'Amour rend la majesté forte, Clair, brun, fier et piteux, seul soleil de ce tans. Le bois sec reverdit au retour du printans. Et le tien fait fleurir mon espérance morte I
11 faudroit estre roche, acier ou diamant, Pour ne devenir flamme et mourir doucemant Auprès d'une beauté de beautez si pourveué.
0 célestes rayons, qui me donnei la loy, Je voudrois estre Argus alors que je vous voy Et, ne vous voyant point, estre privé de vcué ' !
* Pour les trois dernières personnes, voyei l'inlrodoclioa plac«e m tète du volume.
CHANSON
0 bicn-hcureux qui peut passer sa vie Entre les siens, franc de haine et d'envie, Panny les champs, les forcsls et les bois, Loin du tumulte et du bruit populaire, Et qui ne vend sa liberté pour plaire Aux passions des princes et des rois ! 11 n'a soucy d'une chose incertaine, 11 ne se paist d'une espérance vaine, • Nulle faveur ne le va décevant, De cent fureurs il n'a l'amc embrasée.
Et ne maudit sa jeunesse abusée, Quand il ne trouve à la fin que du vanl.
Il ne fremist, quand la mer courroucée Enfle ses flots, contrairement poussée Des vens esmeus,soufl1ans horriblement ; Et quand la nuict à son aise il sommeille, Une trompette en sursaut ne l'éveille, Pour l'envoyer du lict au monument.
L'ambition son courage n'attise ; D'un fard trompeur son ame il ne dtçuise, 11 ne se plaist à violer sa foy; Des grands seigneurs l'oreille il n'importune. Mais en vivant contant de sa fortune, 11 est sa cour, sa faveur et son roy,
Je vous rens grâce, ô dcitez sacrées Des monts, des eaux, des forests et des prées,
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